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Celles qui portent l'Afrique
« Exercer son “agency”, c’est exister, dans la joie »
« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.
Kathryn Nkechinyelu Nwajiaku-Dahou retrace un parcours façonné par les circulations, les mémoires et un attachement profond au continent africain.
Directrice du programme Politics and Governance dans un think tank britannique, poete et écrivaine également, Kathryn Nwajiaku-Dahou retrace un parcours façonné par les circulations, les mémoires et un attachement profond au continent africain.
Née en Écosse et marquée très jeune par le Nigeria de l’après-guerre du Biafra , pays de naissance de ses parents où elle se rendait fréquemment, elle raconte comment des figures féminines fortes, au sein de sa famille comme dans son entourage, ont nourri sa vision du politique. Une voisine journaliste à Lagos, symbole de modernité et de courage, devient un repère durable et l’amène à s’intéresser aux rapports entre pouvoir, identité et trajectoires féminines au Nigéria, jusqu’à consacrer une partie de sa recherche doctorale au Nigeria.
Dans cet épisode, Kathryn interroge les récits dominants sur les femmes africaines, souvent réduites à des figures à « autonomiser ». Elle défend une approche attentive aux contextes, aux institutions locales et à l’agency des femmes, déjà actrices politiques à part entière. Plus que libérer la parole, elle insiste sur le fait d’avoir « voix au chapitre », ce droit qui permet de peser réellement sur les décisions économiques, sociales et politiques.
Une réflexion dense et sensible, qui invite à penser les luttes féminines comme un élément central des dynamiques politiques africaines et d’un horizon d’autonomie collective.
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12. “J’ai toujours eu à me battre pour être ce que je suis”
22:05||Ep. 12« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.Tenir debout, pour soi et pour les autres — Annick Adopo AkoffiAnnick Adopo Akoffi est maître assistant en droit public à l’université Félix Houphouët-Boigny. Elle est mère de trois enfants, deux garçons et une fille. Elle aime lire. Beaucoup. Les bouquineries sont pour elle des refuges. Le droit, bien sûr, mais aussi les romans, les bandes dessinées. La lecture comme respiration. Comme exutoire.Sa vie est marquée par trois moments fondateurs.Le premier, c’est la naissance de son fils aîné, en décembre 2006. Pendant la grossesse, on lui annonce un risque élevé de trisomie. Les examens inquiètent. Elle est seule aux consultations. Pas encore mariée légalement. Son père désapprouve la grossesse. La pression est immense. Le jour de l’accouchement, elle n’a même pas préparé de valise. Une seule question l’obsède : “Est-ce qu’il est normal ?”Quand le médecin lui dit que l’enfant est en parfaite santé, elle parle d’un soulagement presque irréel. Ce fils devient celui qui l’a “rendue maman”. Une relation particulière, née dans la peur et la délivrance.Le deuxième moment, c’est la soutenance de thèse, en juin 2012. Là encore, la solitude. Elle pense à sa fille de trois mois laissée à Abidjan pendant plus de deux ans, à son compagnon, à sa mère qui l’appelait chaque soir, à son père avec qui les relations étaient tendues. Lorsque le jury annonce la fin, elle pleure. Pas seulement de joie. De libération. Quatre années de sacrifices prennent fin.Le troisième moment, c’est la mort de son père. Une disparition brutale, avant la réconciliation. Et soudain, la responsabilité. Elle devient le pilier. S’occuper des frères, préserver l’image et l’unité de la famille. Être forte, même quand on vacille.Elle dit une chose essentielle : ce n’est pas le combat en lui-même qui forge, mais la capacité à trouver des ressources pour le traverser. Rien n’a été simple. Tout a demandé des efforts. Mais elle n’aime pas dramatiser. Elle avance.À l’université, sa sensibilité la pousse vers les étudiants les plus vulnérables. Elle a vu l’évolution des conditions de vie. Des étudiants dorment aujourd’hui dans les salles de classe, devant les bureaux. Deux attitudes sont possibles : ignorer ou s’arrêter. Elle choisit de s’arrêter. Dire bonjour. Demander pourquoi ils dorment là. S’assurer qu’ils vont bien. Pour elle, ce sont de “petits détails”. Pour eux, c’est une reconnaissance.Deux combats lui tiennent particulièrement à cœur.L’alphabétisation, d’abord. Notamment celle des jeunes femmes employées comme aides domestiques, souvent incapables de lire une ordonnance ou de reconnaître l’heure d’un médicament. Elle a dû inventer des stratagèmes pour que la nounou de ses enfants asthmatiques puisse administrer les traitements correctement. Pour elle, savoir lire et écrire est la base de toute dignité.Ensuite, l’identification civile. Trop de jeunes femmes arrivent en ville sans acte de naissance, sans papiers. Invisibles administrativement. Elle accompagne, conseille, oriente. Parce qu’exister juridiquement, c’est exister socialement.Annick ne se définit pas par un féminisme revendiqué comme slogan. Elle parle d’humanité. D’attention à l’autre. De responsabilité. Elle avance avec cette conviction simple : on ne choisit pas toujours les épreuves, mais on peut choisir la manière de les traverser et la manière d’aider ceux qui marchent à côté.
