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Un matin bouquin

Eric Vuillard, un romancier à part

Ep. 4

Découvert avec L'ordre du jour, qui avait eu le Goncourt en 2017. Met à l'ordre du jour la compromission des grands industriels allemands avec le nazisme, qui avaient financé Hitler plutôt qu'avoir la crainte de voir les communistes à leur porte. Le style de Vuillard est assez unique, arrivant à réveiller un nous une colère comme celle qui bruisse de ses pages, avec en même temps une belle empathie pour tous les perdants du système. Le style de Vuillard convoque en nous des émotions très fortes, de la belle colère, une colère empathique, qu'on partage avec lui, tout en étant dans beaucoup de méticulosité dans le choix des mots, dans un registre de vocabulaire assez soutenu, mais qui ne gêne jamais en rien la lecture. Il arrive aussi à nous faire partager les peines des dominés, il est sans conteste du côté des perdants de l'histoire.

L'arrière-plan politique chez lui est extrêmement cohérent chez lui, certains critiques disent de lui qu'il écrit tout le temps le même roman, sous une forme constamment renouvelée. Il est vrai que le fonds reste souvent le même : il arrive toujours à mettre à jour les mécanismes de domination, il accole tout le temps les idéologies et les intérêts économiques, qui vont de pair, et qui écrivent l'histoire. Son grand ennemi est le Capitalisme avec un grand C. Pour vous dire son parti-pris, son premier roman s'appelle Le chasseur, et était narré du point de vue du gibier.


Ici il parle de Billy the Kid, et c'est une photo qui a réveillé son envie de roman, ce qui donne une idée de sa méthode. Les thématiques sont récurrentes (guerre, prises de territoire, conquêtes, batailles), mais son point de départ ce sont des photos, des faits historiques qui l'intriguent, et sont des impulsions à l'écriture. Par exemple, il ne cherche jamais à terminer un roman, il brode à partir de ce qui l'a interpelé, il en compose une variation très personnelle, en fouillant les recoins de l'histoire si besoin. Il a donc plein de romans en cours, qu''il ne cherche pas à terminer.

Pour Les orphelins, il s'est retrouvé un peu embêté, puisqu'il est parti d'une photo (la couverture qui représente un de ses comparses, Jesse Evans - publication Actes Sud), dont l'insolence dans le regard l'a apostrophé, avec cette jeune femme derrière lui qui tient un revolver, ce qui est assez inhabituel. En creusant autour de cette photographie est apparu le mythe de Billy the Kid, mais au final, il s'est rendu compte qu'on ne sait rien de lui, hormis ce qu'en a raconté Pat Garrett, qui est son assassin. Son nom, ses date et lieu de naissance, rien n'est sûr. Eric Vuillard dit qu'il a essayé de débarrasser la fiction de son narrateur encombrant, reprenant les jolis mots de Kafka : "Il faut écrire hors du sang des assassins.", ce qui est très approprié pour parler de sa veine littéraire à lui.

Mais ce faisant, en voulant alléger les épaules de Billy de cette légende, il a eu l'impression que le livre lui échappait. I l'a laissé reposer un temps, en y revenant parfois, et au fur et à mesure, il s'est rendu compte que c'était ce vide qui le rendait attachant, touchant, en en faisant un jeune homme comme les autres. Et au final au lieur d'essayer de fictionner, d'en rajouter, pour épaissir la narration, il a finalement énormément élagué, et finalement en a fait un garçon vacher qui était à la solde de patrons bine plus forts que lui.

Qui étaient les patrons de Billy the Kid ? Des grands propriétaires terriens qui ont participé à la formation d'immenses territoires monopolisés dans cet Ouest sauvage, à la toute fin de la conquête de l'Ouest, et finalement, c'est aussi là-dessus que s'est fondée la démocratie américaine, qui s'est faite au détriment des Indiens, des Mexicains, donnant presque l'impression que les Etats-Unis avaient délégué la dernière phase de la conquête de l'Ouest à des desperados comme Billy the Kid, qui arrivaient, faisaient le vide, qui permettait aux propriétaires d'asseoir leur domination.

