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Propagations
De Wikileaks aux Epstein files : plongée dans le renseignement en sources ouvertes
Antoine de Gunzbourg a vécu toutes les mutations de l'intelligence en sources ouvertes : de WikiLeaks à Bellingcat, du journalisme au Liban aux méthodologies behaviors développées pour l'Union européenne. Chercheur et praticien, il théorise aujourd'hui une discipline coincée entre journalisme, activisme et renseignement: trois mondes qui ne s'entendent pas. L'affaire Jeffrey Epstein et ses 3 millions de pages déversées fin janvier 2026 illustre le défi central : comment transformer des données massives en renseignement citoyen sans sombrer dans le conspirationnisme ?
Faut-il une théorie de l'OSINT pour éviter que l'analyste ne soit écrasé sous des concepts contradictoires ? Comment distinguer ce qui est vrai de ce qui est simplement authentique ? Et surtout : qui assume la responsabilité politique de l'attribution quand les comportements inauthentiques se mêlent aux narratifs toxiques ?
Au programme :
- L'OSINT comme "vaccin démocratique" : lâcher ses secrets pour renforcer la résilience de la société civile, une idée aussi absurde que géniale héritée de la Seconde Guerre mondiale
- De la BBC aux behaviors : comment les services de renseignement ont appris à analyser la propagande nazie, puis comment Facebook a créé les CIB pour éviter de modérer le contenu
- Bellingcat et l'affaire Epstein : organisation organique sur Discord, règles méthodologiques collaboratives, et la nécessité de séparer le factuel de l'interprétation politique
- Le piège FIMI : pourquoi le concept de Foreign Information Manipulation and Interference rend les analystes fous en leur demandant d'attribuer ce qui relève de la décision politique
- Russia Today, entre deux mondes : entreprise française employant des journalistes français sur sol français, mais diffusant des narratifs pro-russes – l'impossible définition du "foreign"
- Viginum comme modèle : créé en pleine tempête politique post-Samuel Paty, le service français parvient à rester transparent, faire de la recherche OSINT et collaborer avec tous les acteurs sans se politiser
- L'agence de renseignement du peuple : former tout citoyen à l'OSINT, ouvrir les secrets d'État, et assurer la transmission entre renseignement et public – le rêve inachevé d'Assange
Ce que vous pourrez entendre :
"L'OSINT c'est un peu la théorie du vaccin : l'idée complètement absurde d'injecter un truc qui peut tuer dans l'idée que ça va protéger ton voisin. L'OSINT c'est pareil, c'est l'idée qu'en lâchant tes secrets, ça va aider ta société civile à être plus résiliente."
"On se retrouve à devoir faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui est authentique. Cette interview du type qui témoigne au FBI qu'il y a un corps enterré sous le trou numéro 19 du golf de Trump est authentique – est-elle vraie ?"
Un podcast proposé & produit par opsci.ai
Production : Justin Poncet
Animation : Guillaume Ledit
Réalisation : Romane Mugnier
Graphisme : Gautier Gevrey
Générique : Martin Commandeur
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37. OSINT : à qui appartient la grammaire de la vérité ?
