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Choses à Savoir HISTOIRE

Qui les « agents Roméo » devaient-ils séduire ?

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Rediffusion


Les espions de charme à la James Bond ne sont pas seulement des personnages de films. Ils ont aussi existé dans la réalité.


C'est ce que vient de rappeler un documentaire britannique. On y apprend que les services secrets de l'Allemagne de l'Est, la fameuse Stasi, avaient recruté, surtout entre 1965 et 1975, des dizaines d'agents dont la mission principale était de séduire des jeunes femmes vivant dans la République fédérale voisine.


Ces nouveaux "Roméo" avaient sans doute des qualités d'espions. Mais ils étaient aussi choisis en fonction de leur physique.


Ces agents secrets au physique engageant devaient d'abord repérer leurs "victimes". Il s'agissait de jeunes femmes esseulées, occupant des postes stratégiques et ayant accès à des documents pouvant intéresser la Stasi. Les secrétaires de direction paraissaient représenter, à cet égard, des proies de choix.


Les agents devaient cibler celles qui travaillaient dans les ministères ou l'OTAN. Ils les rencontraient dans divers endroits de la RFA, mais aussi sur leurs lieux de vacances, comme les plages de la mer Noire ou des capitales comme Paris.


Une fois séduites par leurs "Roméo", les nouvelles agentes recevaient une formation rapide, qui devait leur permettre, notamment, de photographier les documents retenus. Les clichés étaient ensuite remis aux agents de la Stasi dans les endroits les plus divers, le vestiaire d'une piscine ou une station de ski par exemple.


Ce qui ne signifie pas que toutes ces femmes savaient forcément pour qui elles travaillaient. Leurs séducteurs inventaient souvent des histoires destinées à endormir leur méfiance. Certains prétendaient ainsi travailler, non pour le service de contre-espionnage d'un pays de l'Est, mais pour une organisation internationale.


D'autres, par contre, se sont laissé embrigader en toute connaissance de cause. Que les victimes aient été ou non trompées sur le but réel de l'opération, cette technique bien au point a permis à la RDA de récupérer beaucoup de documents d'un grand intérêt.


Et ce pays satellite n'a pas gardé pour lui ces précieuses informations. Il n'a pas manqué de les communiquer sans faute au "grand frère" soviétique.

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  • Que sait-on de la véritable histoire du cheval de Troie ?

    02:34|
    Un gigantesque cheval de bois, des soldats cachés à l’intérieur et une ville conquise en une nuit : tout le monde connaît l’histoire du cheval de Troie. Mais cet épisode célèbre a-t-il réellement eu lieu ?Selon la mythologie grecque, la guerre de Troie oppose pendant dix ans les Grecs aux Troyens, dans l’actuelle Turquie. Incapables de franchir les murailles, les Grecs imaginent une ruse attribuée à Ulysse. Ils construisent un immense cheval de bois, y dissimulent des guerriers, puis font semblant de repartir. Les Troyens, persuadés d’avoir remporté la guerre, introduisent l’objet dans leur cité. Durant la nuit, les soldats en sortent, ouvrent les portes à leurs compagnons revenus secrètement et provoquent la chute de Troie.Premier détail surprenant : contrairement à une idée reçue, cette scène n’est pas racontée dans l’Iliade. Le poème d’Homère s’achève avant la prise de Troie. Le cheval apparaît notamment dans l’Odyssée, puis dans d’autres récits antiques. C’est surtout le poète romain Virgile, dans l’Énéide, qui en donnera une description devenue célèbre.Mais existe-t-il un fond de vérité ?Oui, au moins concernant la ville. Les archéologues ont identifié ses vestiges à Hisarlik, dans le nord-ouest de la Turquie. Les fouilles y ont révélé plusieurs cités construites les unes sur les autres, dont certaines furent détruites. Une destruction survenue vers 1200 avant notre ère présente des traces d’incendie et de violences. Des textes hittites évoquent par ailleurs un royaume nommé Wilusa, généralement associé à Troie, et des tensions avec une puissance liée au monde grec.Ces indices rendent plausibles des conflits dans la région. En revanche, ils ne prouvent ni la guerre de dix ans racontée par les poètes, ni l’existence du cheval. Aucun vestige de cet engin n’a jamais été découvert.Certains chercheurs ont donc proposé d’autres interprétations. Le cheval pourrait symboliser une machine de siège, ou même un tremblement de terre ayant endommagé les remparts. Cette dernière hypothèse s’appuie notamment sur le fait que Poséidon, dieu associé aux chevaux, était aussi le dieu des séismes. Mais aucune de ces explications ne fait consensus.Ce qui est certain, c’est que la légende circulait déjà dans l’Antiquité : un vase grec du VIIe siècle avant notre ère représente des guerriers dissimulés dans un cheval.En définitive, Troie a bel et bien existé et a connu des destructions. Mais son fameux cheval reste, jusqu’à preuve du contraire, une histoire légendaire — et l’un des plus célèbres symboles de la ruse.
  • Nostradamus a-t-il vraiment prédit l’avenir ?