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  • 17. Ces autrices méritent-elles leur succès ?

    10:54||Ep. 17
    Deux autrices dont le roman paru récemment est un succès :Le Calamity club, Kathryn StockettC'est un gros coup de coeur, je découvrais la plume de l'autrice, qui n'avait rien publié depuis plus de 15 ans, sans doute paralysée par le succès de La couleur des sentiments, vendu à des millions d'exemplaires en 2009 partout dans le monde, une véritable success story éditoriale. Elle avait été retoquée par tous les éditeurs avant de finalement parvenir à faire paraître son livre, qui va devenir un best-seller mondial.Elle revient ici avec une histoire de sororité très réussie. Ici les femmes sont fortes, libres et courageuses, et prennent leur destin en main, d'une façon qui est pour le moins originale. Meg et Birdie parlent, en une alternance de chapitres, à la première personne, ce sont elles les narratrices, et impriment leur forte personnalité à chaque page.Au tout début du roman (nous sommes comme dans La couleur des sentiments dans l'état du Mississipi, en 1933, la Grande Dépression est passée par là) Birdie est dépêchée par sa mère pour aller demander de l'aide à sa soeur qui a fait un beau mariage. Meg, elle, devient orpheline (sa mère est partie un matin et n'est jamais revenue) et est envoyée dans un pensionnat avec une directrice sadique.Nous découvrons l'intrigue au fur et à mesure, avec elles, à espérer que leur situation s'améliore.Rien ne les relie au début, mais leur trajectoire va finalement se rejoindre au cours du récit. Ce sont deux héroïnes très attachantes, qui ont un regard tout à la fois acéré et empathique. Il y a beaucoup d'humour aussi, ce qui n'empêche pas l'émotion et de la mélancolie. Un bonheur de lecture, un excellent roman détente !Une unique lueur, Fred VargasCela faisait un moment que je n'avais pas lu de romans de Fred Vargas, les derniers en date (Quand sort la recluse, Sur la dalle) n'avaient pas reçu un bon accueil critique, qui parlaient d'ennui et de confusion, ce qui m'avait un peu découragée. Cet opus, 13ème aventure du commissaire Adamsberg, marquait, parait-il, un regain de vitalité.Je ne suis malheureusement pas d'accord, je n'ai pas trouvé qu'il était du niveau des premiers Vargas, comme Pars vite et reviens tard, qui avaient fait sa réputation d'autrice.Ce que j'ai eu plaisir à retrouver, c'est la façon toujours aussi unique et ésotérique qu'a Adamsberg de résoudre ses enquêtes. Ici, des jeunes femmes incroyablement belles sont retrouvées mortes, dans une mise en scène travaillée. Et pour démasquer le tueur, il faudra cette fois réviser ses classiques, de Nerval le poète maudit aux vieux films hollywoodiens. Son enquête tordue et érudite, comme habituellement, m'a poussé à tourner les pages et à aller au bout du livre.Ce qui m'a déçu est tout ce qui n'est pas Adamsberg. Il est entouré d'une équipe aux petits oignons, qui cette fois-ci n'a pas été mise en valeur. J'avais aussi le souvenir dans les premiers romans de dialogues amusants entre eux, que je n'ai pas retrouvés ici.Bref, un roman policier que j'ai quand même trouvé relativement agréable, sans plus.
  • 16. Deux romans français parus ce début d'année

