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Choses à Savoir - Culture générale

Pourquoi dit-on “ping-pong” ?

Le terme « ping-pong » est né à la fin du XIXe siècle en Angleterre, où le jeu de tennis de table a commencé à émerger comme un divertissement populaire. Ce jeu, initialement joué de manière informelle dans les salons de la haute société britannique, était une adaptation du tennis sur gazon, permettant aux amateurs de ce sport de s'amuser à l'intérieur pendant les mois d'hiver. Les origines exactes du jeu ne sont pas tout à fait claires, mais des variantes de jeux avec des balles et des raquettes sur une table ont été observées dans plusieurs cultures et périodes. Cependant, c'est à cette époque que les premières règles et équipements dédiés ont commencé à être formalisés.

 

Le terme « ping-pong » est une onomatopée, c'est-à-dire un mot formé en imitant un son. Il évoque le bruit produit par la balle en celluloïd lorsqu'elle rebondit sur la table (« ping ») et est frappée par la raquette (« pong »). Cette imitation sonore a contribué à donner au jeu un nom accrocheur et distinctif, en particulier pour une activité qui se jouait souvent dans des environnements intimes et résonnants, comme les salons en bois. Ce nom simple et mémorable a vite gagné en popularité auprès des amateurs du jeu.

 

En 1901, la société britannique J. Jaques & Son Ltd. a déposé la marque « Ping Pong », consolidant ainsi son lien avec ce nom. Cela leur a permis de commercialiser officiellement des équipements spécifiques pour ce sport sous ce terme. Ils ont également établi une distinction entre leur version du jeu et d'autres variantes qui se développaient à la même époque. Cependant, ce succès commercial a entraîné une certaine confusion, car de nombreuses personnes continuaient à utiliser « ping-pong » comme un terme générique pour désigner le tennis de table.

 

Aux États-Unis, la société Parker Brothers a acheté les droits du nom « Ping Pong » à Jaques & Son, renforçant encore la marque de manière internationale. Cependant, au fil du temps, les organismes officiels qui régissent le sport, comme la Fédération Internationale de Tennis de Table (ITTF), ont adopté le terme « tennis de table » pour éviter toute association avec une marque commerciale. De nos jours, bien que « ping-pong » soit encore largement utilisé dans le langage courant pour désigner une version récréative du jeu, « tennis de table » est le terme officiel utilisé dans les compétitions professionnelles.

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  • Rediffusion - Pourquoi les carreaux sont-ils blancs dans le métro parisien ?

    02:01|
    Les carreaux blancs du métro parisien, présents dans de nombreuses stations depuis son inauguration en 1900, ne sont pas un choix purement esthétique. Leur présence résulte d’une combinaison de contraintes pratiques, techniques et symboliques propres à l’époque de la conception du réseau souterrain.  Une question d’éclairage et de propreté Au début du XXᵉ siècle, l’éclairage dans les espaces publics était loin d’être aussi performant qu’aujourd’hui. Les stations du métro parisien, entièrement souterraines et souvent exiguës, avaient besoin d’une solution pour maximiser la luminosité. Les carreaux blancs émaillés, réfléchissant la lumière, répondaient parfaitement à cette contrainte. Ils permettaient de diffuser efficacement l’éclairage fourni par les lampes à incandescence, rendant les stations plus lumineuses et accueillantes. De plus, ces carreaux étaient appréciés pour leur facilité d’entretien. Leur surface lisse et brillante pouvait être nettoyée rapidement, une nécessité pour maintenir une apparence de propreté dans un espace souterrain à forte affluence. Cela participait à l’image d’un métro moderne et hygiénique, en ligne avec les préoccupations de santé publique de l’époque.  Un choix architectural et économique L’utilisation de carreaux émaillés blancs dans le métro parisien s’inscrit également dans un contexte architectural. Le style des stations, conçu par les ingénieurs et architectes sous la direction de Fulgence Bienvenüe, s’inspirait de l’Art nouveau. Les carreaux émaillés, produits en série, étaient relativement économiques et faciles à poser, ce qui convenait parfaitement à un projet d’une telle ampleur. Ces carreaux avaient également une fonction structurante : leur petite taille permettait de couvrir les surfaces courbes des voûtes caractéristiques des stations parisiennes, tout en offrant une finition uniforme et élégante.  Une identité visuelle intemporelle Avec le temps, les carreaux blancs sont devenus une véritable signature du métro parisien, contribuant à son charme et à son identité. Leur simplicité intemporelle traverse les décennies, bien qu’ils soient parfois remplacés ou complétés par des designs plus modernes dans certaines stations rénovées.  En résumé Les carreaux blancs du métro parisien, initialement choisis pour maximiser la lumière et faciliter l’entretien, sont le résultat d’un mariage entre fonctionnalité, esthétique et innovation industrielle. Ils témoignent de l’ingéniosité des concepteurs de ce réseau, devenu un symbole de Paris.
  • Rediffusion - Pourquoi dit-on un “cousin Germain” ?