    02:47|
    En 1559, le roi de France Henri II meurt après avoir reçu un éclat de lance dans l'œil, lors d'un tournoi. Or, quatre ans plus tôt, un certain Nostradamus avait publié un mystérieux poème évoquant un jeune lion qui vaincrait un vieux lion et lui percerait les yeux. Pour certains, c'est la preuve que cet homme était capable de prédire l'avenir. Mais est-ce vraiment le cas ?Pour le comprendre, il faut d'abord savoir qui était Nostradamus.De son vrai nom Michel de Nostredame, il naît en 1503 à Saint-Rémy-de-Provence. Contrairement à l'image du vieux sorcier qu'on lui associe parfois, il est d'abord un homme de médecine. Il parcourt notamment le sud de la France pour soigner les malades, particulièrement lors des épidémies de peste.Mais Nostradamus se passionne également pour l'astrologie. À cette époque, on considère encore que la position des planètes peut influencer le destin des hommes.En 1555, il publie son ouvrage le plus célèbre : Les Prophéties. Ce livre contient des centaines de quatrains, de courts poèmes de quatre vers, censés annoncer des événements futurs.Seulement voilà : ces textes sont extraordinairement obscurs. Nostradamus emploie des métaphores, mélange plusieurs langues et ne donne presque jamais de dates précises.C'est justement ce qui fait leur force.Prenons l'exemple de la mort d'Henri II. Le fameux quatrain évoque effectivement deux lions et une blessure aux yeux. Mais il ne mentionne ni le nom du roi, ni la France, ni l'année 1559. Son rapprochement avec l'accident royal repose donc sur une interprétation réalisée après les faits.Et c'est tout le problème des prophéties de Nostradamus.Au fil des siècles, certains ont cru y reconnaître l'annonce de la Révolution française, de l'ascension d'Hitler ou encore des attentats du 11 septembre. Mais ces interprétations reposent généralement sur des ressemblances vagues, parfois même sur des textes qui ne sont pas authentiques.Les historiens soulignent ainsi qu'aucune méthode rigoureuse n'a permis de démontrer que Nostradamus avait réellement annoncé ces événements à l'avance.Pourtant, de son vivant, sa réputation est déjà considérable. Il attire notamment l'attention de Catherine de Médicis et devient médecin du roi Charles IX.Il meurt en 1566, à Salon-de-Provence.Alors, Nostradamus pouvait-il prédire l'avenir ? Rien ne le prouve. Son véritable talent était peut-être ailleurs : écrire des textes suffisamment mystérieux pour que chaque génération puisse y reconnaître les événements de son époque.Et c'est précisément ce qui explique pourquoi, près de cinq siècles après sa mort, on parle encore de lui.
  • Comment Venise est-elle devenue la capitale des livres interdits ?