43:37||Saison 1, Ep. 37Allan Deneuville est maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université Bordeaux-Montaigne, chercheur à GEODE et responsable du pôle recherche d'Open Facto. Ce spécialiste des arts visuels a plongé dans l'enquête en source ouverte, au point d'y consacrer un ouvrage OSINT : enquêtes et démocratie (INA). Cette méthode devenue à la fois contre-pouvoir citoyen et arme informationnelle, l'interroge. Il en démonte les formes visuelles pour comprendre comment elles peuvent être imitées, détournées, retournées.L'enquête en source ouverte a longtemps porté une promesse démocratique : la vérité par les données, vérifiable par tous. Mais sa grammaire visuelle s'apprend... et ce qui s'apprend s'imite. Que reste-t-il de l'OSINT quand la désinformation d'État en épouse les codes, et quand la factualité elle-même est attaquée de toutes parts ?Au programme :La grammaire visuelle de la véridiction : ce concept, emprunté à Foucault, désigne ces manières de discourir qui reprennent tous les codes de la vérité sans en être une.Boutcha, mars 2022 : des chaînes prorusses reprennent le montage, les flèches et les zooms d'une enquête du New York Times pour conclure à l'inverse — la désinformation n'imite plus seulement les faits, mais la forme de l'enquête.Les formes qui « disent le vrai » : images de smartphone pixelisées, vues satellite, timelines, fils rouges — des codes hérités de Forensic Architecture et diffusés par un petit écosystème de motion designers.Dark OSINT et para-OSINT : doxing, cartographies de cibles, vigilantisme d'un côté ; raisonnements de causalité erronés (chemtrails, QAnon, Loose Change) de l'autre — mêmes techniques, finalités opposées.L'OSINT, enfant de la démocratie libérale : presse libre, données ouvertes et réseaux non censurés en font une méthode asymétrique, plus praticable sur la France que sur la Russie, l'Iran ou la Chine.Défendre la factualité, penser le récit : de l'hôpital al-Ahli aux vidéos ludifiées de la communication stratégique, l'enjeu se déplace de la preuve vers le récit factuel.Ce que vous pourrez entendre :« C'est un peu pauvre de dire : "Ce n'est pas de l'OSINT parce que ce sont des méchants, et l'OSINT c'est les gentils." En fait, ce sont exactement les mêmes techniques. »« Ce qu'il faut sauver avec l'OSINT, c'est, d'une certaine manière, la démocratie libérale. »
36. Désinformation : anatomie d'une notion
01:05:42||Saison 1, Ep. 36Doctorant en sciences cognitives sociales à l'Institut Jean-Nicod, Grégoire Darcy publie La désinformation (Repères, La Découverte), une synthèse de dix ans de littérature scientifique sur le sujet. À rebours du discours ambiant, il refuse d'y voir un épiphénomène marginal autant qu'un instrument tout-puissant. Il décrit un phénomène statistiquement rare mais socialement concentré, qui prospère sur des vulnérabilités bien réelles.Darcy s'attache au cours de l'entretient à donner les chiffres de la prévalence réelle de la désinformation, à démonter l'idée que le faux circulerait toujours plus vite que le vrai, et à séparer des effets directs difficilement prouvés des effets indirects sur la confiance.Au programme :— Comment mesure-t-on réellement la prévalence de la désinformation, et pourquoi les sondages déclaratifs ne disent pas ce qu'on croit ?— Le faux circule-t-il vraiment six fois plus vite que le vrai ? Ce que l'étude Vosoughi (Science, 2018) établit, et ce que ses lecteurs lui ont fait dire.— Sommes-nous crédules ? Une méta-analyse sur plus de 190 000 individus suggère que nous péchons surtout par excès de scepticisme.— Pourquoi adhérer au faux peut être rationnel socialement, quand ça ne l'est pas épistémiquement.— Le cadrage dominant de la « crédulité » : pourquoi il est incomplet, et pourquoi il résiste aux données (étude Darcy & Altay sur les professionnels du secteur).— Que ferait Darcy avec 5 milliards d'euros sur cinq ans ? Une stratégie « en portefeuille » : fact-checking positif, refinancement de la presse régionale, observatoire interministériel.Ce que vous pourrez entendre :« Ce qui est irrationnel épistémiquement peut, en revanche, être rationnel socialement. »« On peut écoper par du fact-checking autant qu'on veut le bateau qui coule, mais il faut aussi colmater la brèche. »Retrouvez ici la bibliographie constituée par Grégroire Darcy
