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Choses à Savoir - Culture générale
Pourquoi croyons-nous à l’impossible au cinéma ?
Lorsque vous regardez Superman voler dans le ciel, vous savez parfaitement qu’un être humain ne peut pas voler. Pourtant, pendant deux heures, cette impossibilité ne vous empêche pas de suivre l’histoire, de vous inquiéter pour le héros ou d’être ému par ce qui lui arrive.
Votre cerveau l'accepte provisoirement. Et ce mécanisme porte un nom: la « suspension consentie de l’incrédulité ». Oui ! Je vous explique.
D'abord, sachez que l’expression vient du poète anglais Samuel Taylor Coleridge. En 1817, il évoque cette « willing suspension of disbelief ». Et l’idée est assez simple. Pour profiter d’une œuvre de fiction, nous acceptons temporairement de mettre de côté notre scepticisme face à certains éléments irréalistes ou impossibles. Nous savons que ce que nous voyons ou lisons est inventé, mais nous acceptons de jouer le jeu.
Mais cette suspension de l’incrédulité a des limites.
En effet une fiction peut être totalement fantastique mais elle doit respecter ses propres règles. Imaginons qu’un roman explique pendant 300 pages que les sorciers ne peuvent devenir invisibles qu’en utilisant une cape magique. Puis, à la dernière page, le héros devient soudainement invisible simplement parce qu’il le souhaite, sans aucune explication.
Le lecteur risque alors de se dire que cela n'a aucun sens.
Curieusement, le problème n’est pas que l’invisibilité soit impossible dans la réalité. Le lecteur avait déjà accepté cette impossibilité. Le problème est que l’histoire vient de violer les règles qu’elle avait elle-même établies.
C’est pourquoi la cohérence est souvent plus importante que le réalisme.
Notre cerveau est ainsi capable de maintenir simultanément deux niveaux de compréhension : nous savons qu’une histoire est fictive tout en réagissant émotionnellement comme si ses événements avaient une importance réelle. et voilà pourquoi nous pouvons pleurer devant la mort d’un personnage dont nous savons parfaitement qu’il n’a jamais existé.
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Pourquoi les ascenseurs doivent-ils beaucoup à une grève ?
02:51|Aujourd’hui, entrer dans un ascenseur et appuyer sur un bouton paraît parfaitement banal. Pourtant, pendant des décennies, prendre l’ascenseur nécessitait l’intervention d’un véritable professionnel : l’opérateur d’ascenseur.Son travail ne consistait pas simplement à appuyer sur un bouton. Il devait actionner manuellement une commande pour faire monter ou descendre la cabine, ralentir au bon moment et s’arrêter précisément au niveau de l’étage. Dans les grands immeubles, les hôtels et les magasins, ces employés étaient indispensables.Mais en septembre 1945, à New York, cette dépendance va brutalement apparaître comme une faiblesse.Environ 15 000 opérateurs d’ascenseurs et employés du bâtiment se mettent en grève. Pendant plus d’une semaine, des milliers d’ascenseurs deviennent inutilisables ou fonctionnent très difficilement.Et dans une ville déjà largement verticale, les conséquences sont considérables.On estime qu’environ 1,5 million de personnes sont affectées. Certains bureaux deviennent pratiquement inaccessibles. Des employés doivent monter des dizaines d’étages à pied. Des activités commerciales ralentissent et des livraisons sont perturbées. La presse de l’époque évoque des pertes économiques se chiffrant en dizaines de millions de dollars.Cette grève révèle surtout quelque chose aux propriétaires d’immeubles : leurs bâtiments dépendent d’une main-d’œuvre dont l’absence peut quasiment les paralyser.Or une solution technologique existe déjà.Depuis plusieurs années, les fabricants développent des ascenseurs capables de fonctionner sans opérateur. L’usager entre dans la cabine, appuie sur le bouton correspondant à son étage et un système électrique contrôle automatiquement le déplacement et l’arrêt.Le problème est alors moins technique que psychologique.Beaucoup de gens hésitent encore à monter seuls dans une cabine commandée par une machine. L’opérateur rassure : sa présence donne l’impression que quelqu’un contrôle réellement l’ascenseur.La grève de 1945 contribue à modifier ce calcul. Pour les propriétaires, l’automatisation devient non seulement un moyen de réduire les coûts de personnel, mais aussi de rendre leurs immeubles moins vulnérables aux conflits sociaux.Dans les années suivantes, les ascenseurs automatiques se multiplient. Les fabricants travaillent aussi à rassurer le public : portes automatiques, boutons lumineux, alarmes, téléphones d’urgence et campagnes expliquant que ces nouvelles machines sont sûres.La disparition des opérateurs ne se produit donc pas du jour au lendemain. Elle résulte d’une évolution technologique commencée bien avant 1945.Mais la grande grève new-yorkaise aura joué le rôle d’accélérateur.Ironie de l’histoire : en voulant démontrer à quel point leur travail était indispensable, les opérateurs ont aussi montré aux propriétaires pourquoi il pouvait être avantageux de s’en passer.
