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Choses à Savoir TECH VERTE
Le Royaume-Uni trouve la solution contre les pannes énergétiques ?
La roue de potier, la machine à vapeur… depuis des siècles, le même mécanisme revient : le volant d’inertie. Ce disque lourd, qui résiste aux variations de mouvement, revient aujourd’hui sur le devant de la scène – non plus pour animer des machines, mais pour stabiliser nos réseaux électriques. Pourquoi ? Parce que le solaire et l’éolien, aussi verts soient-ils, produisent une énergie irrégulière. Une ombre sur un panneau, une rafale de vent qui cesse, et le réseau vacille. Jusqu’ici, les centrales au charbon ou au gaz, avec leurs énormes générateurs en rotation, assuraient cette stabilité. Mais dans un système électrique dominé par les renouvelables, l’équilibre devient bien plus fragile.
L’Espagne en a fait l’amère expérience en avril dernier : une mégapanne due à une incapacité à réguler la tension du réseau. Même scénario en 2019 au Royaume-Uni, où une chute de fréquence a plongé une partie du pays dans le noir. Outre-Manche, l’opérateur Neso a donc lancé un programme présenté comme unique au monde : intégrer des volants d’inertie au cœur du réseau. Ces disques d’acier stockent et restituent de l’énergie en un clin d’œil, lissant les fluctuations mieux que des batteries lithium-ion, plus coûteuses et dépendantes de matériaux rares.
À Liverpool, sur l’ancien site d’une centrale à charbon, deux volants géants de 40 tonnes fournissent déjà 1 % de l’inertie nécessaire au réseau britannique. Et tout cela sans brûler le moindre combustible fossile. Une première qui en dit long sur le potentiel de cette technologie. Le Royaume-Uni vise 95 % d’électricité renouvelable d’ici 2030, 100 % en 2035. Mais comme le rappelle Guy Nicholson de Statkraft, « aujourd’hui, nous n’y parvenons même pas pendant une heure » : il faut encore garder des turbines à gaz en veille pour la stabilité. Si la Chine et les États-Unis ont déjà déployé les plus gros systèmes, l’Europe reste timide. Mais après la panne espagnole, beaucoup estiment que d’autres pays finiront par suivre le mouvement. Car le vieux volant d’inertie pourrait bien être l’allié discret de la transition énergétique.
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La Turquie, leader du stockage d’énergie devant l’Europe ?
02:31|C’est une percée inattendue dans la course à la transition énergétique. En quelques années, la Turquie s’impose comme un acteur majeur du stockage d’électricité par batteries, dépassant plusieurs grandes puissances européennes sur ce terrain stratégique. Depuis 2022, le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan a validé plus de 33 000 mégawatts de capacités liées au stockage et aux réseaux électriques. À titre de comparaison, des pays souvent cités en exemple comme l’Allemagne ou l’Italie plafonnent autour de 12 000 à 13 000 mégawatts. Un écart significatif.Selon un rapport du think tank Ember, la Turquie dispose désormais de davantage de capacités de stockage que n’importe quel État membre de l’Union européenne. Une progression rapide, qui repose avant tout sur un choix politique clair : encourager les projets d’énergies renouvelables à condition qu’ils intègrent des systèmes de stockage. Pourquoi est-ce si important ? Parce que les énergies renouvelables, comme le solaire ou l’éolien, sont par nature intermittentes. Les batteries permettent de stocker l’électricité produite lorsqu’elle est abondante, en plein soleil ou par grand vent, pour la restituer plus tard. Un levier essentiel pour stabiliser le réseau et réduire la dépendance aux énergies fossiles. Résultat : la Turquie a attiré de nombreux investisseurs. Sur les 221 000 mégawatts de projets de stockage déposés, 33 000 ont déjà été approuvés, soit un volume équivalent à 83 % de sa capacité actuelle en solaire et en éolien. Un ratio élevé, qui place le pays parmi les plus dynamiques au monde sur ce segment.Cette accélération intervient dans un contexte favorable. Le coût des batteries a chuté de près de 90 % en une décennie, rendant ces technologies bien plus accessibles. Une opportunité que certains pays, comme la Turquie, ont su saisir rapidement. Pour autant, le tableau reste contrasté. Le pays produit environ 20 % de son électricité grâce aux renouvelables, mais continue de dépendre fortement du charbon, qui représente encore 34 % de sa production. Malgré des obstacles, permis, accès aux équipements, Ankara affiche une ambition claire : atteindre 120 000 mégawatts de capacités renouvelables d’ici 2035. Un pari énergétique qui pourrait redessiner l’équilibre régional.