    02:42|
    Alors, au XVIe siècle, Venise est l’une des capitales européennes du livre. De tous les livres. Pourtant, en quelques décennies, cette ville où les idées circulaient relativement librement devient aussi l’un des principaux centres de la censure religieuse. Je vous explique.Tout commence avec une invention majeure : l’imprimerie, mise au point par Gutenberg vers 1450. Dès 1469, les premières presses apparaissent à Venise. La ville possède alors des avantages considérables : des marchands fortunés, un commerce international florissant et des réseaux permettant de distribuer les ouvrages dans toute l’Europe.Au début du XVIe siècle, Venise devient ainsi un centre majeur de l’édition européenne. Des imprimeurs célèbres, comme Alde Manuce, y publient des œuvres antiques, des textes scientifiques et des ouvrages humanistes.Mais cette liberté relative va progressivement inquiéter l’Église catholique.En effet, à partir de 1517, la Réforme protestante, lancée par Martin Luther, bouleverse l’Europe. Grâce à l’imprimerie, les critiques contre le pape et les doctrines catholiques se diffusent à une vitesse inédite.Or, pour Rome, ces livres constituent une menace religieuse et politique. Le Vatican cherche donc à empêcher leur circulation.Venise résiste d’abord à ces pressions. Cependant, en 1547, sa situation diplomatique change et la République accepte de renforcer la lutte contre l’hérésie.C’est le début d’une surveillance croissante des imprimeurs et des libraires.En 1559, le pape Paul IV publie un document décisif : l’Index des livres interdits. Il s’agit d’une liste d’ouvrages que les catholiques n’ont pas le droit de lire ou de posséder sans autorisation.Et cette interdiction ne concerne pas uniquement les textes protestants. Des œuvres littéraires et politiques, notamment celles de Machiavel, sont également visées.À Venise, les autorités peuvent désormais inspecter les librairies, confisquer des ouvrages et poursuivre leurs propriétaires.D'ailleurs, dès 1553, des exemplaires du Talmud, texte fondamental du judaïsme, avaient été brûlés sur ordre de l’Inquisition romaine.Face à cette répression, certains libraires développent des stratégies clandestines : faux titres, livres dissimulés dans des cargaisons ou ouvrages introduits secrètement depuis l’étranger.La censure finit néanmoins par affaiblir une partie de l’industrie éditoriale vénitienne.Mais Venise conserve une particularité : ses dirigeants défendent régulièrement les intérêts économiques de leurs imprimeurs contre les exigences de Rome.Ainsi, cette histoire révèle un paradoxe fondamental : la ville qui avait contribué à diffuser massivement le savoir est devenue l’un des principaux terrains d’affrontement entre la liberté de publier et le pouvoir de censurer.
  • Pourquoi y a-t-il si peu d’ours en Europe à cause de la religion ?

    02:36|
    Aujourd’hui, croiser un ours sauvage en Europe occidentale est devenu exceptionnel. Pourtant, pendant des siècles, cet animal était présent dans une grande partie du continent. Et si sa population a considérablement diminué, c’est notamment pour une raison étonnante : la religion chrétienne a longtemps combattu l’ours !Pour comprendre pourquoi, il faut remonter au début du Moyen Âge.À cette époque, l’ours occupe une place considérable dans les croyances européennes. Chez plusieurs peuples germaniques, celtes ou scandinaves, il est considéré comme un animal sacré, symbole de force, de courage et de puissance.D’ailleurs, certains peuples le vénèrent comme un ancêtre de l’homme. Et contrairement à aujourd’hui, le roi des animaux en Europe n’est pas le lion, mais bien l’ours !Or, cette popularité pose un problème à l’Église chrétienne.En effet, à partir du VIIIe siècle, notamment sous le règne de Charlemagne, la christianisation des populations païennes s’intensifie. Mais comment imposer une nouvelle religion lorsque certains peuples continuent de vénérer un animal associé à leurs anciennes divinités ?Pour les autorités religieuses, la solution consiste à faire disparaître ces cultes et à discréditer l’ours.Ainsi, l’animal est progressivement associé au diable. Des penseurs chrétiens, notamment saint Augustin, contribuent à nourrir une représentation négative de l’ours, que les auteurs médiévaux développeront ensuite.On lui attribue alors plusieurs péchés capitaux, comme la colère, la gourmandise ou la luxure.Mais cette offensive n’est pas seulement symbolique.En effet, selon l’historien Michel Pastoureau, spécialiste de l’histoire des animaux, l’Église encourage également la destruction physique des ours. Sous Charlemagne, notamment, d’importants massacres auraient été organisés.Parallèlement, les récits religieux mettent en scène des saints capables de dompter ces animaux redoutables, démontrant ainsi la supériorité du christianisme sur les anciennes croyances.Progressivement, l’ours perd donc son prestige. Au XIIe et au XIIIe siècle, il est même détrôné par le lion, désormais présenté comme le véritable roi des animaux.Cependant, la religion n’explique pas à elle seule sa disparition.En effet, pendant les siècles suivants, la chasse intensive, la déforestation et l’expansion des activités humaines réduisent considérablement son territoire.Ainsi, l’ours disparaît progressivement de nombreuses régions européennes.Finalement, l’histoire de l’ours révèle un phénomène fascinant : pendant plusieurs siècles, un animal autrefois vénéré comme un roi a été persécuté parce qu’il représentait une menace pour une religion en pleine expansion.
  • Qui était Mandrin, le Robin des Bois français qui défia le roi ?

