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Sans déconner ?!
1945 : les USA prévoient une 3e bombe atomique sur le Japon ?
À l’été 1945, les États-Unis viennent d’ouvrir une ère nouvelle et terrifiante : celle de l’arme atomique. Le 16 juillet, un premier essai a lieu dans le désert du Nouveau-Mexique. Puis viennent Hiroshima, le 6 août, et Nagasaki, le 9 août. Deux villes japonaises anéanties. Deux bombardements qui ont figé le monde.
Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’après Nagasaki, l’histoire aurait pu continuer.
En juillet 1945, les Américains disposent de suffisamment de matière pour trois bombes complètes : Gadget, utilisée pour l’essai Trinity ; Little Boy, larguée sur Hiroshima ; et Fat Man, utilisée à Nagasaki. Il leur reste même presque assez de plutonium pour une quatrième arme. Autrement dit : le processus ne s’arrêtait pas à deux bombes. Il était en marche.
Au lendemain de l’essai Trinity, le général Leslie Groves, directeur militaire du projet Manhattan, estime déjà qu’il faudra probablement trois bombes, peut-être quatre. Cette idée n’a rien d’extravagant à l’époque. Les dirigeants américains n’imaginent pas forcément que deux frappes suffiront à forcer le Japon à se rendre. Ils pensent que la bombe atomique est une arme nouvelle, puissante, mais ils ignorent encore si elle sera décisive à elle seule. D’autant que le Japon n’a pas cédé malgré des mois de bombardements conventionnels. Depuis mars 1945, les raids incendiaires américains ravagent les villes japonaises. Tokyo, notamment, a déjà connu une nuit de feu qui a fait plus de 100 000 morts. Plus de soixante autres villes ont subi des destructions massives. Et pourtant, le pouvoir japonais tient encore.
Côté américain, les choses sont claires : l’ordre du 25 juillet 1945 n’autorise pas une seule attaque atomique, mais prévoit que des bombes supplémentaires seront larguées dès qu’elles seront prêtes. C’est un point essentiel. L’ordre ne porte pas seulement sur Hiroshima. Il ouvre la voie à une série de frappes nucléaires. Et après Hiroshima, on n’attend pas longtemps : la météo annoncée comme défavorable pour le 10 août pousse les responsables sur place à avancer la mission. Sans consulter Truman, ni même le secrétaire à la Guerre Henry Stimson, ils décident d’utiliser Fat Man dès le 9 août. Ce sera Nagasaki. Ce détail compte énormément : Truman avait été informé de la première attaque, mais pas de la seconde. Il découvre que les militaires se considèrent, en pratique, autorisés à poursuivre dès qu’une bombe est disponible. Or, au même moment, la suivante approche.
Le 10 août,Truman réagit. Il fait transmettre une instruction ferme : aucune nouvelle bombe ne doit être utilisée sans son autorisation expresse. Pourquoi ce changement ? Les historiens débattent encore. Certains estiment qu’il veut reprendre le contrôle politique d’un processus qui lui échappe. D’autres pensent qu’il est horrifié par l’idée d’un nouveau massacre. Selon le journal de son secrétaire au Commerce Henry Wallace, Truman aurait dit qu’il trouvait trop horrible l’idée de tuer 100 000 personnes de plus, parlant même de “tous ces enfants”. Mais il ne renonce pas pour autant à l’option nucléaire.
Pendant que les discussions traînent entre le 10 et le 14 août, les chefs militaires continuent à raisonner comme si une troisième attaque allait devoir avoir lieu. Quelques heures seulement avant la capitulation japonaise, Truman confie même à l’ambassadeur britannique qu’il n’a désormais “pas d’autre choix” que d’ordonner une nouvelle attaque atomique si le Japon persiste. Puis, finalement, le Japon accepte de capituler. C’est ce qui empêche la troisième bombe de tomber.