35. Cinq ans de Viginum: la veille a de l'avenir
31:57||Saison 1, Ep. 35Pour son forum annuel, Viginum a ouvert ses portes à celles et ceux dont le métier est de douter de l'État : journalistes, ONG, chercheurs, fact-checkers. Propagation(s) y était. Marc-Antoine Brillant, chef du service de lutte contre les ingérences numériques étrangères, dresse le bilan de cinq ans d'existence ; en marge, des praticiens du contre-jeu informationnel prolongent la conversation. L'angle : ce que dit cette ouverture du déplacement de la frontière entre menace étrangère et reprise domestique.Le mandat de Viginum s'arrête à ce qui vient de l'étranger. Mais un narratif forgé à Moscou ne s'arrête pas à cette frontière : il est repris, reformulé, blanchi par des acteurs nationaux que rien n'oblige à dire d'où ils tiennent leurs récits. Que met en place une démocratie pour traiter cet espace que personne n'occupe en propre, sans toucher à la liberté de la presse qu'elle prétend défendre ?Au programme :Viginum, cinq ans : bilan du service rattaché au SGDSN, placé sous l'autorité du Premier ministre, par son chef Marc-Antoine Brillant : six scrutins protégés, aucun épargné par des tentatives de déstabilisationLe mandat et sa frontière Le blanchiment des narratifs : comment des récits forgés à l'étranger sont relégitimés par des acteurs nationaux, dans un système médiatique concentré (Hervé Letoqueux, Check First, ancien chef des opérations de Viginum)La méthode OSINT : remonter les infrastructures —plutôt que vérifier les contenus, pour établir inauthenticité et extranéité et reprendre l'avance sur le narratifMédias, cibles et partenaires : usurpation d'identité, faux sites d'actualité (Doppelganger, Matriochka), conventions et formations conjointes avec les rédactions et écoles de journalismePlateformes et régulation : le défaut de diligence des réseaux sociaux, la convention VIGINUM-ARCOM et le levier du DSA (Léa Perruchon, Forbidden Stories ; William Audureau, Le Monde)2027 en ligne de mire : la stratégie nationale, l'approche « whole of society » scandinave et le citoyen comme premier rempartCe que vous pourrez entendre :« Pour eux, ces acteurs étrangers malveillants, la confiance est une cible. Pour nous, c'est notre trésor à défendre. » — Marc-Antoine Brillant« D'abord, il y a la récupération des narratifs étrangers par des acteurs et le blanchiment de ces narratifs par des acteurs nationaux. » — Hervé Letoqueux
34. L'IA générative, nouvel architecte de nos émotions ?
58:37||Saison 1, Ep. 34Nadia Guerouaou, docteur en neurosciences cognitives et psychologue clinicienne, a mené sa thèse à l'IRCAM, au CNRS et à Sorbonne Université sur les filtres vocaux émotionnels. Elle publie Notre cerveau sous influence aux éditions Eyrolles, une enquête systémique sur les IA génératives comme technologies affectives qui paramètrent en temps réel l'expression de nos émotions et reconfigurent le paysage moral de nos sociétés.Que devient la confiance lorsqu'un sourire se synthétise et qu'une voix se clone en quelques secondes d'audio ? Quels acteurs détiennent ces capacités de façonnement et selon quelle logique ? Et que reste-t-il de la délibération démocratique si nos affects, devenus paramétrables, se voient neutralisés au nom du bien-être collectif ?Au programme :Filtres vocaux émotionnels : du dispositif Emotion Cancelling Voice de SoftBank au Smart Face du chercheur japonais Shigeo Yoshida, ces technologies qui modifient en temps réel l'expression des émotions sur les visages et dans les voixIA-affectivité : le concept proposé par Nadia Guerouaou pour saisir la reconfiguration progressive de nos émotions et de notre paysage moral par la médiation des IA générativesThéorie des émotions construites : les travaux de la neuroscientifique Lisa Feldman Barrett qui défont l'idée d'émotions universelles et innées au profit d'une fabrique cérébrale