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Ciné Culte

Ciné Culte : l’enfant Miroir

L’ enfant miroir : l’horreur en plein soleil

Extra Lucid film a eu la bonne idée de rééditer le premier film du romancier plasticien Philip Ridley qui signe là une œuvre singulière aussi déroutante que magnétique, devenu eau fil du temps un véritable film culte. À la croisée du conte macabre, du film d’horreur psychologique et de la fable sur l’enfance, « l’enfant miroir »propose une expérience sensorielle et mentale qui refuse obstinément les codes narratifs classiques. Ici, l’horreur ne surgit pas par le choc, mais par l’atmosphère, la suggestion et la lente déformation du réel.

Le film adopte le point de vue de Seth Dove, un enfant vivant dans une Amérique rurale des années 1950, baignée de soleil et de champs de blé. Ce décor, presque idyllique, est immédiatement miné par une sensation de malaise permanent. Ridley joue sur un contraste cruel : plus l’image est lumineuse, plus ce qu’elle contient est sombre. Cette opposition devient la signature esthétique du film. La campagne n’est pas un refuge ; elle est un espace de fantasmes morbides, de rumeurs et de violence larvée.

La grande réussite du film réside dans sa représentation de l’enfance. Ridley refuse toute vision angélique ou réaliste. L’enfance est ici un prisme déformant, un miroir qui amplifie les peurs, les pulsions et les incompréhensions face au monde adulte. Seth interprète la réalité à travers des mythes personnels — vampires, monstres, malédictions — qui ne sont pas de simples illusions, mais une tentative désespérée de donner du sens à l’inacceptable. Le film montre ainsi comment l’imaginaire devient un mécanisme de survie à la manière des nouvelles de Philipp K Dick que le réalisateur cite comme une des ses inspiration majeure.

Visuellement, « L’Enfant miroir »est d’une puissance rare. La photographie de Dick Pope, saturée de couleurs presque irréelles, transforme chaque plan en tableau. Les visages semblent figés, les corps souvent filmés comme des figures tragiques, déjà condamnées. Ridley privilégie les silences, les regards, les plans étirés, créant une temporalité flottante, presque hypnotique, il suggère plus qu’il ne montre la violence sous jaçente de ce monde rural décadent : le film avance comme un cauchemar diurne dont on ne parvient jamais tout à fait à s’éveiller.

Mais cette beauté formelle n’est jamais gratuite. Elle sert un propos profondément pessimiste sur la famille, la religion et la société américaine. Les figures parentales sont violentes, absentes ou aveuglées par leurs propres frustrations. La foi, loin d’apporter un réconfort, devient un instrument de peur et de culpabilité. Ridley dépeint une Amérique puritaine, obsédée par le péché et la punition, où l’enfant est abandonné à ses interprétations monstrueuses.

Le film peut dérouter, voire frustrer par sa radicalité . Sa narration elliptique, son refus de toute explication claire et son symbolisme appuyé exigent un spectateur actif. Certaines scènes semblent volontairement opaques, presque abstraites. Mais c’est précisément cette radicalité qui fait la force du film : L’Enfant miroir ne cherche pas à plaire, il cherche à hanter en utilisant les codes du conte mais son nihilisme pourra dérouter certains spectateurs..

En définitive, L’Enfant miroir est une œuvre singulière, inconfortable et profondément marquante. Philip Ridley y impose un univers d’auteur d’une cohérence rare, où l’horreur naît du regard, du malentendu et de l’innocence pervertie. Un film qui ne se comprend pas entièrement, mais qui se ressent longtemps — comme une image persistante dans un miroir que l’on aurait préféré éviter de regarder : l’envers du rêve américain et le miroir de notre inhumanité profonde...


https://www.extralucidfilms.com/nouveautes/88-l-enfant-miroir-digipack-blu-ray-collector.html

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  • Ciné Culte: les Furies

    32:49|
    Les Furies : un western tragique inédit Voilà un film peu connu de la carrière d’Anthony Mann , il se singularise par son ton atypique : d’un côté, le western classique avec ses paysages âpres du Nouveau-Mexique et la rivalité autour d’un vaste domaine ; de l’autre, une intensité psychologique presque théâtrale. Le film déjoue les attentes du western de pur divertissement en plaçant au centre une confrontation familiale aux accents tragiques.Barbara Stanwyck impose une présence électrique : Vance, héritière révoltée, tient tête à un père tout-puissant (Walter Huston, dans son dernier rôle). Leur affrontement est d’une violence rarement vue à l’époque, oscillant entre amour filial, haine viscérale et désir de contrôle. Là où beaucoup de westerns mettent en scène des duels d’hommes, The Furies propose un duel père-fille, ce qui lui donne une coloration quasi freudienne. L’intrigue dépasse le conflit économique pour toucher à une lutte de pouvoir intime. Vance revendique son droit à exister face à un père qui ne conçoit son monde qu’à travers sa propre domination. Stanwyck incarne une héroïne qui refuse le rôle passif, s’arme d’intelligence et d’une colère froide. En cela, elle bouscule les codes du western de l’époque, souvent cantonné aux figures masculines.Un film charnière pour Mann : c’est son premier western, et déjà on retrouve son goût pour les personnages ambivalents, la brutalité psychologique et une violence qui n’est pas que physique mais morale. Plus tard, il affinera ce mélange dans sa série de westerns avec Stewart.Visuellement, Mann anticipe déjà la dureté de ses westerns des années 50 avec James Stewart : cadres resserrés, lumières contrastées, paysages qui deviennent le reflet des tensions intérieures. Franz Waxman signe une partition ample, qui accentue le souffle tragique.Ce Western atypique transpose la tragédie classique dans l’Ouest : sur fond de grands espaces américains il est question d’héritage, trahison, destin, fatalité., le titre du film évoque bien plus que le nom du domaine les déesses Grecques de la vengeance incarnées par les femmes du film.En somme, Les Furies est un western atypique, hybride, qui annonce une mutation du genre dans les années 50 : moins de mythologie héroïque, plus de noirceur, plus de complexité psychologique.Le film est présenté par les journalistes Olivier Père et Jean François Giré , en plus de la bande annonce d’époque on apprécie un court entretien d’époque avec le réalisateur qui nous parle de son travail de metteur en scène .https://sidoniscalysta.com/western-de-legende/1926-les-furies-dvd.html
  • Ciné Culte : La Strada

