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Choses à Savoir - Culture générale

Pourquoi connaissez-vous la syllepse sans le savoir ?

Une syllepse est une figure de style subtile. Elle consiste à employer un mot dans deux sens différents en même temps : un sens propre et un sens figuré, ou deux sens distincts d’un même terme. Autrement dit, un seul mot, mais une double lecture.


Le terme vient du grec sullêpsis, qui signifie « action de prendre ensemble ». C’est exactement cela : l’auditeur doit « saisir ensemble » deux significations.

Prenons un exemple simple :

« Il a perdu ses clés et son sang-froid. »


Le verbe perdre s’applique ici à deux réalités différentes. On peut perdre des clés au sens propre. On peut perdre son sang-froid au sens figuré. Le mot fonctionne donc sur deux plans simultanément.


La syllepse joue souvent sur l’ambiguïté. Elle crée un effet d’esprit, d’ironie ou de profondeur. Par exemple chez Victor Hugo :

« Vêtu de probité candide et de lin blanc. »


Ici, le mot « vêtu » s’applique concrètement au lin blanc, mais métaphoriquement à la probité. On ne porte évidemment pas la probité comme un vêtement. Pourtant, la construction grammaticale unit les deux.


Il ne faut pas confondre la syllepse avec le simple jeu de mots. Le jeu de mots repose sur la sonorité ou l’homonymie. La syllepse, elle, repose sur un glissement de sens à l’intérieur d’une même structure syntaxique.


On distingue parfois deux types de syllepses :

La syllepse de sens : un mot est pris simultanément dans son sens propre et figuré.

La syllepse grammaticale : l’accord se fait selon le sens et non selon la stricte règle grammaticale. Par exemple : « La plupart sont venus. » Le mot « plupart » est singulier, mais l’accord se fait au pluriel, selon l’idée de pluralité.

La syllepse est très présente en littérature, en poésie et même en publicité, car elle permet de densifier le langage. En quelques mots, on suggère davantage qu’on ne dit explicitement.


Ce qui rend la syllepse intéressante, c’est qu’elle mobilise l’intelligence du lecteur ou de l’auditeur. Elle demande une petite gymnastique mentale : comprendre qu’un mot ne se contente pas d’un seul sens.


En résumé, la syllepse est une figure de style qui exploite la richesse polysémique des mots. Elle joue sur la coexistence de deux significations au sein d’une même phrase. C’est une manière élégante de dire plus… en disant moins.

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  • Pourquoi le mot “esclave” vient-il du nom d’un peuple européen ?

    02:03|
    Le terme “esclave” a une origine étonnante : il vient du nom d’un peuple européen, les Slaves. Le lien remonte au haut Moyen Âge, une période où les mots et les réalités sociales se façonnent ensemble.À l’origine, on trouve le mot latin médiéval sclavus. Or, ce terme n’existait pas dans le latin classique : il apparaît progressivement entre le VIᵉ et le IXᵉ siècle pour désigner… des Slaves capturés et réduits en servitude. Les Slaves, installés en Europe centrale et orientale — dans des régions correspondant aujourd’hui à la Croatie, la Slovénie ou encore l’Ukraine — étaient alors fréquemment victimes de razzias et de trafics humains.Le nom même de ces populations, les Slaves, va donc finir par devenir un nom commun. Par un glissement linguistique, “un Slave” capturé devient “un esclave”, puis le mot se généralise pour désigner toute personne privée de liberté.Mais pourquoi ces populations en particulier ? À cette époque, plusieurs réseaux commerciaux relient l’Europe, le monde byzantin et le monde arabo-musulman. L’Empire byzantin et certains marchands du monde islamique participent à ce commerce d’êtres humains, souvent alimenté par des conflits et des expéditions militaires en Europe de l’Est. Les Slaves, situés aux marges de ces grands ensembles politiques, sont particulièrement exposés.Le mot circule ensuite dans différentes langues européennes. En ancien français, esclave s’impose au XIIᵉ siècle. En anglais, il devient slave. On retrouve la même racine dans plusieurs langues, preuve de l’ampleur de ce phénomène historique.Il est important de nuancer l’idée selon laquelle les Slaves auraient été réduits en esclavage uniquement par certains groupes. La réalité est plus complexe : de nombreux acteurs, chrétiens comme musulmans, ont participé à ces systèmes d’exploitation à différentes époques. Par ailleurs, la traite dite “orientale”, qui s’étend sur plus d’un millénaire, a effectivement concerné des populations très diverses — slaves, africaines, caucasiennes — mais les comparaisons chiffrées entre les différentes traites restent débattues chez les historiens.Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le mot “esclave” garde la trace de cette histoire. Il témoigne d’une époque où l’identité d’un peuple pouvait être associée, dans le langage même, à une condition de domination.En somme, derrière un mot que l’on utilise aujourd’hui de manière générale se cache une origine précise : celle de populations slaves dont le destin, à un moment de l’histoire, a marqué durablement les langues européennes.
  • Pourquoi le groupe Bilderberg est-il sulfureux ?