    02:39|
    Au XVIIIe siècle, un homme devient l'ennemi public numéro un du royaume de France. Son nom : Louis Mandrin. Contrebandier, chef de bande et véritable héros populaire, il ose défier l'un des systèmes les plus puissants de l'Ancien Régime : celui des impôts.Louis Mandrin naît en 1725, dans le Dauphiné, au sein d'une famille de commerçants. Il reprend jeune les affaires familiales, mais connaît rapidement de graves difficultés financières.Il en veut particulièrement à une institution : la Ferme générale.À l'époque, le roi de France confie la collecte de nombreux impôts indirects à des financiers privés, appelés les fermiers généraux. Ces derniers versent une somme au Trésor royal, puis récupèrent les taxes auprès de la population, en conservant leurs bénéfices.Le système est particulièrement impopulaire. Certains produits, comme le tabac ou le sel, sont lourdement taxés.Mandrin décide alors de s'attaquer directement à ce monopole.En 1754, il prend la tête d'une bande de contrebandiers, organisée presque comme une petite armée. Son principe est simple : acheter des marchandises à l'étranger, notamment en Suisse ou en Savoie, puis les revendre en France sans payer les taxes.Résultat : les habitants peuvent acheter du tabac, des étoffes et d'autres produits à des prix bien inférieurs à ceux du commerce officiel.Mais Mandrin ne se contente pas de vendre illégalement des marchandises.À la tête de plusieurs dizaines, parfois de centaines d'hommes armés, il organise des expéditions spectaculaires. Il attaque les agents de la Ferme générale et contraint parfois ses représentants à lui acheter ses marchandises.Ses opérations se déroulent notamment en Bourgogne, en Auvergne et dans le Dauphiné.Pour les autorités, c'est un dangereux criminel. Pour une partie de la population, c'est un justicier qui s'attaque à des collecteurs d'impôts détestés.Sa popularité devient immense.Mais sa carrière est étonnamment courte.En mai 1755, Mandrin est capturé en Savoie, territoire qui n'appartient alors pas à la France, au cours d'une opération particulièrement controversée.Ramené à Valence, il est rapidement jugé et condamné à mort.Le 26 mai 1755, à seulement 30 ans, il subit le terrible supplice de la roue, devant une foule considérable.Sa mort ne fait pourtant que renforcer sa légende.Des chansons, des récits et des gravures célèbrent bientôt ses exploits.Mandrin devient ainsi une sorte de Robin des Bois français. Une image largement idéalisée, car ses expéditions furent aussi violentes.Mais son histoire révèle surtout une réalité essentielle : plusieurs décennies avant la Révolution française, l'injustice fiscale nourrissait déjà une profonde colère contre l'Ancien Régime.
  • Comment l’IA a-t-elle cassé un code secret de Napoléon ?

    02:43|
    Pendant plus de deux siècles, un message militaire datant de l’époque napoléonienne est resté pratiquement illisible. En 2026, il a finalement été déchiffré grâce à une intelligence artificielle.L’histoire remonte à mars 1809. L’Europe se prépare à une nouvelle guerre entre la France de Napoléon et l’Empire d’Autriche. Une grande partie de l’armée française est alors engagée en Espagne, tandis que le général Auguste de Marmont commande environ 13 000 hommes en Dalmatie, sur la côte adriatique. Sa position est particulièrement délicate : il est séparé des autres forces françaises par des territoires autrichiens.Napoléon veut donc lui transmettre des informations militaires sensibles. Il ordonne à son beau-fils, Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, d’envoyer à Marmont un message indiquant notamment la position et l’importance des différentes armées françaises et alliées.Mais évidemment, pas question d’écrire cela en clair.Le message est chiffré grâce à un système complexe utilisant des nombres, des lettres et des symboles inventés. Il s’agit notamment d’un chiffrement dit « homophonique » : une même lettre peut être représentée par plusieurs signes différents, ce qui rend les analyses de fréquence beaucoup plus difficiles.La clé complète du code ayant disparu, le document résiste aux chercheurs pendant des décennies.En 2026, Carter Church, ingénieur spécialisé en intelligence artificielle, décide de soumettre une reproduction ancienne du document à GPT-6 Astra, un modèle d’OpenAI. L’image est loin d’être parfaite : elle provient d’un document publié en 1969.L’IA commence par identifier et regrouper les quelque 175 signes manuscrits différents. Elle analyse ensuite leurs répétitions, exploite une table partielle de correspondances déjà établie par un historien et teste différentes hypothèses. En environ six heures, elle parvient à reconstruire le message.Celui-ci décrit les positions des forces françaises, bavaroises et polonaises et cherche surtout à rassurer Marmont sur la puissance des armées qui doivent affronter l’Autriche.Le décryptage révèle aussi quelque chose d’intéressant : certaines informations transmises à Marmont, notamment concernant les Russes, étaient probablement exagérées ou erronées. Elles pouvaient avoir pour but de renforcer sa confiance avant la guerre.L’intérêt de cette histoire dépasse donc largement Napoléon. Elle montre que l’intelligence artificielle pourrait devenir un nouvel outil pour les historiens : capable de lire des documents difficiles, de reconnaître des symboles et même de contribuer à résoudre des codes restés mystérieux pendant des siècles.
  • Pourquoi des villages entiers de Picardie disparaissaient-ils sous terre ?