Venise peut-elle encore éviter le pire avec la montée des eaux ?
02:22|Venise fascine le monde entier. Mais derrière ses canaux et ses palais, la ville affronte une menace bien réelle : la montée des eaux. Entre l’élévation du niveau de la mer et l’affaissement progressif des sols, les épisodes d’inondation — les fameuses acqua alta — deviennent de plus en plus fréquents.Depuis 2022, un système de digues mobiles, le MoSE, permet de fermer temporairement les accès à la lagune lors des fortes marées. Mais selon une étude publiée dans la revue Nature, ce dispositif pourrait ne pas suffire à long terme. Des chercheurs européens et britanniques ont ainsi étudié quatre scénarios d’adaptation pour les siècles à venir.Première option : conserver la lagune ouverte, comme aujourd’hui, tout en renforçant le système MoSE. Cette solution préserverait l’écosystème, le patrimoine et les activités économiques. Mais à mesure que la mer monte, les barrières devraient être activées de plus en plus souvent. Une contrainte qui perturberait le trafic maritime et pourrait fragiliser l’équilibre écologique de la lagune.Deuxième scénario : construire des digues autour du centre historique. Venise serait alors protégée, mais isolée de son environnement naturel. Une transformation radicale, qui modifierait profondément le paysage et l’identité même de la ville, tout en imposant une refonte complète des transports et du port.Troisième hypothèse : transformer la lagune en un vaste bassin fermé, protégé en permanence par des barrages surélevés. Une solution efficace pour préserver les bâtiments et le tourisme, mais au prix d’un sacrifice majeur : celui de l’écosystème lagunaire, qui fait l’essence même de Venise.Enfin, dernière option, la plus extrême : le repli stratégique. En cas de submersion totale, certains monuments pourraient être démontés puis reconstruits ailleurs, sur des terrains plus élevés. Une perspective qui signifierait la disparition du tissu urbain et du mode de vie vénitien. Aucune solution n’est idéale. Protéger les bâtiments ne garantit pas la survie de la lagune, et préserver l’économie ne suffit pas à maintenir un cadre de vie. Une chose est sûre : les décisions devront être prises rapidement. Car face à la montée des eaux, le temps, lui, ne ralentit pas.
Déforestation : l’ONU propose un outil efficace ?
02:20|La déforestation n’est pas seulement une question environnementale, c’est aussi un enjeu climatique majeur. Selon les estimations du budget carbone mondial, liées aux travaux des Nations unies, les changements d’usage des terres, comme la transformation de forêts en zones agricoles, représentent entre 10 et 15 % des émissions mondiales de CO₂.Le problème est double. D’un côté, la déforestation libère du carbone stocké dans les arbres. De l’autre, elle détruit ce que l’on appelle des « puits de carbone » : des écosystèmes capables d’absorber et de stocker le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Résultat : moins d’absorption, plus d’émissions. Pour tenter d’enrayer ce phénomène, un mécanisme international a été mis en place : le programme REDD+, pour « Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts ». Lancé en 2007 dans les négociations climatiques, puis intégré à l’Accord de Paris, il repose sur une idée simple : inciter financièrement les pays, notamment en développement, à préserver leurs forêts.Concrètement, les efforts de réduction de la déforestation peuvent être convertis en « crédits carbone ». Ces crédits sont ensuite vendus à des États ou des entreprises, qui les utilisent pour compenser une partie de leurs émissions. Il s’agit donc d’un mécanisme de marché, où la protection des forêts devient une ressource économique. Une version plus récente, appelée REDD+ juridictionnel, applique ce système à l’échelle d’un pays ou d’une région entière. Mais ce modèle soulève des interrogations. Des chercheurs de l’Université Yale, dans une étude publiée dans la revue PNAS, pointent plusieurs limites.Selon eux, le dispositif peut encourager des comportements stratégiques. Certains États pourraient être récompensés pour des réductions de déforestation qui auraient eu lieu de toute façon, sans véritable effort supplémentaire. Une situation qui fausse le système et réduit son efficacité réelle. Les chercheurs recommandent donc d’améliorer les méthodes de calcul des niveaux de référence, c’est-à-dire les estimations de déforestation attendue, ainsi que les systèmes de mesure et de vérification. L’objectif : s’assurer que chaque crédit carbone correspond bien à une réduction réelle des émissions.
Alliance USA – UE sur les minerais critiques ?