ancrée dans nos environnementsHyperpersonnalisation affective : comment le profilage des données comportementales, des capteurs biométriques et des réseaux sociaux ouvre un terrain inédit aux opérations d'influence et aux deepfakes ciblésAI Action Plan de la Maison Blanche (juillet 2025) : la bataille culturelle pour définir la "neutralité" des LLM et la question, jamais innocente, de savoir qui encode les valeurs dans ces modèlesFailles de l'AI Act européen sur la reconnaissance émotionnelle : pourquoi l'autorisation de catégoriser une voix ouvre mécaniquement la voie à sa transformationDomestication émotionnelle et passions publiques : ce que la neutralisation algorithmique des affects, sous couvert de débat apaisé, coûterait à nos démocratiesCe que vous pourrez entendre :« Avec cette technologie-là, de plus en plus, on va déléguer à la fois l'expression, mais aussi l'interprétation, la reconnaissance émotionnelle. »« En appliquant ce mute algorithmique sur certains discours d'insatisfaction qui peuvent être véhiculés par de la colère, on se prive aussi de l'accès à des informations qui sont importantes pour notre société. »
33. Le trumpisme, une guerre contre le réel
01:05:30||Saison 1, Ep. 33Historienne spécialiste des États-Unis et chercheuse associée à l'Université Sorbonne Nouvelle (CREW), Maya Kandel suit le mouvement national-conservateur américain depuis 2016. Auteure d'Une première histoire du trumpisme (Gallimard, 2025) et de la série Les sombres mages de la Maison Blanche pour Mediapart, elle décortique l'appareil de propagande para-médiatique du second mandat Trump et la stratégie de pourrissement du débat public qui en constitue le moteur.Comment une administration en vient-elle à gouverner par memes, posts sur Truth Social et vidéos générées par IA ? Pourquoi la Maison Blanche s'est-elle muée en entreprise médiatique sélectionnant ses propres journalistes, effaçant 150 000 pages gouvernementales et licenciant les producteurs de statistiques officielles ? Que reste-t-il du réel quand un État en fait l'adversaire ?Au programme :L'expertise médiatique de Trump : 14 saisons de The Apprentice, codes de la téléréalité et maîtrise précoce des réseaux sociaux comme matrice politiqueLe trauma de la déplatformisation post-Capitole : naissance d'un écosystème parallèle (Truth Social, Rumble, X racheté par Musk) et instrumentalisation de la liberté d'expressionLa Maison Blanche comme média de combat : équipe de réactions rapides, vidéo « Riviera Gaza », codes de jeux vidéo appliqués à la frappe sur la frégate iranienneLes influenceurs au pouvoir : Kash Patel au FBI, Pete Hegseth au Pentagone, Jack Posobiec en mission diplomatique, Laura Loomer pilotant la purge du Conseil de sécurité nationaleLa fabrique d'une ignorance structurelle : effacement de bases de données fédérales, mise au pas des Smithsonian, casse des « thermomètres statistiques » (Bureau of Labor Statistics)Le soft power MAGA en Europe : hub hongrois d'Orbán, déclinaison du MNC à Bruxelles, importation des récits par Zemmour, Le Pen et les extrêmes droites européennesViginum, French Response, modèle brésilien : peut-on répondre sans s'aligner sur les armes de l'adversaire ?Ce que vous pourrez entendre :« Je pense qu'il y a vraiment une stratégie délibérée de pourrissement du débat public. (...) Là, oui, c'est une guerre contre le réel. »« Le grand succès du trumpisme, c'est de proposer une forme de synthèse des deux récits dominants qu'on a depuis l'après attentat du 11 septembre 2001 : ce récit civilisationniste (...) et du récit complotiste. »
32. Guerre des récits : la France contre-attaque
