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Politikon
Démocratie : socio-histoire politique d'un mot
Si je vous dis "élection", il est assez probable que vous me répondiez "démocratie". Dans nos imaginaires politiques depuis des décennies et l'avènement du suffrage universel masculin et féminin, voter se vit comme un acte démocratique. Sans trop réfléchir, tout cela semble aller de soi Mais si on remonte à quelques siècles en arrière, désigner une personne par élection était au contraire une manière de se choisir une élite gouvernante, si on disait élection, on répondait alors "aristocratie." Il y avait des aristocraties électives et même des monarchies électives. On se doute que parler alors d'aristocratie démocratique ou de monarchie démocratique peut sonner étrange. Comment donc l'élection a-t-elle pu devenir ainsi synonyme de démocratie et inversement ? A propos de Démocratie, Histoire politique d'un mot aux États-Unis et en France de Francis Dupuis-Deri chez Lux.
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La révolution est-elle impossible ? - Marcuse contre la société unidimensionnelle
26:00|L'horizon révolutionnaire, qui paraissait si proche en Mai 68, s'est éloigné de manière considérable. Comment expliquer l'apathie généralisée qui fait obstacle aux changements émancipateurs ? Pour le dire en d'autres termes, pourquoi la révolution semble-t-elle impossible ? Est-ce une question de manque de conscience, de volonté, ou bien le système lui-même a-t-il développé des mécanismes si puissants qu'il parvient à neutraliser toute contestation ? Revenons aux années 1960 et au constat presque identique posé par le philosophe Herbert Marcuse dont les idées et hypothèses mêlant Marx et Freud semblent toujours pouvoir éclairer le présent. Penseur marxiste hétérodoxe de la Nouvelle Gauche américaine et souvent présenté comme un inspirateur des révoltes étudiantes, Marcuse a diagnostiqué dans Éros et civilisation ou encore l'Homme unidimensionnel les ressorts d'une domination qui ne s'exerce plus par la seule contrainte mais par une sorte de consentement fabriqué par les modes de vie.. Ce sont ces idées que l'on va décortiquer dans cet épisode à la lumière de deux ouvrages parus cette année : Découvrir Marcuse par Emmanuel Barot publié aux Éditions sociales et Marcuse, Face au néofascisme d'Haud Guéguen chez Amsterdam. On va voir que Marcuse se fait le théoricien d'un certain pessimisme révolutionnaire avant de déceler les possibilités d'un espoir contestataire qui prenne en compte les risques toujours forts de contre-révolution au sein du capitalisme contemporain.
Technofascisme et "Lumières sombres" - La néoréaction (Yarvin, Land, etc.)
14:21|Depuis le retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, débats et analyses s'amoncellent en masse pour comprendre et scruter les soubassements idéologiques qui influencent ce trumpisme 2.0. Dans un monde qui vit une résurgence du fascisme, de l'autoritarisme, et de la réaction, et auquel Trump n'est certainement pas étranger, se dressent une multitude de courants qu'il peut être utile et pertinent de cartographier. De manière plus ou moins critique, un certain nombre d'ouvrages sont parus dernièrement, notamment pour comprendre un mouvement assez singulier de l'extrême droite contemporaine : celui des Lumières sombres aussi appelé néoréaction. Dans cet épisode, on va donc s'attarder sur ces auteurs néoréactionnaires issus d'internet qu'on peut rassembler sous un ensemble plus large de pensées et de pratiques politiques qualifiées parfois de technofascistes. Deux ouvrages nous permettront de cartographier ce terrain idéologique inédit : Les Lumières Sombres d'Arnaud Miranda paru chez Gallimard et Apocalypse Nerd coécrit par Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet chez Divergences.