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Jack Sheppard, le voleur le plus célèbre de Londres
06:04|Le 16 novembre 1724, Londres retient son souffle. À Tyburn, le grand lieu d’exécution publique de la capitale, une foule immense — on parle de 200 000 personnes — se presse pour assister à la pendaison d’un jeune homme de 21 ans. Son nom : John Sheppard, mais tout le monde l’appelle Jack. À première vue, ce n’est qu’un voleur de plus dans une ville qui en compte beaucoup. Mais dans l’Angleterre du XVIIIᵉ siècle, Jack Sheppard est déjà une célébrité. Non pas tant pour ses larcins que pour ce qui a fait sa légende : ses évasions spectaculaires, répétées, humiliantes pour les geôliers, fascinantes pour le peuple. Jack naît en 1702 à Spitalfields, dans l’est de Londres, dans une famille modeste de charpentiers. Son père meurt alors qu’il n’a que quatre ans. Sa mère élève seule ses enfants. En grandissant, Jack suit la voie familiale et devient apprenti charpentier. Il est petit, mais puissant, agile, habile de ses mains — notamment avec les boulons, les verrous, les serrures. Et cela compte. Car dans le Londres de l’époque, la frontière entre travail honnête et délinquance est parfois mince. La Grande-Bretagne s’enrichit grâce au commerce et à l’expansion coloniale, mais une partie de la classe ouvrière est laissée de côté. Beaucoup basculent vers le vol, le marché noir, les combines. Jack aime les beaux habits, le luxe, les tavernes, les prostituées. Il partage un temps sa vie avec Elizabeth Lyon, surnommée Edgeworth Bess. Plus tard, la littérature populaire fera d’elle la femme fatale qui l’aurait entraîné au crime. C’est un cliché très répandu au XVIIIᵉ siècle : faire porter à une femme la chute morale d’un homme. En réalité, Jack avait déjà commencé à voler avant de la rencontrer.Beaucoup le voient moins comme un monstre que comme un gamin débrouillard qui s’en prend aux riches dans un système profondément inégal. Car à cette époque, la justice anglaise est d’une extrême sévérité. Les crimes contre les biens sont parfois plus lourdement punis que les violences contre les personnes. Dans cette société où la propriété est devenue sacrée, on peut être condamné à mort pour un simple vol. Jack Sheppard finit par être arrêté. Pas grâce à une enquête brillante, mais parce qu’il est trahi. En 1724, Jack est arrêté cinq fois. Et il s’évade quatre fois. C’est là que naît la légende.Le 19 mai 1724, il est enfermé à la prison de Clerkenwell, pieds et poings liés, avec Elizabeth Lyon. Mais les mesures de sécurité sont insuffisantes, et des amis réussissent à faire passer des outils dans la cellule. Le 25 mai, Jack se libère de ses menottes, scie les barreaux de la fenêtre, descend dans la cour avec Elizabeth, puis fabrique des marches improvisées à l’aide d’un burin. Les journaux s’emparent de l’affaire. Ils suivent ses exploits avec enthousiasme. Une récompense est promise pour sa capture. Plus il fuit, plus il devient célèbre. Puis vient l’épisode décisif.Renvoyé à Newgate, Jack est enfermé dans la pièce la plus sûre de la prison, surnommée “le Château”. Le 15 octobre 1724, il accomplit l’impossible. Enchaîné au sol, il parvient à se libérer. Avec un maillon brisé de ses fers, il fracasse une partie de la cheminée, grimpe à l’intérieur, débouche dans une pièce murée depuis sept ans, puis franchit six portes successives, qu’il force, démonte ou déverrouille une à une. Quand il retrouve la liberté, Londres est stupéfaite. Mais Jack ne sait pas disparaître. Il recommence à voler, parade en ville vêtu de ses plus beaux habits, se fait reconnaître… et arrêter presque aussitôt. Cette fois, les autorités ne prennent plus aucun risque. Il est enchaîné au sol, surveillé jour et nuit jusqu’à son exécution. Et même là, il garde son aplomb.À Tyburn, devant cette foule immense, Jack Sheppard plaisante encore pendant qu’on lui passe la corde au cou. Ce mélange de charme, d’insolence, de défi au pouvoir judiciaire transforme définitivement le voleur en héros populaire.