02:27|Dans un climat géopolitique sous tension, c’est un accord qui pourrait peser lourd dans l’équilibre industriel mondial. À Washington, l’Union européenne et les États-Unis viennent de formaliser un partenariat stratégique autour des minéraux dits « critiques ». Un sujet technique, mais central : ces ressources sont indispensables à la fabrication des batteries, des semi-conducteurs, des équipements militaires ou encore des technologies énergétiques.Ce protocole d’accord a été signé par Maroš Šefčovič, en charge du commerce et de la sécurité économique, et Marco Rubio. L’objectif est clair : sécuriser les approvisionnements et réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine, aujourd’hui dominante sur une grande partie de la production et du raffinage de ces matériaux. L’accord couvre l’ensemble de la chaîne de valeur. Cela va de l’exploration minière, c’est-à-dire la recherche de gisements dans le sous-sol, jusqu’au recyclage, en passant par la transformation et le raffinage, étapes essentielles pour rendre ces minerais utilisables dans l’industrie. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’extraire, mais de maîtriser tout le cycle.Ce partenariat s’inscrit dans une dynamique enclenchée depuis plusieurs mois. Dès août 2025, une déclaration commune posait les bases de cette coopération. En février 2026, une réunion à Washington, élargie au Japon, avait permis d’accélérer les discussions. La signature officielle marque donc l’aboutissement d’un processus progressif. En parallèle, un plan d’action a été dévoilé pour donner corps à cet accord. Parmi les pistes envisagées : instaurer des prix minimums à l’importation pour éviter le dumping, c’est-à-dire la vente à perte, réserver certains marchés à des productions respectant des normes strictes, ou encore soutenir financièrement les projets plus coûteux mais plus responsables. Des contrats d’achat sur le long terme sont également prévus pour sécuriser les investissements.Le texte prévoit aussi une coopération sur les normes environnementales, des stratégies de stockage, et même une cartographie commune des ressources, y compris dans des pays tiers. Mais il faut le préciser : ce protocole n’est pas juridiquement contraignant. Il s’agit d’un engagement politique, que chaque partie peut quitter avec un préavis de six mois. Le véritable enjeu, comme l’a reconnu Maroš Šefčovič, sera donc l’exécution. Transformer l’intention en projets concrets.
Qu’est-ce que Mirny, ce megaprojet éolien au Kazakhstan ?
02:10|Le géant de l’énergie TotalEnergies franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement des renouvelables. Le 24 avril, l’entreprise a annoncé avoir sécurisé le financement de son projet éolien « Mirny », au Kazakhstan. Un chantier d’envergure, estimé à 1,2 milliard de dollars.Pour concrétiser ce projet, TotalEnergies s’appuie sur un large consortium international. Parmi les partenaires financiers figurent notamment la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Société Générale, la banque publique de développement du Kazakhstan, ainsi que des acteurs majeurs comme QNB et China Construction Bank. Ensemble, ils ont signé un protocole d’accord qui garantit le lancement du projet.Concrètement, « Mirny » prévoit la construction d’un vaste parc éolien terrestre dans la région de Zhambyl, au sud du Kazakhstan. L’installation atteindra une capacité de 1 gigawatt — soit l’équivalent d’un réacteur nucléaire — répartie sur environ 150 éoliennes. Mais ce projet ne se limite pas à la production d’électricité. Il intègre également un système de stockage par batterie de 600 mégawattheures. Ce dispositif est essentiel pour compenser l’intermittence de l’éolien, c’est-à-dire le fait que la production dépend des conditions de vent. Les batteries permettent ainsi de stocker l’énergie lorsqu’elle est produite en excès, pour la redistribuer plus tard.Sur le long terme, le parc devrait produire environ 100 térawattheures d’électricité sur 25 ans. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente de quoi alimenter environ un million d’habitants. Au-delà des chiffres, ce projet s’inscrit dans les ambitions énergétiques du Kazakhstan, qui vise à porter la part des énergies renouvelables à 15 % de sa production d’électricité d’ici 2030. Pour TotalEnergies, c’est aussi un moyen de renforcer sa présence dans les énergies bas carbone, tout en accompagnant la transition énergétique de ses partenaires. Avec « Mirny », le groupe confirme une tendance de fond : les grands acteurs historiques du pétrole et du gaz accélèrent leur diversification vers des projets d’énergie renouvelable à grande échelle.
CATL lance la production de batteries sodium-ion ?