    02:06|
    Sous certains villages de Picardie se cache un monde invisible : des galeries, des salles, des couloirs et parfois de véritables petits quartiers souterrains. On les appelle les « muches ».Le mot vient du picard « mucher », qui signifie « cacher ». Et c’est exactement à cela que servaient ces lieux : se dissimuler sous terre en période de danger.Les muches se développent surtout entre le XVIe et le XVIIe siècle, à une époque où le nord du royaume de France est régulièrement traversé par les guerres. La Picardie se trouve alors sur une zone stratégique, proche des territoires contrôlés par les Habsbourg. Armées, mercenaires et bandes de pillards circulent dans la région.Pour les populations rurales, le danger ne vient pas seulement des combats. Les soldats vivent souvent sur le pays : ils réquisitionnent les récoltes, volent le bétail, pillent les maisons et peuvent incendier les villages.Les habitants imaginent donc une solution radicale : disparaître.Ils creusent dans le sous-sol, souvent dans la craie, relativement facile à travailler. L’accès aux muches est volontairement discret : il peut se trouver dans une église, une cave ou un bâtiment du village.Une fois sous terre, les habitants peuvent rester cachés pendant plusieurs jours. Certaines muches comprennent des dizaines de petites pièces appelées cellules. Chaque famille peut disposer de son espace. On y prévoit aussi des endroits pour stocker des provisions, accueillir des animaux ou conserver des objets précieux.L’organisation est parfois impressionnante. Dans certains réseaux, les cellules sont disposées le long de véritables rues souterraines, avec des entrées soigneusement aménagées et des systèmes permettant de surveiller les accès.Mais le principe essentiel reste le même : rendre le village apparemment désert afin que les soldats passent leur chemin.Avec le temps, beaucoup de ces refuges sont oubliés, murés ou abandonnés. Certains ne sont redécouverts que plusieurs siècles plus tard.Pendant la Première Guerre mondiale, les soldats qui combattent dans la Somme retrouvent plusieurs de ces réseaux souterrains. Certains sont alors utilisés comme abris, postes de commandement ou lieux de cantonnement.Les muches constituent donc un témoignage étonnant de la vie quotidienne en temps de guerre.Elles rappellent surtout que, pendant des siècles, face aux invasions et aux pillages, certaines populations de Picardie avaient trouvé une solution particulièrement efficace : lorsqu’une armée arrivait, tout le village pouvait littéralement disparaître sous terre.
  • Pourquoi la première rencontre entre Hitler et Mussolini a-t-elle tourné au fiasco ?

