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Choses à Savoir HISTOIRE
Pourquoi la croix de Lorraine a-t-elle été choisie comme symbole de la Résistance ?
On sait que, durant la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle a choisi la croix de Lorraine pour symboliser la France Libre, autrement dit la Résistance extérieure au nazisme. Cet emblème a fini par représenter l'ensemble de la Résistance.
Il s'agit, au départ, d'un symbole chrétien. Il est en effet composé d'une double croix, la première traverse étant plus longue que la première.
Cette croix porte des noms divers. En plus de l'appellation qui lui est restée, "croix de Lorraine", on trouve en effet les noms de "croix d'Anjou" ou de "croix patriarcale".
La croix de Lorraine a une histoire assez mouvementée. Elle aurait d'abord été une relique, contenant un fragment de la croix sur laquelle a été crucifié le Christ. Cette croix est devenue la possession d'un chevalier croisé, qui l'aurait vendue, au XIIIe siècle, à un monastère situé dans la région angevine.
D'où le nom de "croix d'Anjou" sous lequel on la connaît parfois. La croix figure ensuite dans les armes de la Hongrie, avant de devenir, à partir de la fin du XVe siècle, le symbole de la Lorraine.
Le choix de la croix de Lorraine, comme symbole de la France Libre, est généralement attribué au vice-amiral Muselier, placé à la tête des Forces navales françaises libres (FNFL).
Il est possible qu'il ait choisi cet emblème en raison de ses origines lorraines. En tous cas, il le présenta à de Gaulle comme une croix symbolisant la Résistance face à la croix gammée des nazis.
Le pavillon frappé de la croix de Lorraine fut adopté par les navires de la France Libre dès juillet 1940. Elle figura aussi sur les cocardes apposées sur la carlingue des avions.
Cette croix, adoptée par de Gaulle, devint peu à peu le symbole incontesté de toute la Résistance. Aujourd'hui encore, une gigantesque croix de Lorraine ombrage le mémorial consacré au général de Gaulle, dans la bourgade de Colombey-les-deux-Églises, où se trouvait la demeure de l'ancien chef de la France Libre.
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Qu'est-ce qu'Atlantropa, le projet fou d'assécher la Méditerranée ?
02:59|Atlantropa, c’est l’un des projets les plus vertigineux — et les plus inquiétants — jamais imaginés au XXᵉ siècle : faire baisser le niveau de la Méditerranée pour relier physiquement l’Europe et l’Afrique, tout en produisant une énergie gigantesque. Une utopie technologique, née dans l’entre-deux-guerres, à une époque où l’on croyait que l’ingénierie pouvait remodeler la planète.L’idée vient d’un architecte allemand : Hermann Sörgel. Dès la fin des années 1920, il propose un plan titanesque baptisé Atlantropa. Son principe est simple… sur le papier : construire un barrage colossal au détroit de Gibraltar. Comme l’eau de l’Atlantique n’alimenterait plus la Méditerranée librement, l’évaporation naturelle ferait progressivement baisser le niveau de la mer. Sörgel imagine une baisse d’environ 100 à 200 mètres, ce qui ferait émerger d’immenses terres nouvelles : des zones côtières actuelles deviendraient des plaines, et des ports comme Marseille, Barcelone ou Gênes se retrouveraient très loin du rivage.Mais Atlantropa ne se limitait pas à Gibraltar. Sörgel envisageait aussi un barrage aux Dardanelles pour contrôler la mer Noire, et un autre entre la Sicile et la Tunisie, afin de séparer et réguler les bassins méditerranéens. Il rêvait d’un réseau de chantiers pharaoniques, mobilisant des centaines de milliers d’ouvriers pendant des décennies.Pourquoi faire tout ça ? Officiellement, pour trois objectifs. D’abord, produire de l’énergie : le barrage de Gibraltar devait fonctionner comme une centrale hydroélectrique gigantesque, utilisant la différence de niveau entre l’Atlantique et la Méditerranée. Ensuite, créer des terres cultivables : les nouvelles surfaces émergées devaient servir à l’agriculture et à l’installation de populations européennes. Enfin, construire une paix durable : Sörgel imaginait qu’un continent euro-africain uni, autosuffisant en énergie, deviendrait stable et puissant.Mais derrière l’utopie, Atlantropa porte aussi une vision très problématique : celle d’une Europe dominatrice, qui “réorganise” l’Afrique comme un espace à exploiter et à aménager selon ses besoins. Le projet s’inscrit dans une logique coloniale : relier les continents… mais surtout mettre l’Afrique au service de l’Europe.Techniquement, Atlantropa était presque irréalisable. Les impacts auraient été immenses : bouleversement du climat, perturbation des écosystèmes marins, modification des courants, crise pour la pêche, déplacement des populations côtières, destruction de ports. Sans parler du risque géopolitique : qui contrôlerait Gibraltar ? Qui déciderait du niveau de la mer ?Atlantropa n’a jamais vu le jour. Mais il reste un symbole fascinant : celui d’une époque où certains pensaient que l’humanité pouvait “corriger” la géographie. Une folie grandiose… et un avertissement historique sur les limites du rêve technocratique.