49:44||Saison 1, Ep. 32Marie-Doha Besancenot, conseillère en communication stratégique au cabinet du ministre Barrot et ex-secrétaire générale adjointe de l'OTAN pour la diplomatie publique, et Paul Charon, directeur du domaine renseignement, anticipation et stratégie d'influence à l'IRSEM et sinologue, incarnent deux postes d'observation rares. De l'immuabilité doctrinale otanienne à l'agilité réactive du Quai d'Orsay, ils interrogent une question qui traverse tout le podcast : qui fabrique les récits, et comment riposter sans les subir.Si le récit est le soubassement de presque toute opération d'influence, comment l'analyser pour mieux le démonter ? La narratologie peut-elle armer la contre-influence ? Et pourquoi le répertoire d'action chinois, massif et largement physique, échoue-t-il à Taïwan là où il prospère ailleurs ?Au programme :La Stratcom otanienne : un récit de la constance, adossé au traité de l'Atlantique Nord, dont la force et la limite résident dans son refus d'évoluer.Le pivot du Quai d'Orsay : création d'un poste de communication stratégique, importation de la planification militaire dans une culture diplomatique de la réaction à chaud.La greffe narratologique : Charon hybride Genette, théorie de la sérialité et narratologie factuelle (Fludernik, Ryan) pour comprendre des récits que le fact-checking ne suffit pas à neutraliser.French Response et les comptes de riposte : un modèle inspiré des dispositifs américains, où l'on répond à la provocation russe (comptes Dmitriev, Medvedev) par l'ironie plutôt que par le communiqué.Taïwan, laboratoire : l'entièreté du répertoire chinois observable en un lieu — fermes de contenu, réseaux d'anciens officiers, triades, temples — pour un résultat globalement inefficace, du dénigrement à la satire.L'influence invisible : pression économique, relais humains, autocensure (l'affaire Tibet/Xizang au musée Guimet), ces canaux classiques plus dommageables que le numérique.Ce qui manque en France : moyens, coordination interministérielle, et un développement de l'approche narratologique comme clé de lecture opérationnelle.Ce que vous pourrez entendre :« Avant, là où on allait argumenter directement, aujourd'hui, on raconte une histoire. »« C'est le seul endroit où on peut observer l'entièreté du répertoire d'action chinois. »
31. Saturer pour mieux régner : la nouvelle économie de la guerre informationnelle
52:03||Saison 1, Ep. 31Chloé Debiève a passé deux ans et demi au Centre interarmées de concepts, de doctrines et d'expérimentations (CICDE) à participer à la doctrine française d'influence et de lutte informationnelle. Désormais consultante, elle déchiffre ce qui se joue quand l'inondation de l'espace public devient une stratégie en soi, et non plus un simple effet de bord des plateformes. De la Roumanie à la Hongrie, des chaînes d'info en continu à TikTok, elle déplace le regard du « faux » vers le « trop ».L'enjeu n'est plus seulement la fake news qui circule, mais le milieu dans lequel elle trouve les bonnes conditions pour se propager. Comment lutter contre une manipulation qui ne s'appuie pas sur le mensonge, mais sur l'épuisement, la perte de repères et la confusion entre vrai et faux ? Et que reste-t-il de l'espace public habermassien à l'heure du flood the zone with shit ? Autant de passionnantes questions qu'on aborde avec elle.Au programme :Le cas roumain comme laboratoire : 27 000 comptes inauthentiques, une centaine d'influenceurs TikTok activés, et la première élection annulée pour ingérence numérique dans l'histoire de l'UEDoctrine et architecture française : du CICDE à Viginum, en passant par le SGDSN et le rapport Pouzyreff-Récalde sur la fonction stratégique influenceLa manipulation par le « trop » : pourquoi l'inondation informationnelle vise l'épuisement et la perte de repères plutôt que la convictionL'angle mort des chaînes d'info en continu : un vecteur de saturation aussi puissant que les plateformes, mais bien moins étudiéHyperpersonnalisation algorithmique vs médias de masse : le précédent néerlandais et le bras de fer engagé contre Meta pour rétablir le fil chronologiqueStratégie nationale 2026-2030, DSA, sanctions à 6 % du chiffre d'affaires : ce que l'architecture européenne peut faire et ce qu'elle ne pourra pasAu-delà de la lutte : pourquoi la réponse passe par l'accompagnement, l'éducation aux mécanismes (astroturfing, gaslighting, saturation) et la reconquête des espaces de débat hors-ligneCe que vous pourrez entendre :« C'est grâce au trop qu'on a le faux. »« On a créé des réseaux pour se rapprocher, on s'éloigne. »