    02:33|
    En juin 1934, Adolf Hitler et Benito Mussolini se rencontrent pour la première fois. La scène se déroule à Venise. Pourtant, contrairement à l’image que l’on garde aujourd’hui de deux dictateurs alliés, les deux hommes sont alors loin de s’entendre.À cette époque, Mussolini est au pouvoir depuis plus de dix ans. Hitler, lui, n’est chancelier allemand que depuis janvier 1933. Et s’il admire depuis longtemps le régime fasciste italien, Mussolini regarde encore le nouveau dirigeant allemand avec méfiance.Le principal sujet de discorde tient en un mot : l’Autriche.Hitler rêve de rapprocher l’Autriche germanophone du Reich. Il soutient les nazis autrichiens et souhaite qu’ils participent au gouvernement. Mussolini, au contraire, veut maintenir une Autriche indépendante. Pour l’Italie, ce petit État constitue un tampon précieux entre elle et l’Allemagne. Une annexion placerait directement le Reich aux frontières italiennes, notamment près du Tyrol du Sud, territoire germanophone obtenu par l’Italie après la Première Guerre mondiale.Mussolini soutient donc le chancelier autrichien Engelbert Dollfuss, farouche adversaire des nazis.À Venise, le Duce entend montrer qu’il est encore le dirigeant expérimenté face au nouveau venu. Le contraste visuel est frappant : Mussolini apparaît en uniforme, tandis qu’Hitler, venu en vêtements civils, semble beaucoup moins imposant dans le cérémonial fasciste.Mais le véritable problème se trouve dans les discussions.Hitler voudrait que Dollfuss ouvre son gouvernement aux nazis autrichiens. Mussolini refuse. Les deux hommes discutent longuement, parfois sans interprète, Mussolini parlant allemand, mais aucun véritable compromis n’émerge sur l’Autriche.La rencontre se termine donc sans résultat décisif.Et quelques semaines plus tard, la situation devient explosive.Le 25 juillet 1934, des nazis autrichiens tentent un coup d’État à Vienne et assassinent Dollfuss. Mussolini est furieux. Il fait immédiatement envoyer plusieurs divisions italiennes vers le col du Brenner pour signifier à Hitler que l’Italie est prête à défendre l’indépendance autrichienne.Hitler recule et nie toute responsabilité.Ironie de l’Histoire : quatre ans plus tard, en 1938, Mussolini ne s’opposera plus à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne.Et les deux hommes qui s’étaient si mal entendus à Venise finiront par devenir alliés : l’Axe Rome-Berlin naît en 1936, avant le Pacte d’Acier de 1939.
  • Pourquoi faisait-on autrefois classe dehors, même en hiver ?

    02:39|
    Au début du XXᵉ siècle, un étrange type d’école se développe un peu partout en Europe : les « écoles de plein air ». Leur principe paraît simple, presque évident aujourd’hui : faire classe dehors, ou du moins dans des bâtiments très largement ouverts sur l’extérieur. Mais à l’époque, cette organisation répond avant tout à une véritable obsession sanitaire : lutter contre la tuberculose.La tuberculose est alors l’une des principales causes de mortalité en Europe. Très contagieuse, elle se diffuse particulièrement bien dans les logements surpeuplés, humides et mal ventilés des grandes villes industrielles. Or les antibiotiques n’existent pas encore. Les médecins disposent donc de très peu de moyens pour soigner les malades.Une idée s’impose progressivement : l’air pur, le soleil, le repos et une bonne alimentation pourraient renforcer l’organisme et aider à prévenir la maladie. C’est dans ce contexte que naissent les premières écoles de plein air au début du XXᵉ siècle, notamment en Allemagne, puis en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse ou encore au Royaume-Uni.Ces établissements accueillent souvent des enfants considérés comme fragiles, maigres ou particulièrement exposés à la tuberculose. On cherche à les éloigner des centres-villes pollués et des logements insalubres.L’architecture de ces écoles est très particulière. Les salles de classe possèdent de grandes baies vitrées, des portes que l’on peut ouvrir entièrement, parfois même des murs mobiles. Dans certains établissements, les cours ont tout simplement lieu dehors, sur des terrasses ou sous des préaux.Et cela même lorsqu’il fait froid.Les élèves peuvent être emmitouflés dans des manteaux ou des couvertures pendant les leçons. On organise également des temps de repos, parfois sur des lits installés à l’extérieur. L’éducation physique, les bains de soleil et les repas équilibrés font partie intégrante du programme.Mais les écoles de plein air ne sont pas seulement une curiosité médicale. Elles participent aussi à une transformation profonde de l’école. Les pédagogues commencent à réfléchir davantage au bien-être des enfants, à leur santé, à la lumière naturelle, à l’espace et au mouvement.Après la Seconde Guerre mondiale, avec l’arrivée des antibiotiques et le recul de la tuberculose, leur fonction sanitaire disparaît progressivement.Pourtant, leur héritage demeure. Les grandes fenêtres, les cours arborées, l’importance de la ventilation ou encore l’idée que l’environnement physique joue un rôle dans l’apprentissage viennent en partie de cette époque.Les écoles de plein air étaient donc à la fois des écoles, des lieux de prévention médicale et des laboratoires d’une nouvelle manière de penser l’enfance.