La couleur des mots

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La couleur des mots - Estelle-Sarah Bulle

Saison 4, Ép. 4

Cette écrivaine aussi percutante que surprenante, aussi douce que décapante, le monde littéraire l’a découverte à la sortie de son premier roman au titre intrigant Là où les chiens aboient par la queue. On a alors salué la naissance d’une romancière venant « polliniser » la langue française avec un verbe nous rappelant la force et la poésie d’un Chamoiseau, dans la lignée de la figure tutélaire d’Aimé Césaire, puis de tous les enfants du courant littéraire de la créolité. Mais Estelle-Sarah Bulle se méfie des étiquettes !  Née en 1974 à Créteil, d’un père guadeloupéen et d’une mère ayant grandie à la frontière franco-belge, elle nous reçoit en toute spontanéité, dans l’alcôve de son éditrice parisienne Liana Levi, après la sortie des Étoiles les plus filantes, roman choral époustouflant, revisitant l’histoire du tournage du film Orfeu Negro, qui obtint la palme d’or à Cannes en 1959. Un roman construit comme une série palpitante et dont on n’a pas fini d’entendre parler. 

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8/16/2022

La couleur des mots - Beata Umubyeyi Mairesse

Saison 4, Ép. 5
Rencontre avec Beata Umubyeyi Mairesse, voix de l’exil, de la transmission, et surtout de la libération des mots. Avec son 2ème roman, Consolée, qui sort ces jours-ci chez Autrement, elle nous emmène sur les traces de 3 générations de femmes : Consolée-Astrida, une vieille dame métisse, noire ET blanche, qui s’éteint peu à peu dans un EPHAD de l’Hexagone en perdant l’usage du français… La narratrice Ramata, quinquagénaire d’origine sénégalaise qui va tenter de lui venir en aide en se lançant à la recherche du sens des mots mystérieux que la vieille femme parvient encore à prononcer, dans une langue que personne ne comprend… et Inès, la fille de Ramata, une adolescente en colère qui refuse de se plier aux injonctions identitaires et aux clichés du monde qui l’entoure.À travers le parcours de ces 3 femmes, ce sont toutes les strates et les vécus de destins bouleversés par la grande Histoire qui vont se croiser et se faire écho. Des collines du Rwanda au sud-ouest de la France, en passant par le Sénégal, l’Algérie ou la Belgique… De l’orphelinat pour enfants métis de Save, arrachés à leur famille pour être "civilisés" puis adoptés en Europe, à la question des soins apportés au vieux immigrés qui meurent ici en silence, et plus largement à tous nos anciens, c’est toute la complexité, la violence, la poésie et la beauté de mots fragmentés et de silences lourds de chagrins refoulés qui apparaissent au fil des pages. Et qui dévoilent peu à peu toute la mécanique institutionnelle et intime de destins sous contrainte, rendus muets par de nombreuses frontières.