Pourquoi les hommes doivent-ils la bière aux femmes ?
02:14|La bière est aujourd’hui volontiers associée à un univers masculin. Pourtant, si l’on remonte à ses origines, les femmes occupent une place centrale dans son histoire.Tout commence il y a plusieurs milliers d’années, lorsque les humains commencent à cultiver des céréales au Proche-Orient.Selon un récit souvent raconté sur l’origine de la bière, des femmes chargées de préparer le pain auraient un jour laissé des grains d’orge à l’extérieur. Exposés à l’humidité, ceux-ci auraient commencé à germer. Plutôt que de les jeter, elles les auraient utilisés. Mélangées à de l’eau puis abandonnées quelque temps, les céréales auraient fermenté naturellement grâce aux levures présentes dans l’environnement.Le résultat ? Une boisson trouble, légèrement alcoolisée : une forme primitive de bière.Cette histoire est séduisante, mais il faut être prudent : nous ne savons pas qui a réellement « inventé » la bière, ni si sa découverte s’est produite exactement de cette manière.Ce que l’archéologie montre en revanche, c’est que des boissons fermentées à base de céréales existaient déjà il y a plus de 10 000 ans au Proche-Orient. Et quelques millénaires plus tard, en Mésopotamie, la bière occupe une place considérable dans la vie quotidienne.C’est là que les femmes entrent véritablement en scène.Chez les Sumériens, vers le troisième millénaire avant notre ère, la fabrication et la vente de bière sont notamment associées aux femmes. Certaines tiennent même des tavernes. Plus révélateur encore : la divinité sumérienne de la bière est une déesse, Ninkasi.Un célèbre texte, l’« Hymne à Ninkasi », datant du deuxième millénaire avant notre ère mais probablement issu d’une tradition plus ancienne, décrit d’ailleurs différentes étapes du brassage. On y retrouve un lien étroit entre bière et pain : on préparait notamment un pain à base de céréales maltées qui pouvait ensuite servir à produire la boisson.Pendant des siècles, le brassage restera largement une activité domestique et, dans de nombreuses sociétés, les tâches domestiques liées à la préparation des aliments étaient principalement assurées par les femmes.Ce n’est que progressivement, avec la professionnalisation puis l’industrialisation de la production, que le brassage deviendra un métier de plus en plus masculin.Dire que « sans les femmes, les hommes ne boiraient pas de bière » est donc évidemment une formule provocatrice.Mais elle rappelle une réalité souvent oubliée : pendant une grande partie de l’histoire de cette boisson, celles qui fabriquaient la bière étaient très souvent… des femmes.
Pourquoi dit-on « se faire du mouron » ?