    02:48|
    Le groupe Bilderberg est dit « sulfureux » d’abord parce qu’il réunit, chaque année, une partie de l’élite occidentale dans un cadre extrêmement fermé. Créé en 1954 à l’hôtel de Bilderberg, aux Pays-Bas, il naît dans le contexte de la guerre froide. Son objectif initial est de renforcer le dialogue entre l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, afin d’éviter les divisions au sein du bloc occidental face à l’Union soviétique. Aujourd’hui encore, il se présente comme un simple forum de discussion informel.Son fonctionnement alimente la méfiance. Chaque année, entre 120 et 150 participants sont invités : chefs d’État ou de gouvernement, ministres, dirigeants de grandes entreprises, banquiers, responsables militaires, intellectuels ou patrons de la tech. Parmi les participants connus, on trouve par exemple Henry Kissinger, figure historique et fidèle du groupe, Bill Clinton avant son élection à la présidence américaine, Emmanuel Macron avant de devenir président, Angela Merkel, Mark Rutte, ou encore des dirigeants d’entreprises comme Eric Schmidt (ex-Google) ou Peter Thiel. Ces invitations individuelles, souvent faites à des personnalités en ascension, nourrissent l’idée d’un réseau d’influence puissant.Les réunions se tiennent à huis clos, sans presse. Elles suivent la règle de Chatham House : les idées peuvent être reprises, mais sans citer les auteurs. Le groupe publie une liste des participants et des thèmes abordés — géopolitique, économie mondiale, intelligence artificielle, sécurité — mais aucun compte rendu détaillé, aucune décision officielle, aucun vote.C’est précisément cette opacité qui alimente son image sulfureuse. Officiellement, le groupe ne décide de rien. Mais il met en relation des individus qui, eux, ont du pouvoir. Pour ses défenseurs, cette confidentialité permet des échanges francs et utiles. Pour ses critiques, elle pose un problème démocratique : voir des responsables politiques discuter librement avec des acteurs économiques majeurs, loin de tout regard public, interroge sur la transparence et les éventuels conflits d’intérêts.Enfin, cette discrétion a favorisé l’émergence de nombreuses théories du complot, qui lui prêtent un rôle de « gouvernement mondial ». Ces interprétations sont largement exagérées. Mais elles prospèrent sur un fait réel : le groupe Bilderberg est un lieu où se croisent des personnes parmi les plus influentes du monde, dans un cadre confidentiel. En réalité, ce n’est pas une société secrète qui dirige le monde, mais plutôt un club d’influence discret — et c’est précisément cette discrétion qui le rend, aux yeux de beaucoup, profondément suspect.
  • Pourquoi la moitié de l'eau que nous buvons est plus vieille que la Terre ?