    08:49||Ep. 16
    Deux romans qui ont fait l'actualité de la rentrée littéraire d'hiver 2026 : Très brève théorie de l'enfer, Jérôme FerrariC'est un roman qui met en perspective la vie d'immigrés et d'expatriés, et leurs difficultés rencontrées sur place. Il est librement inspiré des années d'enseignement de l'auteur dans le lycée français d'Abu Dhabi.Le narrateur vit donc à Abu Dhabi, avec sa femme et sa fille, pour laquelle il engage une nounou srilankaise. La situation entre eux est de fait inégalitaire, malgré leur bonne volonté à tous, générant de la culpabilité chez lui pour qui l'expatriation est un choix, et leur nounou, qui elle subit son immigration, laissant derrière elle sa famille .On retrouve la qualité d'écriture habituelle de Jérôme Ferrari, parfois ironique, parfois moraliste, toujours incisive.Le talent est évident, repéré depuis des dizaines d'années en France, il est même considéré par un des critiques du Masque et la plume comme un de nos auteurs potentiellement nobélisable, c'est dire ! (même si cela ne risque pas d'arriver, avec Le Clezio, Modiano et Ernaux déjà consacrés). Il a un style assez unique effectivement, qui est à la fois lyrique, et très précis. Et c'est un ancien professeur de philosophie, et cela se ressent aussidans son écriture. Le début est très réussi, avec cet homme (lui), perdu au milieu des buildings, par une chaleur accablante. Par contre, j'ai eu une sensation désagréable plusieurs fois à la lecture du roman, comme s'il avait écrit ce roman pour faire passer des messages à quelqu'un, ou se dédouaner, d'habitude je n'ai aucun souci quand un auteur mélange vraie vie et fiction, je trouve même cela plutôt ludique, mais ici cela n'a pas été le cas. Première amoure, Emmanuelle RichardTout d'abord, le titre féminise le mot amour, sans que que je trouve pourquoi : j'ai supposé que l'autrice appelant de se voeux un amour décpnstruit, elle a décidé d'exploser les genres, au moins dans le titre de son romanIl ne faut pas aller vers ce roman si on cherche une histoire d'amour classique, ici nous sommes dans l'analyse du sentiment amoureux, son récit est à moitié une autofiction, à moitié un essai, très ancré dans l'époque (elle aussi intègre les messages numériques), c'est très cérébral, y compris quand elle parle de désir. Elle interroge aussi les attentes, les rapports de pouvoir, la possibilité d'un amour égalitaire. C'est très cérébral, et pour ma part, j'ai lu le roman "de loin", je n'ai pas réussi à y entrer pleinement, malgré (ou à cause de?) l'analyste intellectuelle aiguisée.
  • 15. Deux auteurs classiques : l'un du 19ème, l'autre contemporain

    14:14||Ep. 15
    L'idiot, Fedor DostoïevskiC'est malheureusement une lecture mitigée, alors que j'y allais persuadée d adorer (comme cela avait été le cas dans mes jeunes années pour Les frères Karamazov). Tant pis ! J'ai ressenti ma lecture comme un torrent de mots, de personnages, de situations, de noms russes à rallonge (j'y ai remédié en donnant à chacun un surnom), qui parfois ont pu me faire suffoquer, avec des personnages que j'ai jugé outrés. J'ai eu l'impression de me retrouver face à une pièce de théâtre grand-guignolesque. La fin est à l'image de tout le roman : on avance vers une tragédie grecque, les passions s'intensifient, les choix deviennent impossibles, et on s'achemine intranquillement vers le pire. Dostoïevski décrit en détail le physique des personnages, leurs attitudes, tout cela en lien avec leur caractère, leur conscience, qu'il met à nu. Par contre le prince Mychkine, l'"idiot" du roman, m'a émue : au début du roman, il revient en Russie après des années passées dans un sanatorium en Suisse, il est pauvre, fragile, sans défense, et surtout d'une innocence radicale, avec une capacité à voir la beauté et la souffrance là où les autres ne voient que le calcul et la honte.Psychologiquement, il est un paradoxe : il est à la fois très naïf et en même temps d'une lucidité bouleversante. Et surtout d'une franchise désarmante, qui ne juge jamais, même si les autres la trouvent suspecte. Deux autres personnages sont très présents : Rogojine, qui estun epu comme le frère sombre du prince Mychkine, et Nastasia Filippovna, qui est le centre de gravité du roman. Mychkine essaie de sauver tout le monde, mais sa bonté est dangereuse, dans ce monde corrompu, et la fin tragique. Bizarrement, ce qui est souvent reproché à ce roman, ce sont les digressions philosophiques, et personnellement c'est ce que j'ai le plus goûté, m'offrant une respiration bienvenue face à l'intrigue torrentielle, à laquelle, sinon, on n'échappe pas. La horde du contrevent (2004), Alain DamasioUne autre lecture de classique (ou en passe de le devenir, grâce à la secte des "adorateurs" de Damasio, qui ne cesse de grandir chaque année), cette fois-ci de science-fiction, et au-delà ! Il le mérite, ses qualités sont évidentes, le fait que j'aie abandonné passées les 150 pages s'explique plus par mes limites personnelles que par la très grande qualité du roman, bien réelle. La forme de narration est très originale, polyphonique : paragraphe après paragraphe, l'histoire est racontée tour à tour par tous les membres de la horde, et chacun des paragraphes commence par un signe typographique qui indique immédiatement qui parle. Chacun possède son propre vocabulaire, son rythme, sa sensibilité et sa manière de percevoir le monde, et c'est un véritable tour de force littéraire. Le lecteur n'a jamais une vision objective de la réalité (si tant est que cela soit possible), il doit reconstituer la réalité du récit à partir des témoignages parfois complémentaires, parfois contradictoires. L'histoire aussi est assez démente : c'est un monde dans lequel le vent, permanent, souffle à une puissance extraordinaire. Depuis des siècles, des expéditions appelées des hordes sont entraînées pour accomplir une mission impossible : remonter le vent à la source, l'Extrême-Amont, afin de découvrir l'origine de ce phénomène. Nous en sommes à la 34ème expédition, les autres ayant toutes échoué. Ma difficulté personnelle face à cette lecture a été mon manque de sens pratique, je ne comprenais absolument rien des stratégies et formations mises en place par la horde pour lutter et avancer contre le vent, et cela m'a fatiguée, et fait me sentir bête, aussi j'ai abandonné aux alentours de la 150ème page, considérant que la littérature, c'est avant tout du plaisir ! Mais rien à voir avec la grande qualité intrinsèque du roman, évidente. Je compte bien continuer avec La zone du dehors, ayant déjà lu Les furtifs, paru à la fin de années 2000 et que j'avais a-do-ré !
  • 14. La vie de Dostoïevski, une succession d’épreuves en tous genres 2