Pourquoi les élites grecques se révélaient… à la fin du repas ?
02:33|Le symposion (pluriel symposia), dans la Grèce antique, est l’un des moments les plus emblématiques de la vie aristocratique. Le mot signifie littéralement « boire ensemble » (syn = ensemble, posis = boisson). Mais ce n’était pas juste une “soirée arrosée” : c’était un rituel social, un espace politique… et parfois un lieu de débordement.Un banquet en deux actesUn symposion se déroule généralement après le repas (deipnon). On passe ensuite à la seconde partie : le vin, la conversation et les jeux. Les invités, presque toujours des hommes libres, s’allongent sur des lits (les klinai) dans une pièce appelée andron, réservée aux hommes. La règle est claire : on ne boit pas le vin pur. Il est mélangé à l’eau dans un grand vase, le cratère, puis servi.Et il y a un chef de soirée : le symposiarque. C’est lui qui décide du dosage du vin, du rythme de la fête, parfois même des gages. Autrement dit : il contrôle le niveau d’ivresse collective.Un lieu de culture… mais pas seulementLe symposion est aussi un endroit où l’on “fait société”. On y débat : poésie, philosophie, politique, amour, guerre. Beaucoup de textes célèbres prennent place dans ce cadre — par exemple le Banquet de Platon, où l’on discute d’Éros. On improvise des vers, on chante, on joue de la musique (souvent de la lyre).Mais attention : ce n’est pas une réunion égalitaire. C’est un espace où l’on construit du prestige, où l’on teste les alliances et où l’on affine les réseaux.“Sans censure” : alcool, sexe, dominationEt oui, le symposion pouvait aussi être très cru.Les invités jouent parfois au kottabos, un jeu où l’on lance les restes de vin en visant une cible — souvent accompagné de défis, de paris, de moqueries. Certains symposia dérivent : insultes, violence, agressivité, comportements humiliants.Côté sexualité, il faut être précis : les épouses citoyennes sont normalement absentes. En revanche, on y trouve des hétaïres (courtisanes cultivées, parfois très influentes), des danseuses, des musiciennes, et des esclaves. Certaines soirées incluent des prestations érotiques, et peuvent se conclure par des rapports sexuels. Il existe aussi, dans certaines cités, des relations entre hommes, notamment dans un cadre éducatif ou social : l’éros et le désir sont des thèmes centraux.Le symposion est donc un miroir de la Grèce : raffiné, intellectuel… mais aussi profondément marqué par la hiérarchie, la virilité, l’alcool et le pouvoir. Ce n’est pas “une orgie” par définition, mais c’est un lieu où tout peut basculer — parce que c’est précisément là que les élites se mettent à nu.
Comment un pâtissier français a déclenché une guerre ?