    02:13|
    Cela semble contre-intuitif, et pourtant : une part significative de l’eau présente sur Terre — entre 30 et 50 % selon certaines estimations — serait plus ancienne que notre planète elle-même. Pour comprendre ce paradoxe, il faut remonter bien avant la formation de la Terre, dans les nuages de gaz et de poussières qui existaient déjà dans l’espace.Avant la naissance du Soleil et des planètes, il y avait une vaste nébuleuse interstellaire : un nuage froid, riche en gaz, notamment en hydrogène, et en poussières. Dans ces environnements extrêmement froids — parfois proches de -260 °C — des réactions chimiques se produisent à la surface des grains de poussière. L’hydrogène et l’oxygène s’y combinent pour former des molécules d’eau… sous forme de glace.Cette eau interstellaire possède une signature chimique particulière. Elle est enrichie en deutérium, une forme “lourde” de l’hydrogène. Or, en étudiant le rapport entre eau normale et eau enrichie en deutérium dans les océans terrestres, les scientifiques ont constaté qu’une partie correspond exactement à celle observée dans ces nuages interstellaires. Cela signifie qu’une fraction de notre eau s’est formée avant même la naissance du système solaire.Lorsque la nébuleuse s’est effondrée pour former le Soleil et les planètes, une partie de cette glace a survécu. Elle a été intégrée aux matériaux qui ont formé les comètes, les astéroïdes et, indirectement, la Terre. Ces petits corps célestes ont ensuite bombardé la jeune planète, apportant avec eux cette eau très ancienne.Longtemps, les chercheurs ont pensé que toute l’eau terrestre s’était formée après la naissance du Soleil. Mais des travaux publiés en 2014 dans la revue Science, notamment par une équipe dirigée par L. Ilsedore Cleeves, ont montré que les conditions dans le disque protoplanétaire n’étaient pas suffisantes pour produire à elles seules toute l’eau observée aujourd’hui. Une partie devait donc venir d’avant.Cela ne signifie pas que chaque molécule d’eau dans votre verre est intacte depuis des milliards d’années. L’eau circule en permanence sur Terre — évaporation, pluie, rivières — et les molécules se recombinent. Mais les atomes qui la composent, eux, sont bien là depuis l’origine.En somme, quand vous buvez un verre d’eau, vous consommez en partie une substance formée dans les profondeurs glacées de l’espace, bien avant la naissance de la Terre. Une eau qui a traversé le temps… et les étoiles.
  • Connaissez-vous la parabole des talents ?

    02:07|
    La parabole des talents est un court récit que l’on trouve dans l’Évangile selon Matthieu (chapitre 25). C’est une histoire simple, mais très riche en sens.Un maître s’apprête à partir en voyage. Avant de partir, il confie une somme d’argent à trois serviteurs. À l’époque, un « talent » est une unité de valeur très importante, pas un don au sens moderne. Il donne cinq talents au premier, deux au second, et un seul au troisième, « chacun selon ses capacités ».Pendant l’absence du maître, les deux premiers serviteurs font fructifier l’argent : ils investissent et doublent la somme. Le troisième, en revanche, par peur de perdre ce qu’on lui a confié, enterre le talent pour le conserver intact.À son retour, le maître demande des comptes. Il félicite les deux premiers pour leur initiative et leur confie davantage de responsabilités. En revanche, il reproche sévèrement au troisième son immobilisme : ne rien faire, par peur, est vu comme une faute. Son talent lui est retiré et donné à celui qui a le plus.Le message principal de cette parabole est souvent interprété ainsi : chacun reçoit des ressources — matérielles, intellectuelles, humaines — et a la responsabilité de les faire fructifier. Ce qui est valorisé, ce n’est pas la quantité reçue au départ, mais l’usage qu’on en fait.Avec le temps, le mot « talent » a changé de sens en français, passant de « somme d’argent » à « aptitude personnelle ». Cette évolution vient directement de cette parabole : on en a tiré l’idée que les capacités individuelles doivent être développées, et non laissées en sommeil.Plus largement, le texte invite à agir plutôt qu’à céder à la peur. Il souligne aussi une idée forte du christianisme : la confiance accordée implique une responsabilité. Ne pas utiliser ce qui nous est donné, par prudence excessive ou par passivité, peut être vu comme un gâchis.La parabole des talents reste ainsi une réflexion intemporelle sur l’initiative, la responsabilité et la manière dont chacun fait usage de ce qu’il a reçu.
  • Pourquoi les pieds des femmes enceintes s'allongent-ils ?