    11:49||Ep. 14
    Nous avons laissé Dostoïevski en plus que fâcheuse position, mis en joue, prêt à être exécuté. Alors arrive en urgence un coursier, délivrant un message : la peine est commuée en années de bagne. C'est en fait un simulacre d'exécution imaginé par le tsar, destiné à dissuader à l'avenir les apprentis révolutionnaires de recommencer. On peut imaginer à ce moment là qu'il va éprouver une pulsion de vie incroyable, et qu'il a dû encore plus plonger dans la spiritualité.Il va ensuite passer 4 ans au bagne, en Sibérie, il y sera un tout petit peu préservé par rapport aux autres condamnés, en tant qu'écrivain reconnu. Il va y fréquenter des criminels, et va pouvoir y parfaire sa déjà excellente connaissance de l'âme humaine. En 1854 enfin, sa situation s'adoucit, il est affecté à une caserne, et il a le droit de vivre en ville. Et enfin, à l'issue de ces années éprouvantes, il retrouve ses privilèges liés à sa noblesse, et le droit de publier librement. Il peut aussi commencer à envisager une vie de famille. Il tombe amoureux de Maria Dimitrievna, mais elle va beaucoup hésiter avant de dire oui à sa demande en mariage, ayant beaucoup de prétendants. Ils se marient finalement en 1857. Il va une dernière fois passer quelques jours en prison en 1859, en tant que rédacteur en chef d'un journal, suite à un article publié mentionnant une anecdote diplomatique sans l'aval du tsar. Mais ce sera sans commune mesure avec les emprisonnements passés, il a le choix de la période, et la prison est proche de son domicile. C'est dans ces années-là (1862) qu'il entreprend un voyage en Europe, et qu'il va contracter le démon du jeu. A partir de ce moment, il va constamment vivre criblé de dettes. Même s'ils s'aiment, la relation entre Fedor et Maria est conflictuelle, elle découvre notamment la violence des crises épileptiques de son mari.Pour ce qui est de leur situation financière, il brade ses écrits car il est acculé financièrement, et les publie plutôt en feuilletons dans des journaux, plutôt que d'un seul tenant, car cela lui assure un revenu régulier. En 1866, il en est à un stade où il est menacé de prison pour dettes, il joue alors son va-tout, et s'engage auprès de ses éditeurs à produire un roman en un mois, sans quoi il perdra tous les droits d'auteur de ses précédents romans. Sur les conseils d'un ami, il va embaucher une sténographe de 20 ans, Anna Snitkina, et à deux deux, ils vont respecter les délais : Le joueur est livré à temps. Maria étant morte, et les deux amoureux, ils vont se marier en 1967, et elle sera toute sa vie un soutien pour son génie de mari. Cela n'empêche pas les épreuves, terribles, ils vont avoir 4 enfants, et ils vont perdre Sofia, décédée quelques mois après sa naissance, et Alexeï, suite à une crise d'épilepsie de 13h. Les soucis financiers perdurent, du fait de sa toujours très problématique addition au jeu. Cela continuera jusqu'au jour où il se voit miser y compris l'argent du train que Anna lui avait envoyé pour rentrer. A compter de ce jour, il sera calmé. Anna de son côté gère drastiquement l'argent du ménage, les sauve de la faillite de nombreuses fois, et elle lui suggère de s'auto-publier, plutôt que de se contenter des sommes ridicules consenties par les éditeurs. C'est elle qui va acheter le papier, contacter les éditeurs, s'occuper de reliure, etc. C'est un pari risqué, qu'ils réussissent là encore. Dostoïevski va connaître alors (et enfin!) une vie plus douce, il est un écrivain désormais plus que connu, participe pleinement à la vie intellectuelle de son pays, compte de nombreux admirateurs. Il meurt à 59 ans le 9 février 1881, un deuil national est décrété.
  • 13. La vie de DostoÏevski, une succession d’épreuves en tous genres 1