    01:51|
    L'expression "cousin germain" trouve son origine dans le droit romain et, plus précisément, dans l'usage du mot "germanus" en latin, qui signifie "véritable" ou "authentique". Ce terme était utilisé pour désigner des liens familiaux étroits et directs. Voyons comment cette appellation a évolué pour désigner nos cousins au premier degré.  Une origine juridique et linguistiqueDans le latin médiéval, "germanus" qualifiait des frères et sœurs, c'est-à-dire des membres d’une même fratrie, partageant les mêmes parents. Par extension, le terme a été utilisé pour désigner les cousins dont les parents sont eux-mêmes frères et sœurs, soulignant leur lien familial proche et direct. Au fil du temps, le français a conservé cette notion en adaptant l’expression. Le mot "cousin", issu du latin "consobrinus", qui désigne les enfants de deux sœurs, a été enrichi par l’ajout de "germain" pour marquer cette proximité particulière entre cousins au premier degré (les enfants de deux frères ou de deux sœurs, ou d’un frère et d’une sœur). Ainsi, un "cousin germain" est un cousin avec lequel on partage au moins un grand-parent.  Une distinction importanteCette expression se distingue d’autres termes utilisés pour qualifier des relations familiales plus éloignées. Par exemple :- Un cousin issu de germain est l’enfant du cousin germain d’un des parents.- Un petit-cousin est l’enfant du cousin germain d’une personne.  Un héritage des anciennes famillesL’utilisation de l’expression a également été renforcée par son rôle dans les généalogies aristocratiques et royales, où le degré de parenté était crucial pour des questions de succession, d’héritage ou d’alliance. Déterminer si une personne était un cousin "germain" permettait d’établir clairement ses droits dans un cadre légal ou dynastique. Ainsi, "cousin germain" témoigne de l’influence du droit romain sur notre langue et notre perception des relations familiales, tout en restant un joli clin d'œil à la précision de la généalogie. Une histoire à la croisée des mots et des liens de sang !
  • Rediffusion - Pourquoi le bermuda est-il né de la colonisation ?