02:10|Imaginez une guerre déclenchée… non pas par un roi, un général ou une frontière contestée, mais par un pâtissier. Et pourtant, c’est bien ce qui s’est passé au XIXᵉ siècle avec ce qu’on appelle aujourd’hui la Guerre des Pâtisseries.L’histoire commence au Mexique, dans les années 1830. Le pays est jeune, instable politiquement, secoué par des révoltes et des coups d’État. Dans ce chaos, des commerces étrangers sont régulièrement pillés. Parmi eux, une pâtisserie tenue par un Français installé près de Mexico : Monsieur Remontel. Un jour, des soldats mexicains auraient saccagé sa boutique, consommant et détruisant ses marchandises sans payer.L’affaire aurait pu rester un simple fait divers. Mais Remontel réclame réparation. Il évalue ses pertes… et demande une indemnisation énorme : 60 000 pesos, une somme jugée extravagante. Surtout pour une pâtisserie. Mais son cas devient symbolique : il cristallise les plaintes de nombreux ressortissants français au Mexique, qui accusent les autorités de ne pas protéger leurs biens.La France décide alors d’intervenir. En 1838, le gouvernement de Louis-Philippe exige du Mexique le paiement d’indemnités, pour Remontel et d’autres commerçants français, à hauteur de 600 000 pesos. Le Mexique refuse ou traîne. Paris s’impatiente.Et là, la diplomatie bascule dans la démonstration de force. La France envoie une flotte dans le golfe du Mexique et impose un blocus maritime du port de Veracruz, l’un des points stratégiques du commerce mexicain. Quand le Mexique ne cède pas, les Français bombardent la forteresse de San Juan de Ulúa, qui protège l’entrée du port.Le conflit devient réel : il y a des combats, des morts, et même une figure célèbre qui s’y illustre… Antonio López de Santa Anna, futur homme fort du Mexique. En affrontant les Français, il perd une jambe, ce qui renforce sa légende nationale.Finalement, le Mexique cède. En 1839, un accord est signé : le pays accepte de payer l’indemnité exigée et la France lève le blocus. Ainsi se termine cette guerre au nom improbable… née d’un commerce de gâteaux.Derrière l’anecdote, la “Guerre des Pâtisseries” révèle surtout une réalité du XIXᵉ siècle : les grandes puissances européennes utilisent parfois des prétextes — même une pâtisserie pillée — pour imposer leur influence et protéger leurs intérêts économiques à l’étranger.
Quel attentat a échoué à une lettre près ?
02:33|La conspiration des poudres de 1605 est l’un des attentats politiques les plus célèbres de l’histoire britannique. Un projet radical : faire exploser le Parlement anglais pour décapiter le pouvoir d’un seul coup. Nous sommes dans l’Angleterre du début du XVIIᵉ siècle, sous le règne du roi Jacques Ier.Pour comprendre, il faut revenir au contexte religieux. Depuis la Réforme, l’Angleterre est officiellement protestante. Les catholiques, minoritaires, subissent une série de restrictions : amendes pour ceux qui refusent d’assister au culte anglican, exclusion de certaines fonctions, suspicion permanente. Beaucoup espèrent qu’avec Jacques Ier — qui succède à Élisabeth Iʳᵉ en 1603 — les tensions vont s’apaiser. Mais le roi maintient une politique dure.C’est dans ce climat qu’un petit groupe de catholiques anglais décide de passer à l’action. Leur chef est Robert Catesby, noble charismatique et déterminé. Le plan est simple et terrifiant : stocker des barils de poudre sous la Chambre des Lords, puis les faire exploser le jour de l’ouverture du Parlement, quand le roi, les lords et les représentants seront réunis. L’idée n’est pas seulement de tuer : c’est de provoquer un choc national, puis de rétablir un pouvoir catholique.Pour mettre ce plan en œuvre, les conspirateurs louent un local puis une cave proche du Parlement. Ils parviennent à accumuler 36 barils de poudre. Pour surveiller et déclencher l’explosion, ils recrutent un homme : Guy Fawkes, soldat ayant combattu en Europe, et surtout spécialiste des explosifs.Mais le complot échoue à la dernière minute. Le 26 octobre 1605, une lettre anonyme avertit un lord catholique de ne pas se rendre au Parlement. L’information remonte aux autorités. Dans la nuit du 4 au 5 novembre, les gardes fouillent les sous-sols. Ils trouvent Guy Fawkes avec des allumettes et du matériel pour enflammer la mèche.Fawkes est arrêté, torturé, puis finit par avouer. Les conspirateurs sont traqués. La plupart sont tués ou capturés. Ceux qui survivent sont condamnés à la peine la plus terrible : pendaison, éviscération et démembrement.L’échec du complot a un impact immense : il renforce la méfiance contre les catholiques pendant des générations. Et paradoxalement, Guy Fawkes devient une figure mythique. Chaque 5 novembre, l’Angleterre commémore toujours cet événement : “Remember, remember the Fifth of November…”.