    09:01||Ep. 13
    Dostoïevski est né le 11 novembre 1821 à Moscou, dans une famille de la petite noblesse russe. Son père est un médecin militaire, dur et intransigeant, alcoolique, mais très investi dans l’éducation de ses enfants, qu’il envoie dans les meilleures écoles de gémie militaire à Saint-Pétersbourg.Sa mère est douce et aimante, très dévote (ce sont des orthodoxes chrétiens), ce qui contrebalance le caractère difficile du père. Elle meurt malheureusement à ses 16 ans, et c’est une épreuve très douloureuse pour Dostoïevski qui était dans un lien fort et intime avec elle, ses conversations en attestent. C’est ensuite  au tour du père de décéder 2 ans plus tard, dans des circonstances très troubles : il se dit que ce serait ses propres moujiks qui l’auraient assassiné, mécontents du traitement qu’il leur réservait. L’Etat n’aurait pas voulu condamner et emprisonner ces paysans, qui n’auraient plus pu entretenir et faire fructifier ces terres dont il est aussi le propriétaire.  Dostoïevski va continuer ses études, mais ses résultats sont assez moyens, sauf pour ce qui concerne les études littéraires. Idéaliste, il peine à s’intégrer, rejetant le matérialisme et le carriérisme  de ses camarades. Il commence alors à écrire, et son génie est repéré très tôt, quand il écrit son premier roman Les pauvres gens, qui lui ouvre les portes des milieux mondains de la bourgeoisie russe. Il les intègre avec beaucoup de maladresse, et est très vité moqué pour son manque de tenue et son air constamment abattu. A-t-il voulu jouer maladroitement  les écrivains maudits ? Toujours est-il que ses prochains romans ne trouvent plus trop de lecteurs. Dostoïevski est très susceptible et a été blessé par ce rejet, et la greffe n’ayant pas pris avec le milieu littéraire de l’époque, il se rapproche de cercles intellectuels et révolutionnaires qui vont mettre en question l’autoritarisme du régime tsariste. Le tsar va y mettre fin de terrible façon : considérant ces activités comme subversives, il va les emprisonner et condamner Dostoïevski à mort, avec quelques autres membres du cercle. Et c'est ainsi que par un petit matin de décembre, dans un froid glacial, sous la neige, ils sont menés sur une place de Saint-Peterbourg pour y être fusillés, devant quelques milliers de curieux. Il sont séparés par groupe de trois, Dostoïevski est dans le premier, on les met devant un poteau, et ils sont mis en joue…La suite au prochain épisode !
  • 12. L'un arrive, l'autre s'en va : littérature anglosaxonne, deux recueils maîtrisés