    01:43|
    Pendant la grossesse, certaines femmes constatent que leurs pieds “grandissent” — parfois d’une demi-pointure, parfois plus. Ce phénomène est réel, et il s’explique par une combinaison de mécanismes hormonaux, mécaniques et circulatoires.D’abord, il y a les hormones. Le corps produit notamment de la relaxine, une hormone essentielle pour préparer l’accouchement. Elle assouplit les ligaments du bassin pour faciliter le passage du bébé… mais elle n’agit pas uniquement à cet endroit. Elle touche l’ensemble du corps, y compris les ligaments du pied. Or, le pied est maintenu par une structure ligamentaire qui soutient sa voûte plantaire. Quand ces ligaments deviennent plus souples, la voûte peut s’affaisser légèrement. Résultat : le pied s’allonge et s’élargit.Ensuite, il y a la mécanique. Au fil des mois, la prise de poids et le déplacement du centre de gravité exercent une pression supplémentaire sur les pieds. Cette contrainte accentue l’écrasement de la voûte plantaire. C’est un peu comme un ressort qui, soumis à une charge prolongée, finit par se détendre légèrement.À cela s’ajoute un phénomène très courant pendant la grossesse : la rétention d’eau. Sous l’effet des hormones et des modifications de la circulation sanguine, le corps stocke davantage de liquides. Cela peut provoquer un gonflement des pieds et des chevilles, appelé œdème. Dans ce cas, le pied ne s’allonge pas réellement, mais il paraît plus volumineux, ce qui peut nécessiter une pointure supérieure.La question importante est de savoir si ce changement est temporaire ou permanent. Le gonflement lié à l’eau disparaît généralement après l’accouchement. En revanche, l’affaissement de la voûte plantaire peut, lui, être durable. Certaines femmes gardent ainsi une pointure légèrement plus grande après leur grossesse.Ce phénomène n’est pas systématique, mais il est fréquent. Il dépend de plusieurs facteurs : le nombre de grossesses, la génétique, le poids pris pendant la grossesse, ou encore la qualité du soutien musculaire et ligamentaire.En résumé, si les pieds s’allongent pendant la grossesse, ce n’est pas un mystère : les hormones assouplissent les structures, le poids les sollicite davantage, et l’eau les fait gonfler. Une transformation discrète, mais très concrète, du corps en adaptation.
  • Pourquoi produire des pêches en hiver était un enjeu d’État ?

    02:43|
    L’histoire de Jean-Baptiste de La Quintinie ressemble à un improbable virage de carrière devenu révolution horticole. Né en 1626, rien ne le destine à cultiver des légumes pour un roi. Il étudie le droit, devient avocat, puis accompagne un magistrat lors de voyages en Italie. C’est là que tout bascule : il découvre les jardins italiens, leurs techniques, leur esthétique… et décide de s’y consacrer entièrement.De retour en France, il se forme sur le terrain, observe, expérimente. Rapidement, il se fait remarquer pour sa maîtrise des cultures fruitières. Il entre au service de grandes familles, puis attire l’attention de Louis XIV. Le Roi-Soleil, obsédé par la perfection et le contrôle, veut des jardins capables de produire toute l’année, indépendamment des saisons.En 1678, La Quintinie reçoit une mission titanesque : créer le Potager du Roi à Versailles. Sur environ 9 hectares, il conçoit un espace entièrement structuré pour optimiser la production. Le terrain est divisé en carrés géométriques, protégés par des murs qui jouent un rôle crucial : ils accumulent la chaleur du soleil le jour et la restituent la nuit, créant des microclimats.Mais son génie ne s’arrête pas là. Il développe des techniques d’espalier extrêmement précises : les arbres fruitiers sont taillés et plaqués contre les murs pour maximiser l’exposition au soleil. Il expérimente aussi des systèmes de drainage, de fertilisation, et introduit des serres rudimentaires pour protéger les cultures sensibles.Son obsession ? Produire des fruits hors saison. Et notamment des figues, des fraises… et surtout des pêches. À Versailles, il réussit l’exploit d’en servir dès le mois de mai, alors que la saison naturelle commence bien plus tard. À la cour, c’est un symbole de puissance : le roi impose même aux saisons de lui obéir.La Quintinie tient des registres extrêmement précis. Il note les températures, les rendements, les dates de floraison. On est presque face à une démarche scientifique avant l’heure. Il publiera d’ailleurs en 1690 un ouvrage majeur, “Instruction pour les jardins fruitiers et potagers”, qui formalise ses méthodes.Mais cette réussite a un prix. La pression est immense. Fournir quotidiennement la table royale avec des produits parfaits, sans erreur, dans un système encore expérimental, relève de la prouesse permanente.À sa mort en 1688, le Potager du Roi est devenu une référence en Europe. Son modèle sera copié dans de nombreuses cours.La Quintinie n’a pas seulement cultivé des fruits. Il a transformé le jardin en outil de pouvoir, où la nature n’est plus subie… mais disciplinée, organisée, presque domptée au service du roi.
  • Qu'est-ce qu'un "Homme blanc honoraire” ?