    01:53|
    Le bermuda, vêtement emblématique des climats chauds, trouve ses origines dans la période coloniale britannique, plus précisément dans l’archipel des Bermudes, un territoire britannique d’outre-mer situé dans l’Atlantique Nord. Ce vêtement, à la fois pratique et adapté aux conditions tropicales, résulte de l’adaptation vestimentaire des colons à un environnement difficilement compatible avec les normes vestimentaires européennes.  L’adaptation au climatPendant la période coloniale, les colons britanniques étaient confrontés à un défi majeur : le climat chaud et humide des Bermudes rendait les vêtements traditionnels européens (souvent lourds et composés de plusieurs couches) inconfortables et inadaptés. Les soldats et les administrateurs coloniaux portaient habituellement des pantalons longs en laine, peu pratiques sous ces latitudes.  Pour pallier ce problème, au début du XXe siècle, les militaires britanniques stationnés dans les Bermudes décidèrent de raccourcir leurs pantalons jusqu’au genou, créant ainsi une version allégée qui offrait plus de confort tout en conservant un aspect formel. Ce style devint vite populaire parmi les civils, notamment les fonctionnaires et les commerçants, qui cherchaient un compromis entre praticité et respect des codes vestimentaires rigides imposés par l’Empire britannique.  La diffusion du bermudaLe bermuda devint progressivement une pièce phare du vestiaire colonial, particulièrement dans les territoires tropicaux. Il était souvent associé à des chaussettes montantes et des chemises à manches courtes pour maintenir une apparence professionnelle. Cette tenue, à la fois fonctionnelle et élégante, s’est répandue dans d’autres colonies britanniques comme l’Inde, Hong Kong ou encore l’Afrique de l’Est.  Le bermuda dans la vie civileL’essor du tourisme dans les Bermudes au début du XXe siècle joua un rôle clé dans la diffusion internationale du bermuda. Les voyageurs européens et américains, séduits par cette tenue légère et pratique, l’adoptèrent comme vêtement de loisirs. La "tenue bermudienne", composée d’un bermuda coloré, d’un blazer et de chaussettes longues, devint même un symbole de l’élégance insulaire.  Héritage colonialAujourd’hui, le bermuda est largement déconnecté de ses origines militaires et coloniales, mais son histoire reflète l’adaptation vestimentaire aux contraintes climatiques et culturelles. Il reste un symbole de confort et de décontraction, enraciné dans les besoins pratiques des colons britanniques des Bermudes.
  • Pourquoi Jules César a-t-il interdit les véhicules dans Rome ?

    02:21|
    Imaginez Rome au Ier siècle avant notre ère. Près d’un million d’habitants. Des rues étroites, sinueuses, encombrées. Des marchands, des esclaves, des sénateurs en toge… et des chariots partout.Le vacarme est permanent. Les roues cerclées de fer résonnent sur les pavés. Les attelages se croisent difficilement. Les embouteillages sont fréquents. Les piétons sont renversés. La ville étouffe.En 45 av. J.-C., Jules César prend une décision radicale : il interdit la circulation des véhicules à roues dans Rome pendant la journée, approximativement de l’aube jusqu’en fin d’après-midi. Les chariots ne pourront circuler que la nuit.Pourquoi une mesure aussi drastique ?D’abord pour fluidifier la circulation. Rome est le cœur politique du monde romain. Les magistrats, les sénateurs, les avocats doivent pouvoir se déplacer. Or les rues sont saturées par les convois de marchandises.Ensuite pour des raisons de sécurité. Les accidents sont fréquents. Les sources antiques évoquent des passants écrasés, des encombrements monstres.Enfin pour le bruit. Le fracas des roues métalliques sur la pierre est assourdissant. Les habitants se plaignent.Cette interdiction n’est pas totale. Des exceptions existent : véhicules officiels, transports de matériaux de construction, processions religieuses. Mais pour le commun des mortels, la règle est claire : pas de chariots le jour.Résultat paradoxal : la nuit devient bruyante. Les livraisons s’effectuent après le coucher du soleil. Les habitants se plaignent désormais… du tapage nocturne.Ce que montre cette décision, c’est que les problèmes urbains modernes ne sont pas si modernes. Embouteillages, nuisances sonores, sécurité des piétons : Rome connaissait déjà ces tensions.Jules César n’était pas écologiste avant l’heure. Il cherchait l’ordre et l’efficacité. Mais en réglementant la circulation, il invente l’une des premières politiques publiques de gestion du trafic urbain.Deux mille ans plus tard, quand une ville interdit les voitures en centre-ville, elle ne fait peut-être que renouer avec une idée… romaine.
  • Pourquoi le premier distributeur automatique a-t-il 2000 ans ?