De "There is no alternative" à "Un autre monde est possible" : les aventures de l'altermondialisme
16:45|
Handicap et justice social : comprendre le validisme et le mouvement Crip
12:10|Dans cet épisode, on va chercher à comprendre comment fonctionne le validisme, appelé aussi capacitisme et qui réfère au système de normes qui fait de la personne valide, non handicapée, un idéal d'humanité. Dans une société validiste, les personnes handicapées sont discriminées, rejetées, minorisées, et placées justement en dehors des frontières sociales acceptables, au profit des personnes dites valides. Comment comprendre donc ce système spécifique d'oppression et quelles sont les stratégies de luttes que les personnes concernées mettent en place ? A propos de - De chair et de fer : vivre et lutter dans une société validiste de Charlotte Puiseux, La Découverte - Plutôt vivre : comprendre le validisme et valoriser une culture crip de Chiara Khan et Charlotte Puiseux, Le Cavalier Bleu.
Jeu vidéo et lutte des classes : du crunch à l'idéologie
04:09|Faire une partie de Candy Crush ou de pokemon go sur votre téléphone pendant le boulot, est-ce prendre du temps au capitalisme qui nous vole notre vie ? Jouer à call of duty, est-ce se plier à l'impérialisme étasunien ? Du côté de la production capitaliste, comment s'organise l'industrie du jeu vidéo ? Peut-on lutter contre l'exploitation de ses travailleuses et travailleurs ? A travers ces petites questions, on peut se dire sans problème que le jeu vidéo est bien un sujet sérieux sur lequel le marxisme, comme théorie sociale critique, peut légitimement se pencher. C'est ce que fait le chercheur en économie numérique Jamie Woodcock avec son livre Consoles, contrôle, classe, paru chez Sans soleil.
Antisémitisme : socio-histoire politique d'un mot
26:55|Le langage, les mots. Souvent, en politique, comme ailleurs, les mots peuvent être des armes. Des armes qui peuvent servir à légitimer, à approuver des personnes ou des actions, ou au contraire à délégitimer, à diffamer, insulter, ou à montrer une désapprobation. Et encore, aussi à désigner parfois des amis, ou des ennemis. Selon qui les utilisent, les mots peuvent avoir pour objectif de clarifier, d'apporter une meilleure compréhension du monde et de qu'il s'y passe. Et parfois, au contraire, inconsciemment ou non, stratégiquement ou non, ils peuvent obscurcir, rendre confus, déstabiliser la discussion et finalement cette compréhension du monde. Où l'on parle : antisémitisme, sionisme et antisionisme, du point de vue de leur usage, sens et connotation depuis la fin du XIXe siècle. A propos de Antisémitisme de Mark Mazower chez La Découverte
Le marxisme après la Révolution russe - Perry Anderson (Sur le marxisme occidental)
18:43|Qu'est-il resté du marxisme après la révolution russe et la bureaucratisation galopante et autoritaire de l'URSS ? Dans un ouvrage classique de l'histoire des idées intitulé Sur le marxisme occidental paru en 1976, l'historien anglais Perry Anderson dresse le portrait intellectuel du marxisme des années 1920 aux années 1970 (Lukacs, Sartre, Adorno, Althusser, Lefevbre, Gramsci, etc.), caractérisé notamment par sa situation géographique, celle de l'Europe de l'Ouest ou des États-Unis, et par son éloignement de la pratique révolutionnaire au profit d'un académisme marqué. On va revenir sur ce livre et ses thèses à l'occasion de sa reparution récente en poche aux Éditions sociales.
Rendre l'émancipation désirable : le luxe communal
26:31|Et si l'imaginaire social de la commune de Paris de 1871 pouvait permettre de rendre l'émancipation hors du capitalisme plus désirable, un imaginaire fondé sur des besoins réels, à travers lesquels la beauté et la solidarité s'ancrent dans la vie quotidienne, un luxe partagé, en commun ? Creusons donc l'hypothèse depuis la pensée de William Morris, Pierre Kropotkine, ou Elisée Reclus, jusqu'aux expérimentations de la zad de Notre-Dames-Des Landes, en passant par Henri Lefebvre ou Maria Mies. A propos de L'imaginaire de la commune de La forme-commune de Kristin Ross chez La Fabrique.