    02:26|
    L’expression peut sembler absurde, presque ironique. Pourtant, elle a bien existé. Entre les années 1960 et 1990, en pleine Apartheid, l’Afrique du Sud a créé un statut officiel appelé “Blanc honoraire”. Une invention révélatrice des contradictions d’un système fondé sur la séparation stricte des populations.Pour comprendre, il faut revenir à la logique de l’Apartheid. Ce régime classait la population en catégories raciales rigides — Blancs, Noirs, “Coloured” (métis) et Indiens — chacune ayant des droits différents. Les Blancs disposaient de privilèges étendus : liberté de circulation, accès aux meilleurs quartiers, écoles, transports et établissements publics. Les autres groupes en étaient largement exclus.Mais ce système, très strict en théorie, s’est rapidement heurté à des réalités pratiques. Comment accueillir des diplomates étrangers, des hommes d’affaires ou des sportifs internationaux dans un pays où les lois interdisent aux “non-Blancs” d’accéder à certains hôtels, restaurants ou infrastructures ? Refuser leur entrée aurait été un désastre diplomatique et économique. Les accepter sans aménagement aurait contredit les lois.C’est dans ce contexte qu’est apparu le statut de “Blanc honoraire”. Il s’agissait d’une dérogation exceptionnelle, accordée à certaines personnes non blanches — souvent japonaises, coréennes, ou issues d’autres pays asiatiques — pour leur permettre de bénéficier, temporairement, des privilèges réservés aux Blancs. Elles pouvaient ainsi séjourner dans des hôtels “réservés”, fréquenter certains lieux publics ou se déplacer plus librement.Le cas des Japonais est particulièrement révélateur. Dans les années 1960, le Japon devient un partenaire économique majeur de l’Afrique du Sud. Pour préserver ces relations commerciales, le gouvernement sud-africain décide de considérer les Japonais comme “Blancs honoraires”. Une décision purement pragmatique, mais profondément incohérente sur le plan idéologique.Ce statut a aussi été attribué ponctuellement à des sportifs ou à des artistes étrangers invités à participer à des événements internationaux. Là encore, il s’agissait de préserver l’image du pays sans remettre en cause le système.Mais cette solution “sur mesure” révélait une faille majeure de l’Apartheid : si l’on pouvait accorder à certains non-Blancs les droits des Blancs pour des raisons pratiques, c’est bien que la hiérarchie raciale n’avait rien de naturel ni de cohérent.En réalité, le concept de “Blanc honoraire” illustre l’absurdité d’un système obligé de se contredire pour fonctionner. Il montre comment une idéologie rigide peut se plier aux intérêts économiques et diplomatiques, tout en maintenant une inégalité structurelle pour la majorité de la population.En somme, derrière ce terme étrange se cache une vérité simple : même les systèmes les plus stricts finissent par révéler leurs contradictions.
  • Pourquoi a-t-on envie de faire l'amour après un attentat ?