Pourquoi une simple affiche a-t-elle fait trembler un royaume ?
02:23|L’affaire des Placards est l’un de ces événements où une simple feuille de papier déclenche une tempête politique… et change le destin d’un pays. Nous sommes dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, sous le règne de François Ier.Cette nuit-là, des affiches — qu’on appelle alors des “placards” — apparaissent dans plusieurs villes du royaume, notamment à Paris, Orléans, Tours, Rouen, et même Blois. Leur contenu est explosif : ce sont des textes violemment hostiles à la messe catholique, accusée d’être une idolâtrie, et dénonçant ce que les auteurs voient comme une corruption de l’Église.Jusqu’ici, François Ier avait une attitude relativement prudente envers les débuts de la Réforme. Certes, le protestantisme inquiète, mais le roi hésite. Il protège parfois certains humanistes, et reste surtout préoccupé par l’équilibre diplomatique avec le pape et l’empereur Charles Quint.Sauf qu’avec ces placards, on franchit une ligne rouge.Le scandale devient immense quand un de ces textes est placardé jusque sur la porte de la chambre du roi, ou à proximité immédiate de ses appartements. Et là, ce n’est plus une querelle religieuse abstraite : c’est une atteinte directe à l’autorité royale. François Ier y voit une provocation, une insulte, presque une menace.La réaction est brutale. Le roi ordonne une répression exemplaire contre ceux qu’on appelle alors les “luthériens”, même si le mouvement protestant français est plus complexe. Des arrestations ont lieu, des procès sont menés, et plusieurs personnes sont exécutées, notamment par le feu.François Ier organise aussi une grande cérémonie publique : une procession solennelle à Paris, où il affirme sa fidélité à la foi catholique. Autrement dit : il faut montrer à la France, mais aussi à Rome, que le roi ne tolérera pas l’hérésie.Historiquement, l’affaire des Placards marque un tournant : la rupture entre la monarchie et les milieux réformés. Jusque-là, certains espéraient une réforme religieuse “douce”, compatible avec le royaume. Après 1534, la politique change : le protestantisme devient synonyme de danger, d’instabilité, et de défi à l’ordre.C’est aussi un prélude aux conflits à venir : en quelques décennies, la France basculera dans les guerres de Religion. Tout est parti d’affiches, collées en pleine nuit… mais qui ont fait vaciller un royaume.
D'où vient le fameux “tea time” anglais ?
02:04|Le tea time anglais, ou afternoon tea, est aujourd’hui l’un des symboles les plus reconnaissables de la culture britannique. Pourtant, cette tradition si codifiée est née assez tardivement, au début du XIXᵉ siècle, et doit beaucoup à une femme aujourd’hui presque oubliée : Anna Russell.Pour comprendre son origine, il faut d’abord regarder les habitudes alimentaires de l’Angleterre victorienne. À cette époque, les classes aisées ne prenaient que deux repas principaux : un petit-déjeuner relativement léger et un dîner servi très tard, souvent entre 19 et 21 heures. Entre les deux, la journée pouvait sembler interminable, surtout pour les femmes de l’aristocratie, soumises à un emploi du temps rigide fait de visites, de promenades et de réceptions mondaines.Anna Russell, septième duchesse de Bedford et proche de la reine Victoria, se plaint régulièrement d’un malaise très précis : ce qu’elle appelle the sinking feeling, une sensation de faim et de fatigue en milieu d’après-midi. Pour y remédier, elle prend l’habitude de se faire servir, vers 16 heures, une tasse de thé accompagnée de pain, de beurre et de petits gâteaux, dans ses appartements privés. Ce geste, au départ purement pratique, va rapidement prendre une dimension sociale.La duchesse commence en effet à inviter ses amies à la rejoindre pour partager ce moment. Très vite, ce rendez-vous devient une véritable institution mondaine. Le thé n’est plus seulement une boisson, mais un prétexte à la conversation, à l’élégance et à la sociabilité. La pratique se diffuse dans l’aristocratie, puis dans la bourgeoisie, à mesure que le thé devient plus accessible grâce au commerce avec l’Empire britannique.Le teatime s’accompagne alors de règles précises : vaisselle raffinée, pâtisseries délicates, sandwiches au concombre, scones servis avec crème et confiture. Ce rituel incarne parfaitement les valeurs victoriennes : retenue, politesse, maîtrise de soi. Rien n’y est excessif, tout est mesuré, du geste à la parole.Il est important de distinguer l’afternoon tea du high tea, souvent confondus. Contrairement aux idées reçues, le high tea était un repas plus copieux, pris en fin de journée par les classes populaires. L’afternoon tea, lui, est un rite aristocratique, né dans les salons feutrés de l’élite.Ainsi, le teatime anglais n’est pas une tradition ancestrale immuable, mais une invention sociale née d’un simple creux dans l’estomac. Grâce à Anna Russell, un besoin personnel s’est transformé en un rituel emblématique, rappelant que l’Histoire se construit aussi autour de petites habitudes devenues grandes traditions.