1932 : l'Australie perd une guerre contre des oiseaux
06:43|C’est une guerre dont le nom fait sourire aujourd’hui. Une guerre sans tranchées, sans généraux célèbres, sans victoire humaine. Une guerre improbable, presque absurde. Et pourtant, elle a bien eu lieu. Nous sommes en Australie, en 1932. Et face à l’armée… se dressent des émeus. L’histoire commence quelques années plus tôt, à la sortie de la Première Guerre mondiale. Le gouvernement australien encourage alors des milliers de vétérans, plus de 5 000 anciens soldats, à s’installer en Australie-Occidentale. L’objectif est clair : mettre en valeur des terres agricoles et relancer l’économie. Mais la réalité est plus rude. Les sols sont pauvres, les pluies irrégulières. Et en 1932, une sécheresse sévère aggrave encore la situation. C’est alors qu’un nouvel adversaire apparaît.Près de 20 000 émeus, de grands oiseaux incapables de voler mais parfaitement adaptés à la course, migrent vers ces zones agricoles à la recherche de nourriture. Leur passage est dévastateur : ils piétinent les cultures, détruisent les récoltes et brisent les clôtures, ouvrant la voie à d’autres nuisibles comme les lapins. Pour les agriculteurs déjà fragilisés, c’est un désastre. Face à l’ampleur du problème, ils demandent l’aide du gouvernement. Et la réponse est… militaire. Le 2 novembre 1932, trois soldats du Royal Australian Artillery sont envoyés sur place. Ils sont équipés de deux mitrailleuses. Leur mission : éliminer les émeus et protéger les exploitations. Sur le papier, l’opération semble simple. Dans les faits, elle va tourner au fiasco. Dès les premiers jours, les soldats découvrent un ennemi inattendu. Les émeus ne se comportent pas comme un troupeau docile. Au lieu de rester groupés, ils se dispersent rapidement, rendant toute cible difficile à atteindre.En trois jours, seuls 30 oiseaux sont abattus. Les soldats tentent alors une embuscade près d’un point d’eau. Cette fois, des milliers d’émeus sont rassemblés. La situation semble idéale. Mais au moment crucial… l’une des mitrailleuses s’enraye. Nouvel échec.Peu à peu, l’opération devient presque ridicule aux yeux du public. Les témoignages s’accumulent et décrivent des scènes étonnantes. Certains observateurs affirment que les émeus semblent s’organiser en groupes, avec des individus jouant le rôle de guetteurs pour alerter les autres de la présence humaine. Des chauffeurs de camion, mobilisés pour rabattre les oiseaux vers les tireurs, racontent avoir vu des émeus courir à plus de 55 km/h, même sur un terrain accidenté. L’un de ces camions finit même par s’écraser en tentant de les poursuivre. Plus surprenant encore : la résistance des animaux. Le commandant de l’opération, Gwynydd Purves Wynne-Aubrey Meredith, déclare que les émeus semblent faire face aux tirs « avec une invulnérabilité comparable à celle des chars d’assaut ». Après 45 jours d’opération, le bilan est sans appel. Environ 2 500 émeus ont été abattus, une fraction seulement de la population. Et les dégâts agricoles, eux, continuent.Face à cet échec, le gouvernement met fin à l’intervention. Dans cette guerre improbable, ce sont les émeus qui l’emportent. Mais au-delà de l’anecdote, cet épisode révèle quelque chose de plus profond.
James Sligo Jameson, l’explorateur de l’horreur
06:48|Il s’appelait James Sligo Jameson. Voyageur passionné, naturaliste reconnu, héritier d’une célèbre dynastie du whisky irlandais. Au XIXᵉ siècle, il parcourait le monde pour étudier les oiseaux et les insectes. Mais aujourd’hui, son nom reste surtout associé à l’un des épisodes les plus troublants de l’histoire des explorations africaines.Une affaire qui s’est déroulée au cœur du bassin du Congo dans les années 1880.James Sligo Jameson naît le 17 août 1856 à Alloa, en Écosse. Il est le petit-fils de John Jameson, l’un des fondateurs du célèbre whisky Jameson. Dans sa famille, les figures marquantes ne manquent pas : il est aussi l’oncle du futur inventeur de la radio, Guglielmo Marconi. Très tôt, Jameson développe un goût prononcé pour les voyages et l’histoire naturelle. Après ses études, il part explorer l’Asie du Sud-Est. En 1877, il visite Ceylan (l’actuel Sri Lanka) puis Singapour et Bornéo. Là, il devient le premier scientifique à décrire une espèce d’oiseau : le bondrée noire, un rapace d’Asie.L’année suivante, il part pour l’Afrique. Il chasse le gros gibier en Afrique du Sud, remonte vers l’actuel Zimbabwe et rapporte en Europe de nombreux spécimens d’animaux. Il