    24:20|
    La Strada : fable intemporelle das adieux ...Voilà enfin réédité pour la première fois en France depuis le DVD sorti chez René Château en 2002 un classique de la filmographie de Fellini : son 4éme long métrage sorti en 1954 où il s’émancipe du néo réalisme Italien pour s’engager dans une voie poétique bien à lui.Le film a été restauré en 2020 à l'initiative de la Film Foundation et de l'éditeur américain Criterion, qui l'avait ensuite sorti en Blu-ray fin 2021. Les travaux ont été effectués en 4K à partir d'un contretype 35mm fourni par la société allemande Beta Film GmbH, détentrice des droits mondiaux. Inspiré par le music hall et les illustrés ( fumetti ) Fellini construit son film comme une succession de scénes épisodes numéros de cirque allant du tragique au burlesque avec un côté monotone : le spectacle est bien triste : Gelsomina a été vendue par sa mère a Zampano, qui la brutalise et ne cesse de la tromper. Ils partent ensemble sur les routes, vivant misérablement du numéro de saltimbanque de Zampano. Surgit Il Matto (le fou), violoniste et poète, qui seul sait parler à Gelsomina, Zampano est jaloux , le trio erre sur les routes sans réussir à vraiment s’accorder…Avec La Strada est Federico Fellini initie une trilogie avec par la suite Il Bidone (1955) et Les Nuits de Cabiria (1955), on peut le nommer « les films de la rédemption ». Celle-ci prend les traits pour La Strada de Zampano, sorte d’hercule forain cruel et brutal qui « achète » Gelsomina, fille de modestes cultivateurs qui ne peuvent plus la nourrir afin qu’elle devienne son assistante pour le numéro de briseur de chaînes qu’il présente de ville en ville. Zampano c’est Anthony Quinn qui comme beaucoup des acteurs de cette époque s’est laissé tenter par l’aventure italienne alors qu’il sortait du succès de Viva Zapata (1952) d’Elia Kazan. Gelsomina c’est Giulietta Masina, la femme de Fellini dont le personnage s’inspire de souvenirs d’enfance qu’il a couché en des croquis devenus iconiques aujourd’hui. Sorte de clown blanc mélancolique, il a écrit le rôle pour elle et a tenu bon devant ses producteurs (Carlo Ponti, Dino De Laurentiis) qui la pensait trop vieille pour jouer le personnage (elle avait alors 33 ans). La voici donc saltimbanque apprenant son métier cahin-caha mais avec un certain talent à tel point que la voici devenir une clownesse aguerrie permettant au duo d’acquérir une véritable complémentarité. Mais une fois le public parti, Zampano redevient cet homme taciturne, colérique et totalement incontrôlable sous l’effet de la boisson réduisant tout espoir d’envisager autre chose qu’une relation de soumission marquée par son infidélité et la violence des corrections récurrentes qu’il lui inflige. Le critique André Bazin résume bien le film avec ce raccourci « c’est l’histoire d’un homme fort qui apprend à pleurer » on peut rajouter que c’est aussi une valse d’adieux et de séparations...plus d’infos sur https://www.dvdclassik.com/test/blu-ray-la-strada-rimini-editions
  • Ciné Culte: la règle du Jeu

    27:06|
    La régle du jeu : danse macabre …Mal aimé à sa sortie en salles , coupé à la demande des producteurs « la Régle du Jeu » de Jean Renoir ressort dans une édition collector très complète au diapason de son statut de film culte.Pour Truffaut c’est le film d’auteur ultime ou Renoir donne tout de lui avec des brigues d’intrigues qui donnent sa vision du monde assez noire mais toujours teintée de dérision d’une société au bord de la guerre mondiale ( 1939).un film sur une société qui danse sur un volcan selon les propres mots du réalisateurSur le plan technique  Rimini ont fait retravailler le master par TCS, notamment pour activement créer un étalonnage HDR, mais aussi pour tenter d’apporter une finesse et une précision supplémentaires à une restauration qui restait limitée dans son apport en détails fins. Le synopsis semble banal : Renoir s’inspire de Musset ( les Caprices de Marianne) et revient à un cinéma « théatralisé » dont il est le chef d’orchestre mais aussi l’acteur bonimenteur.L'aristocrate Robert de la Chesnay organise une partie de chasse dans un chateau en Sologne. Durant quelques jours, maîtres et domestiques vont s'y croiser dans un inoubliable ballet. Rimini sortent le grand jeu pour le chef d’oeuvre de Renoir, avec une édition 3-disques, dont un Blu-ray dédié aux suppléments, et contenant aussi un livret de 64 pages et quatre reproductions d’affiches au format carte postale.https://store.potemkine.fr/dvd/3760233157878-la-regle-du-jeu-renoir-jean/