02:35|C’est une avancée qui pourrait rebattre les cartes du marché des batteries. En 2021, CATL présentait ses premières cellules sodium-ion. À l’époque, la technologie semblait prometteuse… mais encore loin d’une application industrielle. Cinq ans plus tard, le calendrier s’accélère : les premières voitures équipées de ces batteries devraient sortir d’usine d’ici la fin de l’année.Ce tournant ne repose pas sur une révolution scientifique, mais sur des progrès industriels. CATL affirme avoir levé les principaux obstacles liés à la fabrication : contrôle de l’humidité, stabilité des matériaux ou encore intégration des composants. En clair, la technologie était prête, il restait à la produire à grande échelle. Les premiers modèles arrivent déjà. En 2026, un véhicule développé avec Changan a été présenté, suivi d’autres projets avec des constructeurs chinois. Les performances atteignent désormais 175 wattheures par kilogramme — une unité qui mesure la densité énergétique, c’est-à-dire la quantité d’énergie stockée pour un poids donné. Un niveau comparable aux batteries lithium-fer-phosphate, largement utilisées aujourd’hui.Le sodium-ion n’est donc plus seulement une alternative économique. Il présente même un avantage clé : sa résistance au froid. À -40 degrés, ces batteries conservent environ 90 % de leur capacité, là où les technologies lithium-ion classiques peinent à suivre. Autre atout majeur : la disponibilité des ressources. Le sodium, composant du sel, est abondant et largement réparti sur la planète. Contrairement au lithium, dont l’extraction dépend de quelques régions, il offre des chaînes d’approvisionnement plus diversifiées et moins exposées aux tensions géopolitiques.Pour autant, la transition ne sera pas immédiate. En 2025, les batteries sodium-ion représentaient encore moins de 1 % de la production mondiale, selon Agence internationale de l'énergie. L’objectif n’est d’ailleurs pas de remplacer totalement le lithium, mais de compléter l’offre. Le sodium serait privilégié pour les véhicules urbains ou le stockage d’énergie, tandis que le lithium resterait dominant pour les usages exigeant une forte autonomie. En Europe, la technologie suscite de l’intérêt. Des acteurs comme Tiamat Energy travaillent déjà sur le sujet. Mais face à la rapidité de déploiement chinoise, un défi demeure : passer à l’échelle.
Détruire les forêts modifie la météo instantanément ?
02:29|La déforestation ne se contente pas de transformer les paysages. Elle modifie aussi profondément le climat local, et parfois de manière irréversible. C’est ce que démontre une étude récente publiée dans Communications Earth & Environment, qui met en lumière les effets directs de la disparition des forêts sur les températures et les précipitations.Pour comprendre, il faut s’intéresser à un mécanisme clé : l’évapotranspiration. Ce terme désigne l’ensemble des échanges d’eau entre les plantes et l’atmosphère. Concrètement, les arbres absorbent de l’eau par leurs racines et en rejettent une partie sous forme de vapeur via leurs feuilles. Cette humidité contribue ensuite à la formation des nuages et, in fine, des pluies. Lorsque les forêts disparaissent, ce cycle est perturbé. Moins de végétation signifie moins d’humidité dans l’air, donc moins de précipitations. Les chercheurs observent ainsi que dans les zones où le couvert forestier tombe sous les 60 %, les températures augmentent jusqu’à 3 degrés pendant la saison sèche. Dans le même temps, l’évapotranspiration recule de 12 % et les pluies diminuent de 25 %.La situation s’aggrave encore lorsque la couverture forestière passe sous les 40 %. Dans ces régions, les températures peuvent grimper de 4 degrés supplémentaires par rapport aux zones intactes. Autre conséquence marquante : le nombre de jours de pluie diminue, avec en moyenne 11 jours de précipitations en moins chaque année. Ce phénomène enclenche un cercle vicieux. Moins de pluie fragilise les forêts restantes, qui peinent à se régénérer. Progressivement, l’écosystème bascule. Des zones initialement tropicales, humides et denses, évoluent vers un climat plus sec, proche de celui de la savane. Un changement profond, qui ne correspond plus aux conditions naturelles de ces régions.Les chiffres sont parlants. Entre 1985 et 2024, la forêt amazonienne brésilienne a perdu environ 13 % de sa couverture végétale, soit 520 000 kilomètres carrés — une surface supérieure à celle de l’Espagne. Ces espaces ont été remplacés par des pâturages, des cultures agricoles ou des zones minières. Si le rythme de la déforestation a ralenti ces dernières années, il reste élevé. Et ses conséquences, elles, continuent de s’étendre bien au-delà des zones directement touchées.
Les efforts chinois impactent l’Arctique ?