    10:22||Ep. 12
    Deux auteurs, l'un anglais, l'autre américain, dans des dynamiques différentes (l'un arrive, l'autre quitte la scène littéraire), mais avec deux points communs : le talent, même si personnellement je suis restée en dehors (tout en admirant le savoir-faire ) et la mélancolie, et là je souscris !Départ(s), Julian Barnes (Stock, La cosmopolite)Julian Barnes vient de fêter ses 80 ans, il est malade (une leucémie gérable mais incurable, c'est à dire qu'il ne mourra pas de son cancer du sang, mais avec), et il veut clore son oeuvre en beauté, et en pleine possession de ses moyens. Départ(s) sera son dernier opus (annoncé du moins), sa 15ème et ultime oeuvre de fiction. C'est ma première entrée dans son oeuvre, alléchée par les critiques du Masque et la plume, qui étaient quasi unanimement d'accord pour dire que le récit était intelligent, et émouvant, et l'unanimité au Masque est suffisamment rare pour que cela me mette la puce à l'oreille. J'y suis allée, et je me suis trouvée face à un texte pudique et stoïque, sans trop de trame romanesque, hormis celle de son couple d'amis pour lesquels il a joué les entremetteurs. Le texte est avant tout composé de digressions autobiographiques, philosophiques, à l'image du tout début du roman : au petit-déjeuner avec son journal ,il tombe sur un article scientifique : suite à une hémorragie cérébrale, un homme découvre que le goût d'une tarte aux pommes déclenche le(s) souvenir(s) de toutes les tartes aux pommes qu'il a mangées. Ils lui reviennent en tête de façon chronologique et en succession rapide, comme en cascade. A partir de là Julian Barnes fait des digressions autour de la mémoire, de la madeleine de Proust, etc. etc. Et le reste est à l'avenant. C'est très stoïque, lui qui a passé toute sa vie à penser à la mort avoue qu'il n'est absolument pas prêt à l'affronter au quasi terme de sa vie, et l'humour british qu'il met en oeuvre n'est qu'une façon d'essayer de l'apprivoiser. La dimension testamentaire est là, dans la fin surtout, très belle et émouvante. Les critiques parlent de révérence littéraire magistrale, mêlant gravité, profondeur philosophique et élégance spirituelle. Je souscris de loin, n'ayant pas encore eu le plaisir de lire ses autres romans. La forme et la couleur des sons, Ben Shattuck (Albin Michel, Terres d'Amérique)Nous sommes dans un recueil de 12 nouvelles à la construction très maîtrisée, reliées entre elles selon le principe du hook-and-chain, une forme poétique et musicale où chaque récit fait écho au précédent par un objet, un personnage, un lien ou un souvenir. J'ai personnellement capté quelques-unes de ces correspondances, sans doute pas toutes, et ça n'est pas grave. Il est justement beaucoup question de mémoire, de perte, de transmission, d'objets que l'on laisse derrière soi, d'amour bien sûr, des thèmes universels qui nous traversent tous. Il faut une certaine disponibilité intellectuelle pour appréhender au mieux tout cela. Il y a une unité de lieu, à savoir la Nouvelle-Angleterre (avec des états comme le Maine, le New-Hampshire, l'île de Nantucket, dans le Massachussets), mais on visite par contre plusieurs époques. Personnellement j'ai parfois, quand possible, appréhendé le livre comme un tableau qui se compose au fil et à mesure, la forme s'y prêtait, mais n'étant pas une grand visuelle, ça ne l'a pas trop fait pour moi. Mais cela ne concerne que moi C'est surtout la mélancolie surtout qui relie ces deux recueils, et pour le coup j'en ai perçu la beauté ! A conseiller aux amateurs/trices d'une écriture "classique" et pudique.
  • 11. Pour les amateurs de cosy mystery