Pourquoi le jaïnisme est une religion surprenante ?
02:00|Le jaïnisme est l’une des plus anciennes religions de l’Inde encore pratiquées aujourd’hui. Né il y a près de trois millénaires, il est contemporain, voire légèrement antérieur, au bouddhisme et s’inscrit dans le même vaste mouvement de remise en question du ritualisme védique. Pourtant, le jaïnisme demeure moins connu, alors même qu’il a profondément influencé la pensée religieuse et philosophique indienne.La tradition jaïne reconnaît une lignée de maîtres spirituels appelés Tirthankaras, littéralement « ceux qui ouvrent le gué ». Le plus célèbre d’entre eux est Mahavira, qui aurait vécu au VIᵉ siècle avant notre ère. Il n’est pas considéré comme un dieu, mais comme un être humain parvenu à l’illumination par un ascétisme radical et une parfaite maîtrise de soi. Son enseignement repose sur un principe central : l’ahimsa, la non-violence absolue envers tout être vivant.Dans le jaïnisme, la non-violence n’est pas une métaphore morale, mais une exigence concrète et quotidienne. Tous les êtres, visibles ou invisibles, possèdent une âme. Insectes, plantes, animaux, micro-organismes : tous méritent le même respect. C’est pourquoi le végétarisme y est poussé à l’extrême, excluant parfois même les racines, comme les pommes de terre ou les oignons, dont l’arrachage détruirait des formes de vie souterraines.Cette logique explique aussi certaines pratiques spectaculaires. Certains moines jaïns portent un masque couvrant la bouche, afin d’éviter d’inhaler et de tuer des micro-organismes présents dans l’air. D’autres se déplacent avec un petit balai, souvent en plumes, pour nettoyer le sol avant de s’asseoir ou de marcher, et ainsi ne pas écraser d’insectes. Ces gestes, qui peuvent sembler excessifs, sont en réalité l’expression d’une cohérence philosophique absolue.Le jaïnisme vise un objectif clair : libérer l’âme du cycle des renaissances, appelé samsara. Chaque acte violent, même involontaire, alourdit l’âme et l’éloigne de la libération. À l’inverse, la discipline morale, l’ascèse et la compassion permettent d’atteindre le salut, le moksha.Bien que numériquement minoritaire, le jaïnisme a exercé une influence considérable sur la pensée indienne, notamment sur le bouddhisme, qui reprend l’idée de non-violence, de détachement et de libération par la discipline personnelle. Le jaïnisme rappelle ainsi qu’une religion peut marquer l’Histoire non par la conquête ou le nombre, mais par la radicalité de ses principes.
Pourquoi “le discours perdu de Lincoln” est-il si célèbre ?