effectue également des voyages en Amérique du Nord, notamment dans les montagnes Rocheuses. Mais l’appel de l’aventure ne le quitte jamais.En 1887, il rejoint une expédition qui doit traverser l’Afrique centrale : la Emin Pasha Relief Expedition.En mars 1887, près de 700 hommes quittent le port africain de Banana, à l’embouchure du fleuve Congo, pour s’enfoncer dans l’intérieur du continent.Très vite, les membres de l’expédition remarquent quelque chose d’étrange chez Jameson : une fascination particulière pour le cannibalisme, sujet qui alimente alors de nombreux récits d’explorateurs européens. Pendant plus d’un an, l’expédition remonte le fleuve Congo. Elle entre en contact avec Tippu Tip, célèbre marchand d’esclaves d’Afrique orientale, qui fournit des porteurs aux Européens. Mais cette alliance a un prix. Les villages de la région, traumatisés par les raids esclavagistes de Tippu Tip, refusent désormais de commercer avec l’expédition. Les Européens manquent de nourriture.En mai 1888, près du village de Yambuya, dans l’actuelle République démocratique du Congo, l’expédition est témoin d’un épisode qui marquera durablement la réputation du naturaliste. Jameson assiste à une fête organisée par des habitants. Tippu Tip lui explique que ce type de célébration se termine parfois par un acte de cannibalisme. Jameson répond qu’en Europe, beaucoup pensent que ces récits ne sont que des histoires inventées par les voyageurs. Tippu Tip aurait alors lancé un défi. Selon le récit de Jameson dans son journal, un homme lui demande un morceau de tissu. Pensant à une plaisanterie, il remet six mouchoirs. Peu après, un homme arrive en tenant par la main une fillette d’environ dix ans, capturée lors d’un raid esclavagiste. Ce qui suit est décrit par Jameson lui-même comme « l’un des spectacles les plus horriblement écœurants » qu’il ait jamais vus.Selon des témoignages, la fillette aurait été attachée à un arbre avant d’être tuée. Pendant la scène, Jameson réalise des croquis. Certains témoins affirment qu’il a commencé à dessiner alors même que les événements se déroulaient. Il terminera ensuite les illustrations à l’aquarelle dans sa tente. Ces dessins, qu’il montre ensuite à d’autres membres de l’expédition, alimenteront durablement la controverse. Jameson ne pourra jamais répondre pleinement aux accusations. Quelques mois plus tard, il tombe gravement malade. Une forte fièvre l’emporte le 17 août 1888, jour de ses 32 ans. Il est enterré sur une île du fleuve Congo.
Tarrare, l’homme qui ne pouvait jamais cesser de manger
07:07|Dans l’histoire de la médecine, certains cas défient toute logique. Des corps qui semblent fonctionner selon des règles inconnues. Parmi eux, celui d’un homme dont le nom n’a jamais été un véritable patronyme, mais un surnom resté dans les archives : Tarrare.Nous sommes dans la France révolutionnaire, à la fin du XVIIIᵉ siècle. Tarrare serait né vers 1772. On sait peu de choses de son enfance, sinon un détail stupéfiant : il souffre d’un appétit absolument insatiable.Adolescent, il mange des quantités de nourriture si gigantesques que sa famille finit par ne plus pouvoir le nourrir. Ses parents le mettent à la porte. Livré à lui-même, Tarrare rejoint une troupe de marginaux — voleurs et prostituées — qui parcourent la France en proposant des spectacles de rue tout en détroussant le public. Et Tarrare devient leur attraction principale : l’homme capable de manger n’importe quoi. Son numéro est à la fois fascinant et répugnant. Il peut engloutir des paniers entiers de pommes, les joues gonflées comme celles d’un hamster. Il avale des pierres, des bouchons, et même des animaux vivants. Certains témoins racontent qu’il saisissait un chat avec les dents, l’éventrait, en buvait le sang puis dévorait le corps, ne laissant que le squelette. On dit aussi qu’il avalait des chiens et qu’une fois, il aurait englouti une anguille vivante sans la mâcher. Même les animaux semblent comprendre le danger. Un chirurgien militaire qui l’étudiera plus tard écrira que chiens et chats fuyaient à sa vue, « comme s’ils pressentaient le sort qui les attendait ».Malgré cet appétit monstrueux, Tarrare a l’apparence d’un homme affamé. À 17 ans, il pèse à peine 45 kilos. Il est constamment fatigué, distrait, et présente tous les signes de la malnutrition… sauf un : il mange assez pour nourrir plusieurs hommes. Son corps intrigue les médecins. Lorsque Tarrare mange, son ventre se gonfle comme un ballon. Sa peau, extrêmement