30. Désinformation : la France a-t-elle enfin un plan de bataille ?
56:42||Saison 1, Ep. 30Anne-Sophie Dhiver, directrice adjointe de VIGINUM, et Jean Cattan, rapporteur de la Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l'information, viennent déchiffrer au micro (et à la caméra) le premier document de doctrine français sur les ingérences numériques étrangères. Une plongée dans un plan de bataille qui mise sur l'intelligence collective plutôt que sur la centralisation étatique.Comment l'État peut-il armer les citoyens face aux manipulations sans s'ingérer lui-même dans le débat démocratique ? Quels leviers structurels mobiliser quand la menace s'industrialise et se monétise ? Comment articuler souveraineté nationale et action distribuée ?Au programme :La fabrique d'une doctrine : 10 000 contributions citoyennes, consultation publique, travail interministériel inédit réunissant DGSE et Éducation nationale autour d'une même tableLes quatre critères de l'INE : extranéité, contenu trompeur, diffusion inauthentique, atteinte aux intérêts fondamentaux. Ce que Viginum traque, et ce qu'il ne traque pasLa pression narrative : importation en Europe d'une vision absolutiste de la liberté d'expression portée par la sphère Maga, instrumentalisée contre la régulation européenneL'économie de la manipulation : programmes de monétisation des plateformes, publicité programmatique, et émergence d'une interférence numérique étrangère à vocation lucrative: l'exemple de la vidéo IA burkinabée à 17 millions de vuesL'angle structurel : agir sur l'architecture des plateformes (interopérabilité verticale, algorithmes alternatifs) plutôt que sur les contenus, en s'appuyant sur le DMABâtir le capacitaire : Académie de lutte contre les manipulations chez VIGINUM (juin 2026), centre d'excellence IA, et logique distribuée inspirée des Cafés IACe que vous pourrez entendre :« Cette résilience nationale, c'est le prix à payer pour défendre notre souveraineté. » — Anne-Sophie Dhiver« On va intervenir sur la structure qui est très largement déterminante pour assurer la nature démocratique, ouverte, pluraliste des échanges. » — Jean Cattan
29. La propagande russe s'invite au JT : que révèle l'interview de Lavrov ?
58:50||Saison 1, Ep. 29Maxime Audinet, spécialiste de la politique étrangère de la Russie, Professeur junior et titulaire de la chaire dédiée aux stratégies d'influence et de contre-influence en contexte numérique à l'INALCO. Au-delà de la polémique, on se penche dessus en tant que cas d'école pour disséquer le fonctionnement de la propagande russe contemporaine et la porosité d'une partie de l'écosystème médiatique français à cette dernière.Pourquoi nos médias peinent-ils à équiper leurs dispositifs face à des propagandistes aguerris ? Comment un ministre des Affaires étrangères russe peut-il dérouler son récit stratégique à 20h sans contradiction suffisante ? Et que faire, dans une démocratie libérale, d'une parole propagandiste qui n'est pas, en tant que telle, interdite ?Au programme :Le trophée Lavrov : pourquoi accéder au JT de France 2, deuxième programme le plus regardé du pays, constitue l'un des principaux succès de la propagande russe en France ces dernières annéesL'arsenalisation du relativisme : au-delà des mensonges grossiers, le whataboutism hérité de la rhétorique soviétique comme procédé central du discours de Lavrov et ZakharovaLa comparaision Deranque / Navalny : l'équivalence manipulatoire qui révèle une connaissance fine des écosystèmes locaux et leur instrumentalisation dans des récits stratégiques adaptésTrois facteurs de porosité médiatique : déficit de contextualisation lié à la temporalité de l'info continue, convergences idéologiques (écosystème Bolloré, recrutement des anciens de RT France), fascination française pour les « éminences grises » russesRécits stratégiques vs désinformation : pourquoi se concentrer uniquement sur les fake news occulte le cœur du dispositif: la production d'histoires à forte élasticité discursive (conservatrice en Europe, anticoloniale dans les Suds)Le paradoxe sécuritaire français : un des meilleurs dispositifs européens de détection des ingérences numériques coexiste avec des brèches béantes dans l'espace audiovisuel domestiqueLe chantier de la contre-influence : sortir du paradigme purement défensif pour investir le terrain des récits sans trahir les principes de la démocratie libéraleCe que vous pourrez entendre :« Ce n'est pas simplement de la désinformation au sens classique du terme. C'est aussi une forme de relativisme arsenalisé. Et c'est précisément pour ça que c'est difficile à déconstruire en direct dans le format d'un JT. »« On a l'impression que d'un côté il y a quelque chose de très sophistiqué qui est fait, et puis de l'autre il y a des brèches énormes. »