02:07|Parmi les discours les plus mystérieux de l’histoire américaine, le “discours perdu” d’Abraham Lincoln occupe une place à part. Aucun enregistrement, aucune transcription complète… et pourtant, il est devenu légendaire. Comment un discours dont on ne possède presque rien a-t-il pu acquérir une telle renommée ?Nous sommes en 1856, à Bloomington, dans l’Illinois. Lincoln, encore loin de la présidence, s’adresse à une convention du tout nouveau Parti républicain. Le sujet est explosif : l’extension de l’esclavage dans les nouveaux territoires américains. Lincoln prend la parole après plusieurs intervenants, sans notes apparentes, et parle pendant près d’une heure. À la fin, la salle est sidérée.C’est là que naît la légende. Les journalistes présents n’écrivent presque rien. Certains racontent avoir posé leurs crayons, incapables de suivre tant le discours était intense. D’autres expliquent qu’ils étaient trop absorbés pour prendre des notes. Résultat : aucun texte officiel n’a survécu. D’où son surnom, le Lost Speech, le discours perdu.Mais l’absence de texte n’a fait qu’amplifier son aura. Les témoignages concordent sur un point : le discours fut exceptionnel. Des auditeurs affirment que Lincoln a atteint ce jour-là une puissance oratoire inégalée, mêlant rigueur logique, colère morale et vision politique. Il n’aurait pas simplement critiqué l’esclavage ; il aurait posé les bases intellectuelles et éthiques de la lutte à venir.Ce discours est devenu célèbre aussi parce qu’il marque un tournant dans la carrière de Lincoln. Après Bloomington, il n’est plus seulement un avocat brillant ou un politicien local. Il devient une figure nationale, reconnue comme l’un des esprits les plus clairs et les plus fermes contre l’esclavage. Deux ans plus tard, ses célèbres débats avec Stephen Douglas confirmeront cette réputation.Le paradoxe est là : ce discours est célèbre précisément parce qu’il est absent. Ne pas pouvoir le lire pousse historiens et citoyens à l’imaginer, à le reconstituer mentalement à partir de fragments et de souvenirs. Il incarne l’idée qu’un moment peut être historiquement décisif sans laisser de trace matérielle directe.Enfin, le “discours perdu” symbolise quelque chose de plus profond : la puissance de la parole politique à l’ère pré-médiatique. Une parole capable de bouleverser une salle entière, de changer des trajectoires politiques, et de marquer l’Histoire… même en disparaissant. Une leçon fascinante sur la mémoire, le mythe et la force des mots.
Pourquoi les samouraïs se noircissaient-ils les dents ?
01:55|À première vue, l’idée peut sembler déroutante, voire inquiétante : pendant des siècles, les samouraïs — et plus largement l’élite japonaise — noircissaient volontairement leurs dents. Cette pratique, appelée ohaguro, n’avait pourtant rien de marginal ou de grotesque. Elle était au contraire profondément ancrée dans les codes esthétiques, sociaux et symboliques du Japon traditionnel.D’abord, il faut comprendre que le noir n’était pas perçu comme une couleur négative. Dans le Japon ancien, le noir évoquait la maturité, la stabilité et la retenue. À l’inverse, des dents blanches étaient souvent associées à l’enfance ou à l’animalité. Se noircir les dents marquait donc le passage à l’âge adulte, en particulier pour les membres de l’aristocratie et les guerriers. Pour un samouraï, arborer des dents noires, c’était afficher sa dignité et son rang.Mais l’ohaguro était aussi un puissant marqueur social. À certaines époques, seuls les nobles, les femmes mariées et les samouraïs de haut rang avaient le droit — ou le devoir — de pratiquer ce rituel. Il signalait la loyauté, notamment dans le cadre du mariage ou du service d’un seigneur. Noircir ses dents revenait à dire : ma position est établie, je n’ai rien à prouver.La pratique avait également une fonction étonnamment pragmatique. Le mélange utilisé pour l’ohaguro — à base de limaille de fer dissoute dans du vinaigre et mêlée à des tanins végétaux — formait une couche protectrice sur l’émail. Résultat : moins de caries, moins d’infections, dans une société qui ne connaissait ni le dentifrice moderne ni la médecine dentaire. D’un point de vue sanitaire, ces dents noires étaient souvent… en meilleure santé que bien des dents blanches européennes de la même époque.Chez les samouraïs, l’ohaguro prenait enfin une dimension morale et guerrière. Le guerrier idéal devait faire preuve de maîtrise de soi, de constance et de fidélité. Le noir, couleur stable et immuable, incarnait ces valeurs mieux que l’éclat trompeur du blanc. Dans une culture où l’apparence reflète l’âme, les dents noires devenaient un prolongement du code d’honneur.La pratique disparaît progressivement à la fin du XIXᵉ siècle, lorsque le Japon s’ouvre à l’Occident et adopte ses normes esthétiques. Aujourd’hui, elle peut surprendre, mais elle rappelle une chose essentielle : les critères de beauté ne sont jamais universels. Ce que nous jugeons étrange était autrefois le symbole même de l’élégance et de la noblesse au Japon, pays à l’histoire et aux codes profondément singuliers.