distendue, peut s’étirer pour contenir des quantités de nourriture stupéfiantes. Mais peu après, il évacue presque tout, laissant derrière lui une odeur que les médecins décrivent comme « fétide au-delà de toute imagination ».Lorsqu’il est à jeun, sa peau retombe en plis pendants. Les chirurgiens affirment qu’on pourrait presque nouer les replis de sa taille comme une ceinture. Ses joues tombent comme des oreilles d’éléphant. Et puis il y a l’odeur. Un rapport médical explique que son corps dégage une puanteur si intense qu’on ne peut rester à moins de vingt pas de lui. Sa peau est chaude, couverte de sueur, et une vapeur nauséabonde semble parfois flotter autour de lui. De retour en France, Tarrare supplie l’armée de ne plus l’utiliser comme messager. Il demande même au baron Percy de le guérir. Le médecin tente tout : vinaigre, tabac, laudanum — un opiacé très utilisé à l’époque — et divers remèdes. Rien n’y fait. La faim de Tarrare ne disparaît jamais. Pire encore, elle semble empirer. À l’hôpital, il est surpris en train de boire le sang retiré aux patients et de manger des corps à la morgue. Lorsque la disparition d’un bébé de 14 mois fait naître des soupçons contre lui, le baron Percy décide de l’expulser. Pendant plusieurs années, Tarrare disparaît. Puis en 1798, Percy apprend qu’il agonise dans un hôpital de Versailles. Tarrare meurt de tuberculose, à seulement 26 ans. Même après sa mort, le mystère persiste. L’autopsie révèle un corps ravagé : un foie gigantesque, un estomac immense occupant presque toute la cavité abdominale, un œsophage anormalement large. Son estomac est si distendu qu’il couvre presque tout l’abdomen. Les médecins veulent poursuivre l’examen, mais l’odeur est insupportable. Ils abandonnent l’autopsie.
Peshtigo, l’enfer de feu oublié des USA
06:00|Le 8 octobre 1871, un gigantesque incendie ravage la ville de Chicago. Près de 300 personnes meurent et environ 17 000 bâtiments sont détruits. L’événement est resté célèbre dans l’histoire américaine, notamment à cause d’une anecdote devenue presque légendaire : celle de la vache de Mrs. O’Leary, accusée d’avoir renversé une lanterne et déclenché l’incendie. Mais ce que beaucoup ignorent, c’est que cette même nuit, à environ 400 kilomètres au nord, un autre feu éclate. Un feu bien plus meurtrier. Un feu qui détruira entièrement une ville et fera jusqu’à 2 500 victimes. C’est l’incendie de Peshtigo, dans le Wisconsin. Et malgré son ampleur, il est aujourd’hui largement oublié.Pour comprendre ce drame, il faut revenir quelques décennies en arrière. La ville de Peshtigo est fondée dans les années 1830, sur les rives de la rivière du même nom. Dès 1838, on y construit une scierie. La ville devient rapidement un centre majeur de l’industrie du bois dans le Midwest américain. Les immenses forêts de pins blancs sont exploitées puis acheminées par rivière jusqu’au lac Michigan, avant d’être distribuées dans toute la région. Mais cette prospérité industrielle crée aussi un danger invisible.Peshtigo est presque entièrement construite en bois : les maisons, les trottoirs, et même certaines routes, recouvertes de copeaux. Les scieries laissent derrière elles des montagnes de sciure et de planches inutilisées. Dans les forêts, les bûcherons abandonnent des tas de branches sèches. À cela s’ajoute une pratique courante à l’époque : le brûlage des terres. Les agriculteurs et les compagnies ferroviaires utilisent le feu pour défricher les terrains. L’année 1871 est particulièrement sèche. L’été est l’un des plus arides jamais enregistrés dans la région. Pourtant, les habitants continuent d’allumer des feux.Tout bascule le 8 octobre 1871. Ce jour-là, un front froid traverse le Midwest américain, apportant avec lui des vents extrêmement violents. Ces rafales attisent les nombreux feux qui couvent dans les forêts et les champs. Vers 22 heures, les habitants de Peshtigo entendent un grondement. Le révérend Peter Pernin, témoin direct, racontera plus tard avoir vu une lueur rouge gigantesque au-dessus de l’horizon. Dans le silence étrange de la nuit, il entend un bruit lointain — un rugissement étouffé, semblable à un tonnerre. Puis le feu arrive. En quelques instants, les multiples incendies qui brûlaient dans la région se combinent en une tempête de feu, un phénomène rare et terrifiant.Ceux qui tentent de fuir courent vers la rivière Peshtigo.Mais même là, ils ne sont pas en sécurité. Le révérend Pernin raconte que, malgré l’eau jusqu’au