    02:21|
    Après un événement traumatisant — attentat, catastrophe, accident — certaines personnes ressentent une envie accrue de proximité physique, parfois jusqu’au désir sexuel. Ce phénomène, parfois appelé « terror sex », n’a rien d’irrationnel : il s’explique par des mécanismes biologiques et psychologiques assez bien connus.D’abord, le choc active le système de stress. Le corps libère de l’adrénaline et du cortisol, des hormones qui préparent à réagir face au danger. Cette activation intense ne disparaît pas immédiatement une fois le danger passé. Elle laisse un état de tension et d’hypervigilance. Or, le désir sexuel peut parfois émerger dans ces états d’activation élevée : l’organisme est « en alerte », et cette énergie peut se transformer en excitation.Ensuite, il y a un besoin fondamental de réassurance. Après un traumatisme, le sentiment de vulnérabilité augmente fortement. Le contact physique — étreintes, proximité, sexualité — permet de rétablir un sentiment de sécurité. Cela s’explique en partie par la libération d’ocytocine, souvent appelée « hormone de l’attachement », qui apaise, réduit l’anxiété et renforce le lien avec l’autre.Le désir sexuel peut aussi être une manière de réaffirmer la vie face à la mort. Un attentat confronte brutalement à la fragilité de l’existence. Dans ce contexte, certains ressentent un besoin presque instinctif de se reconnecter à ce qui est le plus vital : le corps, le plaisir, la relation à l’autre. Faire l’amour devient alors, inconsciemment, une façon de dire « je suis vivant ».Il existe également une dimension psychologique liée à la gestion des émotions. Le traumatisme provoque souvent un débordement émotionnel difficile à canaliser. L’intimité physique peut servir de régulation : elle offre un moment de décharge, de relâchement, voire de « pause » dans le flux des pensées anxieuses.Cependant, il est important de souligner que cette réaction n’est ni universelle ni systématique. Certaines personnes ressentent au contraire un retrait, une baisse du désir ou un besoin de solitude. Les réactions au traumatisme varient énormément selon les individus, leur histoire et leur état émotionnel.Le « terror sex » n’est donc pas une anomalie, mais une réponse possible du corps et de l’esprit face à un choc extrême : une manière, parmi d’autres, de retrouver du contrôle, du lien et un sentiment de sécurité.
  • Pourquoi les musulmans ne boivent-ils pas d'alcool ?

    02:05|
    La raison pour laquelle les musulmans ne boivent pas d’alcool est à la fois religieuse, historique et sociale. Elle s’appuie principalement sur les textes fondateurs de l’Islam, en particulier le Coran.Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’interdiction n’a pas été immédiate. Au début de la prédication du prophète Muhammad, l’alcool faisait partie des habitudes culturelles en Arabie. Le Coran adopte donc une approche progressive. Dans un premier temps, il reconnaît que l’alcool peut avoir des aspects positifs, mais souligne que ses méfaits sont supérieurs à ses bénéfices. Ensuite, un autre verset déconseille de prier en état d’ivresse, ce qui limite déjà fortement sa consommation. Enfin, une interdiction claire est formulée : le vin et les jeux de hasard sont qualifiés “d’abominations” à éviter.Pourquoi une telle interdiction ? La première raison est liée à la préservation de l’esprit. Dans la pensée islamique, la raison est considérée comme un bien précieux, qu’il faut protéger. L’alcool altère le jugement, diminue le contrôle de soi et peut conduire à des comportements dangereux ou immoraux. Interdire l’alcool, c’est donc protéger la capacité de discernement.La deuxième raison est sociale. L’alcool est souvent associé à des conflits, des violences ou des comportements à risque. Dans une société où la cohésion du groupe est essentielle, limiter ces risques est une priorité. L’interdiction vise donc aussi à préserver l’ordre social et les relations entre individus.Il y a également une dimension spirituelle. En islam, le croyant est invité à être pleinement conscient de ses actes, notamment dans sa relation à Dieu. L’ivresse est perçue comme un état qui éloigne de cette conscience, et donc de la pratique religieuse.Enfin, cette règle s’inscrit dans un cadre plus large, celui des interdits alimentaires appelés “haram”. Comme pour le porc, il ne s’agit pas uniquement d’une question de santé ou de morale, mais d’une obéissance à une prescription divine. Le respect de cette interdiction devient alors un acte de foi.Il est important de préciser que, dans la pratique, tous les musulmans ne respectent pas cette règle de la même manière. Mais dans les textes et la tradition, la position est claire : l’alcool est interdit car il altère l’esprit, perturbe la société et éloigne de la conscience spirituelle.