02:05|Quand quelqu’un s’inquiète beaucoup, on dit parfois qu’il « se fait du mouron ». L’expression est familière et un peu vieillotte, mais elle reste parfaitement compréhensible. Et son origine est assez amusante, car le « mouron » n’a, au départ, absolument rien à voir avec l’anxiété.Le mouron est d’abord… une plante.Ce nom désigne plusieurs petites plantes sauvages très communes, que l’on trouve dans les champs, les jardins ou au bord des chemins. On connaît notamment le mouron des oiseaux, une petite plante aux fleurs blanches.Alors comment cette modeste plante a-t-elle fini par désigner nos inquiétudes ?Il faut passer par l’argot parisien du XIXe siècle.À cette époque, le mot « mouron » prend un nouveau sens populaire : il désigne les cheveux, et plus largement la chevelure. L’origine exacte de cet emploi n’est pas absolument certaine, mais elle serait liée à une comparaison visuelle : les petites touffes de mouron poussant sur le sol auraient évoqué des cheveux poussant sur une tête.Dans l’argot de l’époque, « avoir du mouron sur la cage » signifie ainsi avoir des cheveux sur la tête, la « cage » désignant familièrement le crâne.C’est à partir de là que l’expression « se faire du mouron » aurait pris son sens actuel.Pourquoi ? Parce que les soucis sont traditionnellement associés aux cheveux. On dit encore aujourd’hui que l’on peut « se faire des cheveux blancs » à force de s’inquiéter. Et autrefois, on employait également l’expression « se faire des cheveux », tout simplement, pour dire que l’on se tourmentait.Le « mouron » étant devenu synonyme de cheveux, « se faire du mouron » aurait donc suivi la même logique : se faire des cheveux, autrement dit se faire du souci.L’expression se diffuse surtout dans le langage populaire à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Elle devient ensuite suffisamment courante pour que son origine capillaire soit presque complètement oubliée.Et c’est ce qui rend l’expression intéressante : lorsque vous dites à quelqu’un « ne te fais pas de mouron », vous ne lui parlez donc pas réellement d’une plante.Vous lui dites, indirectement, de ne pas se faire de cheveux blancs.Autrement dit, de ne pas laisser ses soucis lui pousser sur la tête.
Pourquoi Paris Match s’appelle-t-il ainsi ?
02:31|Avec son nom, on pourrait croire que Paris Match était à l’origine un journal consacré à des compétitions sportives organisées dans la capitale. Et ce n’est pas complètement absurde, car le mot « Match » vient effectivement… du sport.L’histoire commence en 1926 avec la création d’un hebdomadaire français simplement appelé Match. À cette époque, il s’agit essentiellement d’un journal sportif. Son nom est donc parfaitement logique : en français, le mot anglais « match » est déjà couramment employé pour désigner une rencontre sportive.Mais tout change à la fin des années 1930.En 1938, le puissant patron de presse Jean Prouvost rachète Match. Il possède déjà plusieurs journaux et souhaite créer en France un grand magazine illustré capable de raconter l’actualité grâce à la photographie. Il s’inspire notamment du célèbre magazine américain Life, lancé deux ans auparavant.Match abandonne alors progressivement sa vocation sportive. Ses pages se remplissent de reportages, d’actualité internationale et surtout de grandes photographies. La Seconde Guerre mondiale interrompt cependant cette aventure : le magazine cesse de paraître en 1940.Après la guerre, Jean Prouvost décide de reprendre son projet. Le 25 mars 1949 paraît le premier numéro d’un nouvel hebdomadaire : Paris Match.Mais pourquoi avoir ajouté « Paris » ?Le choix n’est pas totalement nouveau. Avant-guerre, Jean Prouvost avait déjà utilisé le nom Paris-Match pour une publication liée à la radio. En 1949, il récupère donc cette appellation pour son nouvel hebdomadaire.Le mot « Paris » présente aussi un immense avantage commercial. À l’époque, la capitale française bénéficie d’un prestige international exceptionnel. Paris évoque la mode, le cinéma, les artistes, l’élégance et la vie culturelle. Ajouter son nom permet donc de donner au magazine une identité immédiatement reconnaissable, y compris à l’étranger.Quant au mot « Match », il reste comme un héritage du journal sportif des origines, même si le nouveau magazine n’a plus grand-chose à voir avec le sport.Paris Match va surtout devenir célèbre pour une formule journalistique fondée sur la puissance des images. Guerres, élections, stars de cinéma, familles royales, catastrophes ou grands événements : l’actualité doit être racontée comme une histoire et montrée au lecteur grâce à des photographies spectaculaires.Cette philosophie sera résumée des décennies plus tard par un slogan devenu célèbre : « Le poids des mots, le choc des photos ».Ainsi, derrière le nom Paris Match se cache un morceau d’histoire de la presse française : celui d’un simple journal sportif devenu l’un des grands magazines d’actualité illustrés du XXe siècle.