cou, les flammes continuent de les atteindre. Le feu traverse la rivière, porté par le vent. L’air lui-même semble brûler. Pour survivre, certains doivent se jeter de l’eau sur la tête en permanence afin d’éviter que leurs cheveux ne prennent feu. Partout autour d’eux, le ciel est rempli de flammes, roulant comme des nuages d’orage. Au matin, la ville a disparu. Peshtigo est totalement détruite. Sur les 2 000 habitants que comptait la ville, entre 500 et 800 ont péri. Mais l’incendie s’est propagé bien au-delà de la ville, ravageant environ 1,2 million d’hectares.Dans les villages environnants, des centaines d’autres personnes meurent également. Les historiens estiment aujourd’hui que le bilan total pourrait atteindre 2 500 morts, ce qui en fait l’incendie le plus meurtrier de l’histoire des États-Unis. Et pourtant, ce drame reste presque absent de la mémoire collective.Pourquoi ? D’abord parce que le feu de Chicago s’est produit la même nuit. La destruction d’une grande ville a naturellement attiré davantage l’attention des journaux.Mais il y a aussi une raison technique : à Peshtigo, la seule ligne télégraphique de la ville est détruite par l’incendie. L’information ne peut donc pas être transmise immédiatement au reste du pays.
Ils ont trompé la mort contre toute attente (1/4)
06:12|Hugh Glass, l’homme que le grizzly n’a pas tué. Son nom est entré dans la légende américaine. Hugh Glass, trappeur et commerçant de fourrures irlando-américain, participe en 1822 à une expédition de cent volontaires chargés de remonter le Missouri pour commercer avec les peuples autochtones. Le groupe est connu sous le nom d’“Ashley’s Hundred”, en référence à son commandant, le général William Henry Ashley.Arrivés à Fort Kiowa, dans l’actuel Dakota du Sud, les hommes se séparent. Glass et quelques compagnons prennent la direction de la rivière Yellowstone. Lors d’une expédition de chasse, il se retrouve isolé. C’est là qu’il croise une ourse grizzly accompagnée de ses deux petits, près des confluents de la Grand River. L’attaque est immédiate. L’animal lui brise une jambe, lui arrache le cuir chevelu, lui transperce la gorge.Contre toute attente, grâce à ses armes et à l’aide de membres de son groupe alertés par le bruit, Glass parvient à tuer l’ourse. Mais ses blessures sont terribles. Ses compagnons sont convaincus qu’il ne survivra pas. Deux hommes acceptent, contre 80 dollars, de rester à ses côtés jusqu’à sa mort pendant que le reste de l’expédition poursuit sa route. Ils s’attendent à ce qu’il rende son dernier souffle en quelques heures. Cinq jours plus tard, il est toujours vivant. Craignant une attaque des Arikara — un peuple autochtone déjà en conflit avec les trappeurs — les deux hommes décident de l’abandonner. Ils le laissent enveloppé dans une peau d’ours, persuadés qu’il est à l’agonie. Mais Hugh Glass refuse de mourir. Il nettoie ses plaies comme il peut, se nourrit de baies, de racines, d’insectes. Et entreprend un périple de près de 200 miles — environ 320 kilomètres — pour rejoindre le camp. En chemin, il reçoit l’aide de la tribu Lakota et parvient même à embarquer sur une embarcation de peaux tendues, ce qui facilite une partie de son trajet. Son histoire inspirera, bien plus tard, le film The Revenant en 2015, avec Leonardo DiCaprio dans le rôle de Glass — performance qui lui vaudra son premier Oscar. Un monument commémore aujourd’hui son combat contre l’ours, au sud de la Grand River. Changement d’époque. 1983. Tami Oldham Ashcraft est une navigatrice expérimentée. Avec son fiancé, Richard Sharp, elle sillonne les océans à bord d’un voilier de 11 mètres. Quand un ami leur propose de convoyer un yacht de 13 mètres de Tahiti à San Diego — un trajet de 4 000 miles, soit environ 6 400 kilomètres — ils acceptent. Ils prennent la mer en septembre à bord du Hazana. En octobre, un ouragan de catégorie 4 les frappe de plein fouet. Des vents à plus de 220 km/h, des vagues de plus de 12 mètres. Sharp demande à Tami de descendre sous le pont. Elle l’entend crier. Puis elle est projetée contre la paroi de la cabine et perd connaissance.À son réveil, le bateau est dévasté. Les mâts sont brisés, les voiles traînent dans l’eau, le moteur et le système de navigation sont hors d’usage. La cabine prend l’eau. Le harnais de sécurité de Richard pend au-dessus du vide : il a été emporté par la mer. Blessée à la tête, seule, en état de choc, Tami doit pourtant agir.Elle improvise une voile de fortune avec un mât brisé et un foc de tempête. Elle pompe l’eau. Elle retrouve un sextant — instrument de navigation astronomique — et une montre, seuls outils fonctionnels à bord. Elle vise Hilo, à Hawaï, à 1 500 miles de là. Pendant 41 jours, elle dérive. Elle se nourrit de conserves de salade de fruits et de sardines. Elle s’accroche à l’idée que les courants la porteront vers la terre. Un navire de recherche japonais la repère finalement près des côtes d’Hawaï