02:20|C’est un paradoxe climatique qui interpelle les scientifiques. Pendant des décennies, la Chine a subi une pollution atmosphérique massive. Une situation dramatique pour la santé publique… mais qui, selon certains chercheurs, a eu un effet inattendu : ralentir temporairement le réchauffement climatique. Comme l’explique Bjørn Samset, chercheur au Centre international de recherche sur le climat en Norvège, cette pollution a agi comme un écran. En cause, les aérosols — ces particules fines en suspension dans l’air. Elles ont la particularité de réfléchir une partie du rayonnement solaire vers l’espace et de rendre les nuages plus lumineux. Résultat : une partie de la chaleur est renvoyée, ce qui atténue le réchauffement.Mais depuis une dizaine d’années, la Chine a changé de cap. En 2013, le pays a lancé un vaste programme de dépollution. Une politique particulièrement efficace, qui a permis de réduire d’environ 75 % les émissions d’aérosols de sulfate en dix ans. Une réussite environnementale indéniable… mais qui a aussi des effets secondaires. En diminuant ces particules, la Chine a progressivement supprimé cet “effet parasol” naturel. Autrement dit, une partie du réchauffement, jusque-là masquée, devient désormais visible. Les températures augmentent plus rapidement, notamment dans certaines régions sensibles comme l’Arctique.Ce phénomène avait déjà été mis en évidence dans une étude publiée en 2025. Dan Westervelt, climatologue à l’Observatoire de la Terre Lamont-Doherty de l’Université Columbia, souligne que l’impact des aérosols sur le climat est plus complexe qu’on ne le pensait. Leur réduction rapide en Asie de l’Est pourrait influencer non seulement les températures, mais aussi les trajectoires des tempêtes. Autre élément marquant : la vitesse du changement. Là où l’Europe et l’Amérique du Nord ont mis plusieurs décennies à réduire leurs émissions, la Chine y est parvenue en une dizaine d’années. Une transition rapide, qui accentue les effets observés. Ce que montre cette situation, c’est toute la complexité du système climatique. Améliorer la qualité de l’air est indispensable pour la santé humaine. Mais cela peut, à court terme, accélérer le réchauffement global.
Chine : reine du solaire et pourfendeur du charbon ?
02:29|C’est un basculement historique, et il faut remonter à 1919 pour trouver un précédent comparable. Selon le rapport 2026 du think tank britannique Ember, les énergies renouvelables ont représenté 33,8 % de la production mondiale d’électricité en 2025. Le charbon, lui, recule à 33 %. Une inversion symbolique, confirmée aussi par Agence internationale de l'énergie.Mais au-delà du symbole, ce sont les dynamiques qui frappent. En 2025, 75 % de la hausse de la demande mondiale d’électricité a été couverte par le seul solaire. Avec l’éolien, on atteint 99 %. Autrement dit, presque toute la croissance énergétique mondiale repose désormais sur des sources renouvelables. Le solaire, à lui seul, a progressé de 636 térawattheures — une unité qui mesure la quantité d’électricité produite — soit une hausse de 30 % en un an.Ce qui rend cette évolution particulièrement marquante, c’est le contexte. La production fossile a légèrement reculé de 0,2 %, alors même que la demande mondiale a augmenté de 2,6 %. Habituellement, une baisse des énergies fossiles s’explique par une crise économique. Cette fois, c’est la montée des renouvelables qui fait reculer le charbon. Le stockage d’énergie joue aussi un rôle clé. Les batteries, dont les coûts ont chuté de 20 % en 2024 puis de 45 % en 2025, permettent désormais de conserver une partie de l’électricité produite en journée pour la redistribuer plus tard. Résultat : environ 14 % de la production solaire peut être déplacée dans le temps.Autre surprise : la Chine et l’Inde, souvent critiquées pour leurs émissions, tirent cette transformation. La Chine a assuré plus de la moitié de la croissance solaire mondiale en 2025, tandis que l’Inde a battu ses records d’installation. Dans les deux cas, la production fossile recule. À l’inverse, les États-Unis et l’Europe peinent à suivre le rythme. La demande énergétique y progresse plus vite que les capacités renouvelables, ce qui maintient une dépendance aux énergies fossiles.Reste un défi majeur : la demande liée au numérique. Les centres de données et l’intelligence artificielle consomment des quantités d’énergie considérables. Si cette demande explose, elle pourrait ralentir la transition. Pour Ember, une chose est claire : le monde entre dans une ère de croissance énergétique plus propre. Mais l’équilibre reste fragile.