    11:44||Ep. 11
    La librairie des chats noirs, Piergiorgio Pulixi (Gallmeister Toteem, Octobre 2025)Piergiorgio Pulixi est une figure récente du roman noir italien, notamment avec Le chant des innocents, considéré comme son chef-d'oeuvre. Mais il s'essaie aussi avec succès au polar un peu plus soft avec cette série dont c'est le premier tome. Nous sommes à Cagliari, en Sardaigne, en compagnie de Marzio Montecristo, librairie qui n'aime pas ses clients, mais qui est heureusement épaulé dans la tenue de sa boutique par Patricia, plus avenante que lui. Cette librairie accueille aussi un club de lecture, qui va devenir un vivier d'enquêteurs pour retrouver un tueur sadique qui sévit dans les parages, selon un rituel particulièrement malsain : il réunit trois membres d'une même famille, et l'un deux doit prendre une terrible décision, en une minute, qui survivra, et qui mourra des deux autres. C'est donc un récit hybride, en cela qu'il y a un tueur en série, et de la violence, cependant c'est quand même l'esprit "cosy" qui l'emporte : Marzio par exemple a un crush pour la charmante policière qui va lui confier l'enquête, les protagonistes sont sympathiques, il y a des références littéraires (et policières comme de bien entendu) bienvenues, et deux chats, Poirot et Miss Marple, se sont invités dans la librairie et sont les deux stars de la jolie couverture. Convenu (comme il se doit dans un cosy mystery), mais malin et nerveux, il m' a donné envie de lire la suite. Bonjour Jeeves, P.G. Wodehouse (10/18, 2002)Wodehouse est un de mes auteurs anglais préférés, qui ne me déçoit jamais ! Son humour est raffiné et intemporel, ses dialogues pleins d'esprit. Chez lui, l'intrigue est anecdotique, avec quand même de réjouissants malentendus et quiproquos, les enjeux restent légers et le dénouement toujours heureux. Et c'est cette formule narrative constamment répétée qui fait tout le charme de la série. Bertram Wooster est un jeune gentleman anglais absolument sympathique et qui a une capacité à se fourrer dans des imbroglios impossibles, heureusement systématiquement récupéré par son valet Jeeves, brillant et toujours imperturbable. Dans cet opus, le suspense tourne autour du vol (ou pas!) d'un pot à crème ancien, chez des hôtes bien sous tous rapports. C'est tordant, et mine de rien, même si la satire est bienveillante et réconfortante, il critique gentiment l'oisiveté de la haute société anglaise des années 30. De même, Wodehouse est discrètement féministe, les personnages féminins étant chez lui particulièrement décidés, avec beaucoup de caractère. Bref, c'est un petit bonheur de lecture, une comédie de moeurs délicieuse à la prose millimétrée, et qui fait toujours mouche !
  • 10. Pile à lire d'été 6 (fin)

    16:28||Ep. 10
    Présentation des livres de développement perso / pratique, lectures à venir : Apprendre vite et bien, Barbara Oakley, Olaj ScheweBoostez votre mémoire, Jean-Yves PonceComment développer une mémoire extraordinaire, Dominic O'BrienVotre temps est infini, Fabien OlicardLes quatre saisons de la bonne humeur; Michel LejoyeuxEssais : La simulation, Loïc HechtLa littérature sans estomac, Pierre JourdeLa vie matérielle, Marguerite DurasSortir de la maison hantée, Pauline ChanuLes princesses ont toujours raison, Fabrice Midal
  • 9. Pile à lire d'été 5

    13:33||Ep. 9
    Suite de la présentation de ma pile à lire estivaleLectures littérature étrangère (hors anglo-saxonnes)Patria, Fernando AramburuLe fusil de chasse, Yasishi InouéDes animaux difficiles, Rosa MonteroE.E., OLga TokarczukEpépé, Ferenc KarinthyNouvelles et courts récits : Les guérisons miraculeuses du docteur Aira, Cesar AiraTigre, Janis JonevsMexico Médée, Dahlia de la CerdaLettres, Madame de SévignéLa bagarre, Lauren Groff