1876 : le Kentucky subit… une pluie de viande tombée du ciel
05:57|Le 3 mars 1876 s’annonçait comme une matinée claire et fraîche dans le comté de Bath, dans le Kentucky, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Lexington. Rien ne laissait présager que cette journée entrerait dans l’histoire comme l’un des épisodes les plus étranges jamais rapportés aux États-Unis : la fameuse “Kentucky Meat Shower”, littéralement, la “pluie de viande”. Peu avant midi, des morceaux de chair commencent à tomber du ciel.L’événement ne dure que quelques secondes — à peine deux minutes selon les témoignages — mais il laisse derrière lui un spectacle surréaliste : une zone de la taille d’un terrain de football couverte de fragments de viande fraîche et sanglante. Au centre de cette scène improbable : Rebecca Crouch, occupée à fabriquer du savon dans la cour de sa ferme. Quelques semaines plus tard, elle raconte la scène à un journaliste du New York Herald : Le ciel est dégagé, le soleil brille, une légère brise souffle de l’ouest. Et sans le moindre avertissement, la “pluie” commence. Son petit-fils, présent à ses côtés, s’écrie d’abord : « Grand-mère, il neige ! ». Mais ce ne sont pas des flocons.Rebecca Crouch voit un morceau s’écraser derrière elle, avec un bruit sec. La plupart des fragments sont de petite taille, comparables à de gros flocons de neige. D’autres sont bien plus grands. Le plus volumineux qu’elle observe mesure la longueur de sa main, pour environ un centimètre d’épaisseur. Elle le décrit comme cartilagineux, “comme s’il avait été arraché à la gorge d’un animal”. Puis, aussi soudainement qu’elle a commencé, la pluie s’arrête. En moins de deux minutes, la cour est maculée de chair. Lorsque son mari rentre, il ramasse plusieurs morceaux. Avant même son retour, raconte-t-elle, les insectes, les poules, le chat et le chien avaient déjà commencé à les manger — et semblaient les apprécier. Les autorités décident alors de conserver des échantillons et de les envoyer à des scientifiques à travers le pays. Les hypothèses fusent. En juillet 1876, le magazine Scientific American publie l’avis du scientifique Leopold Brandeis. Selon lui, il ne s’agirait pas de viande, mais de Nostoc, une cyanobactérie gélatineuse — un organisme microscopique pouvant former des masses visqueuses. Les spores, transportées par le vent sur de longues distances, pourraient proliférer rapidement dans un environnement humide. Mais cette explication peine à convaincre. Une semaine après l’incident, le New York Times publie une théorie satirique : peut-être que, tout comme il existe des ceintures de météorites tournant autour du Soleil, il existerait une ceinture de mouton et de venaison, dont la Terre aurait croisé la trajectoire… L’humour montre à quel point le mystère intrigue. L’hypothèse qui s’impose progressivement, pourtant, est beaucoup plus terre-à-terre — et avait été évoquée dès le départ par certains habitants. Le docteur A. Mead Edwards, président de la Newark Scientific Association, avance une théorie plus plausible : un groupe de vautours aurait survolé la ferme et régurgité son repas en plein vol.Les vautours, notamment les urubus, ont en effet pour habitude de vomir lorsqu’ils sont effrayés ou pour alléger leur poids en vol. Si plusieurs oiseaux ont fait de même simultanément, à haute altitude, les morceaux auraient pu être dispersés par le vent et retomber sur la propriété. Le professeur L. D. Kastenbine, chimiste au Louisville College of Pharmacy, soutient cette idée. Selon lui, la régurgitation collective de vautours volant à grande hauteur constitue l’explication la plus crédible. Aujourd’hui encore, cette hypothèse reste la plus largement acceptée par les scientifiques. Mais malgré ces explications, le doute subsiste. Un échantillon subsiste toutefois : conservé dans un flacon d’alcool au Monroe Moosnick Medical and Science Museum, à l’université Transylvania de Lexington. Dernier vestige d’un matin de mars où, dans une ferme du Kentucky, il n’a pas neigé. Il a plu de la viande.