Quelle est la différence entre un compromis de vente et une promesse de vente ?
02:23|Si vous achetez un appartement ou une maison en France, vous entendrez probablement parler de « compromis de vente » et de « promesse de vente ». Dans le langage courant, on utilise parfois ces expressions comme si elles désignaient la même chose. Pourtant, juridiquement, la différence est importante.Commençons par le compromis de vente.Son principe peut se résumer par une célèbre formule du Code civil : « la promesse de vente vaut vente ». Dans un compromis, le vendeur s’engage à vendre le bien et l’acheteur s’engage à l’acheter. Les deux parties sont donc engagées réciproquement, sous réserve des conditions prévues dans le contrat.Prenons un exemple.Vous signez un compromis pour acheter un appartement 300 000 euros. Le vendeur ne peut normalement plus décider, quelques jours plus tard, qu’il préfère finalement conserver son logement. De votre côté, vous ne pouvez pas non plus simplement renoncer à l’achat une fois vos droits légaux expirés.Il existe cependant plusieurs protections pour l’acheteur.Lorsqu’il s’agit d'un logement et que l’acheteur est un particulier, celui-ci dispose notamment d’un délai légal de rétractation de dix jours. Le compromis contient aussi généralement des conditions suspensives. Par exemple, si l’achat doit être financé par un crédit et que la condition correspondante est prévue, le refus du prêt peut permettre à l’acheteur de ne pas poursuivre la transaction.La promesse unilatérale de vente fonctionne différemment.Cette fois, c’est principalement le vendeur qui s’engage. Il promet de vendre son bien à une personne déterminée, à un prix déterminé, pendant une certaine durée.L’acheteur, appelé bénéficiaire, dispose alors d’une option.Pendant le délai prévu, il peut décider d’acheter le logement : on dit qu’il « lève l’option ». Mais il peut également décider de ne pas acheter.En contrepartie de cette liberté, la promesse prévoit souvent une indemnité d’immobilisation, fréquemment fixée autour de 5 à 10 % du prix. Si l’acheteur renonce en dehors des situations lui permettant de récupérer cette somme, il peut la perdre.Retenez donc une distinction très simple.Avec le compromis, vendeur et acheteur s’engagent l’un envers l’autre.Avec la promesse unilatérale, le vendeur s’engage à vendre tandis que l’acheteur conserve, pendant un certain temps, le choix d’acheter ou non.Dans les deux cas, l’avant-contrat constitue une étape essentielle de la transaction. Il fixe notamment le prix, décrit le bien et précise les conditions de la vente avant la signature définitive chez le notaire.Autrement dit, compromis et promesse peuvent conduire exactement au même endroit : l’achat du logement.Mais juridiquement, ils n’empruntent pas tout à fait le même chemin.
Pourquoi le penalty a-t-il failli ne jamais exister ?