    01:51|
    Quand on pense aux distributeurs automatiques, on imagine des machines modernes, pleines d’électronique, de capteurs et d’écrans. Pourtant, le tout premier distributeur automatique connu de l’Histoire a été inventé… il y a près de 2 000 ans, dans l’Antiquité.Son inventeur s’appelait Héron d’Alexandrie. Ingénieur, mathématicien et génial bricoleur du Ier siècle après Jésus-Christ, il vivait à Alexandrie, l’un des plus grands centres scientifiques du monde antique. Héron est célèbre pour ses travaux sur la mécanique, l’air comprimé, la vapeur… et pour une invention étonnamment familière : une machine qui fonctionne à la pièce.Le contexte est religieux.Dans certains temples, les fidèles venaient chercher de l’eau sacrée pour les rituels. Problème : si l’eau coulait librement, certains se servaient excessivement. Héron imagine alors un système simple et ingénieux pour réguler l’accès.Le principe est purement mécanique. Lorsqu’un fidèle insère une pièce de monnaie, celle-ci tombe sur une petite balance située à l’intérieur de la machine. Sous le poids de la pièce, la balance bascule et actionne un piston relié à un réservoir d’eau. Le piston s’abaisse, un robinet s’ouvre, et une quantité précise d’eau s’écoule.Quand la pièce glisse et tombe hors de la balance, le mécanisme revient à sa position initiale. Le robinet se ferme. Pour obtenir à nouveau de l’eau, il faut insérer… une nouvelle pièce.Autrement dit, tous les éléments fondamentaux d’un distributeur automatique sont déjà là :– un paiement– un mécanisme de déclenchement– une distribution contrôlée– et un retour automatique à l’état de reposPourquoi une telle invention n’a-t-elle pas révolutionné l’économie antique ?Parce que l’objectif n’était pas commercial, mais symbolique et pratique. Il s’agissait de maintenir l’ordre dans les temples, pas de vendre à grande échelle. De plus, l’Antiquité disposait d’une main-d’œuvre abondante et peu coûteuse, ce qui limitait l’intérêt économique de l’automatisation.Ce distributeur antique n’en reste pas moins une preuve fascinante : bien avant l’électricité et l’informatique, les Anciens avaient déjà compris comment faire payer pour obtenir un service sans intermédiaire humain.En résumé, si le premier distributeur automatique date de 2 000 ans, c’est parce que le besoin — contrôler l’accès à une ressource — est aussi ancien que la civilisation elle-même. Et Héron d’Alexandrie avait simplement… quelques siècles d’avance.
  • Pourquoi tant d’Américains partagent-ils un ancêtre français commun ?

    02:25|
    Quand on pense aux origines de la population américaine, on évoque souvent l’Angleterre, l’Irlande ou l’Allemagne. Pourtant, une partie surprenante des Américains partage un ancêtre français commun, arrivé très tôt sur le sol nord-américain : Marin Duval.Marin Duval est né en France au début du XVIIᵉ siècle. Il émigre vers 1639 en Amérique du Nord, à une époque où les colonies européennes ne comptent encore que quelques milliers d’habitants. Il s’installe dans la colonie du Maryland, alors en plein développement. Ce détail est crucial : arriver aussi tôt dans l’histoire coloniale multiplie mécaniquement les chances de laisser une descendance massive.Contrairement à beaucoup de colons, Marin Duval fonde une famille nombreuse et ses enfants survivent, se marient et s’installent à leur tour. À une époque où la mobilité sociale et géographique est forte, ses descendants se dispersent rapidement à travers les colonies britanniques, puis à travers les États-Unis naissants. Chaque génération double, puis quadruple le nombre d’héritiers.C’est ce phénomène que les généticiens et historiens appellent un effet fondateur. Lorsqu’un individu se trouve très tôt dans une population en forte expansion démographique, son arbre généalogique peut littéralement exploser. Après dix à douze générations, cela représente des centaines de milliers, voire des millions de descendants potentiels.Le cas de Marin Duval est d’autant plus frappant que sa lignée est exceptionnellement bien documentée. Les archives coloniales américaines sont riches, et certaines familles ont tenu des généalogies très précises. Résultat : on peut établir avec certitude que Marin Duval est l’ancêtre commun de personnalités aussi différentes que le président Harry S. Truman, le président Barack Obama, l’ancien vice-président Dick Cheney, le milliardaire Warren Buffett ou encore l’acteur Robert Duvall.Cela ne signifie pas que ces personnalités sont proches parentes. Leur lien avec Marin Duval remonte à plus de trois siècles, ce qui correspond à une parenté extrêmement lointaine. Mais statistiquement, dans une population issue de quelques dizaines de milliers de colons initiaux, ce type de convergence généalogique est inévitable.Cette histoire est aujourd’hui entretenue par la Duvall Society, une association consacrée à la préservation de l’héritage de Marin Duval et à l’étude de sa descendance.En résumé, si tant d’Américains partagent un ancêtre français commun, ce n’est pas un mystère génétique, mais une conséquence mathématique de l’Histoire : arriver tôt, avoir des enfants, et laisser le temps faire le reste. Dans une nation jeune et construite par vagues successives, certains noms ont eu plusieurs siècles d’avance.
  • Pourquoi des espions ont-ils utilisé leur sperme ?