De la mafia à la TV : l’histoire folle de la bague de Lucky Luciano
06:39|En 2009, une montre Patek Philippe attribuée à Luciano est vendue aux enchères pour 36 000 dollars, devenant une pièce prisée des collectionneurs de souvenirs liés à la Mafia. Mais en 2012, un autre objet surgit, cette fois dans un simple prêteur sur gages de Las Vegas : une bague en or sertie d’un diamant, ornée d’un démon hurlant.Son propriétaire, resté anonyme, affirme qu’il s’agit de la bague-sceau personnelle de Lucky Luciano. Il la conserve, dit-il, depuis quarante ans. Et il va plus loin : si cette pièce était apparue plus tôt, cela aurait provoqué « du sang et une guerre entre les familles ». Il en demande 100 000 dollars. Mais avant d’en arriver là, revenons à l’homme.Lucky Luciano naît en Sicile le 24 novembre 1897, sous le nom de Salvatore Lucania. Il arrive à New York à l’âge de dix ans avec sa famille immigrée. Cette même année, il est arrêté pour vol à l’étalage. À quatorze ans, il est déjà impliqué dans des activités d’extorsion. En 1925, il est le bras droit du chef mafieux Joe Masseria. Il semble intouchable. Mais en octobre 1929, des rivaux l’enlèvent, lui tranchent la gorge et le poignardent avec un pic à glace. Il survit — et garde une cicatrice qui renforce son aura. La guerre entre Masseria et Salvatore Maranzano éclate en 1930. Luciano choisit de ne pas rester prisonnier d’un système archaïque. Il organise l’assassinat de Masseria : un dîner à Coney Island, une excuse pour aller aux toilettes, et ses hommes exécutent le patron. Il élimine ensuite Maranzano et devient le “boss des boss”.Mais Luciano veut moderniser la Mafia. Il structure les activités criminelles en groupes distincts, donnant naissance aux célèbres Cinq Familles de New York. Il instaure une règle de silence — l’omertà — et crée une instance dirigeante appelée la Commission, destinée à éviter les guerres internes. Sa puissance semble sans limite. Il fréquente des célébrités comme Frank Sinatra, mène grand train, entretient de nombreuses maîtresses.Mais en 1935, le procureur Thomas Dewey le poursuit pour organisation d’un vaste réseau de prostitution. Au procès, Dewey le qualifie de « gangster le plus dangereux du monde ». En 1936, Luciano est condamné. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il apporte une aide aux autorités américaines pour sécuriser les ports. En échange, sa peine est commuée, mais il est expulsé vers l’Italie. Il meurt d’une crise cardiaque le 26 janvier 1962. Et c’est là que la bague entre en scène.Selon son détenteur, elle aurait été offerte à sa mère par un homme dont il refuse de révéler le nom. Sa mère aurait rendu des « services particuliers » à ces figures du milieu, jouissant de leur confiance. La bague est en or, ornée d’un diamant central et surmontée d’un démon sculpté. Mais une question se pose : Lucky Luciano, catholique pratiquant, aurait-il porté un symbole aussi démoniaque ? Aucune preuve d’authenticité n’accompagne l’objet. Un expert est consulté : Jonathan Ullman, directeur exécutif du Mob Museum de Las Vegas. Son verdict est prudent : rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit bien de la bague de Luciano. Mais, reconnaît-il, « c’est une belle histoire ».La Mafia et Las Vegas ont effectivement une longue histoire commune. Lorsque le Nevada interdit les jeux d’argent en 1919, le crime organisé investit le secteur clandestin. Quand le jeu est légalisé en 1931, ces réseaux sont déjà solidement implantés.Alors, cette bague est-elle un vestige authentique d’un des plus célèbres parrains de l’histoire américaine ? Ou une légende moderne alimentée par le mythe ?