01:49|Imaginez un match de football sans penalty. Un défenseur pourrait volontairement arrêter de la main un ballon qui se dirige vers le but, ou faire tomber un attaquant sur le point de marquer, sans risquer cette sanction que tous les joueurs redoutent aujourd’hui.Et pourtant, lorsque le penalty fut proposé à la fin du XIXe siècle, beaucoup estimèrent qu’il était tout simplement inutile.L’histoire commence en Irlande, en 1890.À cette époque, le football possède déjà des règles relativement précises, mais il n’existe encore aucune sanction équivalente au penalty actuel. En cas de faute près du but, l’équipe adverse peut obtenir un coup franc. Mais cela ne suffit pas toujours à décourager les défenseurs de commettre volontairement une faute pour empêcher un but.C’est alors qu’un gardien de but irlandais, William McCrum, imagine une solution.McCrum joue pour le Milford Football Club, dans le comté d’Armagh. Son idée est simple : lorsqu’un joueur commet volontairement une faute à proximité de son propre but, l’équipe adverse doit bénéficier d’un tir direct face au gardien. Une sanction suffisamment dangereuse pour rendre la faute beaucoup moins intéressante.Mais sa proposition provoque des résistances.Pourquoi ?Parce qu’à cette époque, le football reste profondément marqué par la culture britannique du « gentleman ». Le sport est censé reposer sur le fair-play et l’honneur. Pour certains dirigeants, imaginer une règle sanctionnant une faute volontaire revient donc à admettre qu’un joueur puisse délibérément tricher.Or, selon eux, un véritable gentleman ne ferait jamais une chose pareille.La presse britannique aurait même surnommé cette proposition la « death penalty », tant elle paraissait sévère.Mais la réalité du terrain finit rapidement par donner raison à McCrum. Les enjeux des matchs augmentent et les fautes volontaires existent bel et bien.En 1891, l’International Football Association Board, l’organisme chargé de fixer les règles du football, adopte finalement le penalty.Il est cependant assez différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. À l’origine, le tireur peut frapper depuis n’importe quel endroit situé sur une ligne tracée à environ 11 mètres du but. Ce n’est que plus tard que le point de penalty et la surface de réparation prendront leur forme moderne.L’histoire du penalty raconte donc quelque chose de plus large sur l’évolution du football.À ses débuts, on pensait que l’honneur des joueurs pouvait suffire à garantir le respect des règles.William McCrum, lui, avait compris qu’un sport compétitif avait aussi besoin de sanctions.Et qu’en football, même les gentlemen peuvent parfois être tentés d’empêcher un but par tous les moyens.
Pourquoi la démocratie est-elle à son niveau le plus bas depuis vingt ans ?
03:07|La démocratie recule dans le monde. C’est du moins ce que montre le dernier « indice de démocratie » publié par l’Economist Intelligence Unit, ou EIU.Cet indice existe depuis 2006 et cherche à mesurer le niveau de démocratie dans 167 pays et territoires. Pour cela, les chercheurs utilisent 60 indicateurs répartis en cinq grandes catégories : le fonctionnement des élections, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique et enfin la culture politique.Chaque pays reçoit ensuite une note sur 10.Et en 2025, la moyenne mondiale est tombée à 5,16 sur 10 : le niveau le plus faible jamais enregistré depuis la création de l’indice.Plus spectaculaire encore : seulement 6,6 % de la population mondiale vit désormais dans ce que l’EIU appelle une « démocratie complète ». Dix ans auparavant, cette proportion était presque deux fois plus élevée. À l’inverse, près de 40 % de l’humanité vit aujourd’hui sous un régime qualifié d’autoritaire.Alors, comment expliquer ce recul ?Il ne signifie pas simplement que des élections disparaissent. Dans de nombreux pays, elles continuent d’exister. Le problème est plutôt que certains des mécanismes indispensables à une véritable démocratie s’affaiblissent.Dans certains États, les gouvernements exercent davantage de pression sur les médias, la justice ou l’opposition. Ailleurs, les élections restent compétitives, mais la confiance