    01:48|
    Pendant la Première Guerre mondiale, l’espionnage est une guerre silencieuse. Pas de gadgets futuristes, pas de montres laser à la James Bond. Mais une obsession : comment transmettre des informations sans se faire repérer ?À l’époque, les services secrets britanniques, futurs MI6, cherchent une encre invisible indétectable. Les méthodes classiques — jus de citron, lait, solutions chimiques — sont connues des services ennemis. Les Allemands disposent déjà de réactifs capables de révéler ces encres secrètes.C’est alors qu’émerge une solution inattendue.Le directeur du renseignement britannique, Mansfield Smith-Cumming, découvre qu’une substance organique possède une propriété intéressante : elle ne réagit pas aux produits chimiques de détection standards. Cette substance, c’est… le sperme.Utilisé comme encre invisible, il devient visible uniquement lorsqu’on chauffe le papier. À froid, aucune trace apparente. Pas d’odeur suspecte une fois sec. Et surtout, aucun réactif chimique courant ne permet de le détecter facilement.Les agents adoptent alors une devise ironique :« Every man his own stylo » — Chaque homme a son propre stylo.L’avantage est évident : la ressource est immédiatement disponible, difficile à confisquer, et ne nécessite aucun matériel compromettant. En cas d’arrestation, aucun flacon suspect dans les poches.Mais la méthode a ses limites. Le temps altère le message. La chaleur peut révéler accidentellement le texte. Et surtout, l’odeur, lorsqu’il est frais, peut trahir l’usage.Rapidement, les services secrets développeront des encres chimiques plus sophistiquées. Mais cet épisode révèle quelque chose de fascinant : l’espionnage est avant tout une affaire d’ingéniosité pragmatique.Dans une guerre où chaque information peut coûter des milliers de vies, rien n’est trop insolite pour être testé.Loin des fantasmes hollywoodiens, l’histoire réelle de l’espionnage est souvent plus étrange, plus improvisée… et parfois plus biologique qu’on ne l’imagine.
  • Pourquoi un habitant de Lettonie sur dix n’a-t-il pas de nationalité ?

    02:54|
    La situation est unique en Europe : en Lettonie, environ un résident sur dix ne possède aucune nationalité, ni lettone ni étrangère. Ces personnes ne sont pas des migrants récents, ni des réfugiés, mais des habitants installés dans le pays parfois depuis plusieurs générations. Pour comprendre ce paradoxe, il faut revenir à l’histoire mouvementée du XXᵉ siècle.Avant la Seconde Guerre mondiale, la Lettonie est un État indépendant. Mais en 1940, le pays est annexé par l’Union soviétique. Pendant près de cinquante ans, la Lettonie fait partie de l’URSS, et connaît d’importants bouleversements démographiques. Des centaines de milliers de citoyens soviétiques, principalement russophones, s’installent sur le territoire pour travailler dans l’industrie, l’administration ou l’armée. À cette époque, la notion de citoyenneté lettone disparaît : tous sont citoyens soviétiques.Tout change en 1991, lorsque la Lettonie retrouve son indépendance après l’effondrement de l’URSS. Le nouvel État fait alors un choix juridique fondamental : il rétablit la continuité de la Lettonie d’avant 1940. Autrement dit, sont automatiquement reconnus comme citoyens les personnes qui l’étaient avant l’occupation soviétique… ainsi que leurs descendants. Les autres habitants doivent, eux, demander une naturalisation.C’est là que naît le problème.Une partie importante de la population issue de l’époque soviétique ne remplit pas ces démarches. Pour devenir citoyen letton, il faut notamment réussir des tests de langue lettone, d’histoire et de connaissance de la Constitution. Certains refusent par opposition politique, d’autres par difficulté linguistique, d’autres encore par indifférence ou par peur de l’échec. Résultat : des dizaines de milliers de personnes restent dans un statut juridique intermédiaire.Ces résidents ne sont pas juridiquement apatrides au sens strict du droit international, mais ils ne sont citoyens d’aucun État. La Lettonie leur a donc créé un statut spécifique : celui de « non-citoyen ». Ils disposent d’un document de voyage particulier, souvent appelé « passeport d’étranger », sur lequel la nationalité n’est pas indiquée comme lettone, mais comme statut distinct.Concrètement, ces personnes ont le droit de vivre, travailler et bénéficier de services sociaux en Lettonie. En revanche, elles ne peuvent pas voter aux élections nationales, ni occuper certains postes publics. Leur situation soulève régulièrement des critiques d’organisations internationales, qui y voient une forme de marginalisation durable.Avec le temps, la proportion de non-citoyens diminue lentement, grâce aux naturalisations et au renouvellement des générations. Mais plus de trente ans après l’indépendance, cette situation rappelle que la fin d’un empire ne règle pas instantanément les questions d’identité, de droit et d’appartenance. En Lettonie, l’Histoire continue d’avoir des conséquences très concrètes… jusque dans les papiers d’identité.
  • Pourquoi parle-t-on de la “fin de l'Histoire” ?

    02:29|
    En 1989, au moment où le mur de Berlin tombe et où le bloc soviétique vacille, Francis Fukuyama publie un article devenu célèbre : The End of History? Il y développe une thèse audacieuse : l’humanité serait peut-être arrivée au terme de son évolution idéologique majeure.Attention, il ne parle pas de la fin des événements, ni de la fin des conflits. Il parle de la fin de l’Histoire au sens philosophique, hérité de Hegel et d’Alexandre Kojève : l’Histoire comme lutte entre grandes idéologies concurrentes pour définir le meilleur régime politique.Selon Fukuyama, le XXe siècle a vu s’affronter trois grands modèles : le fascisme, le communisme et la démocratie libérale. Le fascisme est vaincu en 1945. Le communisme s’effondre en 1989-1991 avec la chute de l’URSS. Il ne resterait alors qu’un modèle sans rival idéologique crédible : la démocratie libérale associée à l’économie de marché.Sa thèse est donc la suivante : la démocratie libérale pourrait constituer la forme finale de gouvernement humain, non pas parfaite, mais la moins mauvaise et la plus universalisable. Il ne dit pas que tous les pays sont démocratiques, mais qu’aucune idéologie alternative globale ne semble capable de la remplacer durablement.L’argument repose aussi sur une dimension anthropologique : le besoin humain de reconnaissance, ce que Hegel appelait le « thymos ». La démocratie libérale offrirait un cadre permettant de satisfaire ce besoin par des droits, l’égalité juridique et la participation politique.La thèse a suscité un immense débat. Certains l’ont interprétée comme un triomphalisme naïf de l’Occident. D’autres ont souligné que l’histoire postérieure — terrorisme, montée de la Chine autoritaire, résurgence des nationalismes, guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient — semble contredire l’idée d’un monde stabilisé autour d’un modèle unique.Fukuyama lui-même a nuancé sa position par la suite. Il reconnaît que la démocratie peut reculer, que les institutions peuvent s’affaiblir et que l’Histoire, au sens des crises et rivalités de puissance, continue évidemment.La « fin de l’Histoire » n’est donc pas l’annonce d’un monde pacifié pour toujours. C’est une hypothèse sur l’absence d’alternative idéologique systémique à la démocratie libérale après la Guerre froide.Qu’on l’approuve ou qu’on la critique, cette thèse reste l’une des plus influentes pour comprendre l’optimisme des années 1990… et les désillusions du XXIe siècle.