dans les institutions diminue fortement.Un autre phénomène joue un rôle important : la polarisation politique. Lorsque deux camps deviennent extrêmement hostiles l’un envers l’autre, le compromis devient plus difficile. Or une démocratie ne repose pas uniquement sur le fait de voter. Elle suppose également d’accepter les règles du jeu, la légitimité de l’opposition et, surtout, la possibilité de perdre une élection.Même les démocraties occidentales ne sont donc pas épargnées.Les États-Unis, par exemple, ne sont plus classés comme une « démocratie complète » depuis 2016, mais comme une « démocratie imparfaite ». La France oscille elle aussi autour de la frontière entre ces deux catégories.Il faut toutefois garder une nuance essentielle : cet indice n’est pas une mesure scientifique absolue de la démocratie. C’est un outil de comparaison construit à partir de critères et d’évaluations qui peuvent être discutés.Mais son évolution sur près de vingt ans révèle une tendance préoccupante : le recul ne concerne pas seulement le nombre de démocraties.Il touche aussi leur qualité.Autrement dit, la démocratie peut s’affaiblir sans disparaître brutalement. Les élections continuent, les institutions restent en place, mais progressivement, la confiance, les libertés et les contre-pouvoirs peuvent s’éroder.Et c’est précisément cette lente érosion que l’indice cherche aujourd’hui à mesurer.
Pourquoi Venise a-t-elle été privée de carnaval pendant près de 200 ans ?
02:36|Aujourd’hui, impossible d’imaginer Venise sans son carnaval. Chaque année, les rues et les places se remplissent de personnages vêtus de costumes somptueux et, surtout, de ces fameux masques qui dissimulent leur identité. Pourtant, cette tradition a pratiquement disparu pendant près de deux siècles.Pour comprendre pourquoi, il faut revenir à la fin du XVIIIe siècle.À cette époque, le carnaval de Venise est déjà très ancien. Ses origines remontent au Moyen Âge et, au XVIIIe siècle, il est devenu l’un des événements les plus célèbres d’Europe. Pendant plusieurs semaines, les Vénitiens peuvent porter des masques, assister à des spectacles, jouer dans les casinos et participer à d’immenses fêtes populaires.Mais le masque possède une particularité importante : il efface temporairement les différences sociales. Un aristocrate peut côtoyer un marchand ou un simple citoyen sans être immédiatement reconnu.Et c’est précisément ce qui va inquiéter les nouveaux maîtres de Venise.En 1797, les troupes de Napoléon Bonaparte entrent dans la région. La République de Venise, qui existait depuis plus de mille ans, disparaît. Napoléon impose un nouveau régime, avant que la ville ne passe quelques mois plus tard sous domination autrichienne.Dans ce contexte politique extrêmement tendu, les autorités se méfient des rassemblements et surtout des personnes masquées. Car derrière un masque, difficile de savoir qui se cache. Des opposants peuvent se réunir anonymement, préparer des troubles ou échapper plus facilement à la surveillance de la police.Le port du masque et les festivités du carnaval sont donc fortement restreints. Sous les dominations française puis autrichienne, la grande tradition publique du carnaval vénitien disparaît progressivement.Attention toutefois : cela ne signifie pas qu’aucune fête costumée n’a lieu pendant près de 200 ans. Des célébrations privées ou ponctuelles subsistent. Mais le grand carnaval populaire qui faisait la réputation de Venise n’existe plus sous sa forme traditionnelle.Même après l’intégration de Venise au royaume d’Italie, en 1866, il ne retrouve pas immédiatement son importance passée.Il faut attendre les années 1970 pour assister à sa véritable renaissance. Des habitants, des artistes et des associations cherchent alors à ressusciter les anciennes traditions vénitiennes. En 1979, les autorités locales relancent officiellement le carnaval.Le succès est spectaculaire.En quelques années, masques, costumes et spectacles envahissent de nouveau la place Saint-Marc et les ruelles de Venise.Ainsi, l’un des carnavals les plus célèbres du monde est en réalité une tradition très ancienne… mais ressuscitée il y a seulement quelques décennies.