11. "You must never take anything for granted whent it comes to women's rights"
27:51||Ep. 11« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.Dignité, transformation intérieure et pouvoir d’agir », Doris Ngum raconte un retour décisif au Cameroun, guidé par une conviction profonde : le changement commence de l’intérieur.Comptable de formation et activiste communautaire par vocation, Doris Ngum raconte un retour décisif au Cameroun, guidé par une conviction profonde : le changement commence de l’intérieur.Dans cet épisode, elle revient sur son enfance dans une communauté rurale anglophone marquée par la pauvreté, les violences et le décrochage scolaire, puis sur le tournant de sa vie au Royaume-Uni, lorsqu’elle comprend que la crise la plus profonde n’est pas matérielle mais identitaire.Doris partage comment elle a choisi de rentrer pour agir : restaurer la dignité des femmes, soutenir les mères célibataires, scolariser les enfants, former à l’entrepreneuriat et créer des alternatives concrètes à la survie, notamment à travers la production locale de protections menstruelles réutilisables.Un témoignage fort sur un féminisme enraciné, spirituel et pragmatique, qui affirme une chose essentielle : nous sommes les auteurs de notre propre destinée.
10. « Il faut donner des responsabilités et du pouvoir aux femmes dans les chefferies traditionnelles »
29:32||Ep. 10« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.Traditions, chefferies et pouvoir d’agir :Françoise Baba Mbala raconte un engagement pertinent, patiemment construit au cœur de la gouvernance traditionnelle dans les chefferies séculaires des régions septentrionales du Cameroun.Camerounaise, mère de famille et présidente de l’ONG AFFADA depuis vingt- ans, elle retrace un parcours marqué par une implication constante en faveur de l’intégration des femmes dans les sphères décisionnelles communautaires.Dans cet épisode, elle explique pourquoi la promotion et l’expression effective des droits des femmes, ainsi que leur épanouissement au niveau local, passent inexorablement par leur intégration dans les circuits de prise de décisions communautaires. Plutôt que l’affrontement, elle a fait le choix du dialogue et de la persuasion : convaincre les chefs et les notables — traditionnellement masculins — d’intégrer des femmes dans leurs cours, de leur attribuer un titre, une fonction, des attributs officiels, une voix, une légitimité et une reconnaissance formelle.Cette reconnaissance s’est traduite par l’intronisation publique et solennelle de femmes notables, en considération des services rendus à leurs communautés.Résultat : 300 femmes notables siègent aujourd’hui dans les cours de 19 chefferies traditionnelles des régions septentrionales du Cameroun.Françoise revient également sur son parcours personnel, indissociable de son engagement : une histoire familiale marquée par les mariages precoces et arrangés, les violences subies par sa mère et le poids des traditions, mais aussi par une conviction forgée avec le temps — le changement passe par l’éducation, le plaidoyer, la médiation et des alliances construites de l’intérieur.Un épisode précieux qui met en lumière une féminité et un féminisme africains positifs, pragmatiques stratégiques et profondément enracinés dans les réalités locales, en résonance avec le vécu quotidien, les us et coutumes de ces communautés.
11. "Toute guerre se fait contre les enfants"
22:52||Ep. 11« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.Enfance, guerre et résilience », Vanessa Byaombe Kilandji raconte un engagement forgé dans une enfance marquée par la guerre, les déplacements forcés et la perte de protection.Directrice d’un centre culturel près de Goma, dans le Nord-Kivu, Vanessa Byaombe Kilandji est aussi militante pour les droits des enfants et membre du Parlement d’enfants. Son engagement prend racine dans une enfance marquée par les déplacements forcés, les camps de réfugiés et une guerre qui, dit-elle, ne l’a jamais quittée.Dans cet épisode, elle raconte l’impact profond des conflits à l’est de la RDC sur les femmes et surtout sur les enfants : faim, malnutrition, déscolarisation, séparation des familles, survie à tout prix. Des enfants qui basculent dans l’errance et perdent toute protection. Pour Vanessa, la guerre est d’abord et avant tout une violence faite à l’enfance.Elle partage aussi un combat plus intime , celui de la timidité et du manque de confiance en soi , et la manière dont l’engagement collectif lui a permis de prendre la parole, d’agir et de croire à nouveau en l’avenir. Du bénévolat au Parlement d’enfants jusqu’à des responsabilités de représentation, elle raconte une reconstruction progressive, personnelle et politique.Portée par l’héritage de Patrice Lumumba, elle défend un espoir tenace : si l’Afrique veut guérir, cela commence par la garantie des droits des enfants, y compris et surtout en temps de guerre.
8. “Ma mère me disait de rêver grand ”
19:45||Ep. 8« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.Hériter d’une lutte, refuser la limite — Chantal Lape HiagChantal Lape Hiag est Camerounaise, originaire de la région du Centre. Elle insiste sur cette origine parce que tout commence là. Son engagement est intimement lié à l’histoire de sa mère.Mariée de force à 14 ans, privée d’éducation, battue, abandonnée, sa mère a grandi dans la discrimination. Elle travaillait pour payer les études de ses frères. Elle n’a jamais eu droit à l’école comme eux. Pourtant, chaque soir, après son petit commerce, elle répétait à ses filles qu’elles devaient aller loin. Faire des études. Ne pas reproduire sa trajectoire. Ne pas subir les mêmes violences.Chantal en a fait un serment. Aller “aussi loin que possible” pour elle.Choisir la science politique au Cameroun n’était pas neutre. Discipline perçue comme masculine, territoire réservé. Les discriminations apparaissent souvent après le master. On vous tolère, puis on vous rappelle votre “place”. On doute de votre compétence. On vous renvoie à votre genre. Elle a dû faire plus. Toujours plus.Son défi le plus marquant reste celui de sa soutenance. Elle accouche la veille de défendre sa thèse. On lui suggère de reporter. Elle refuse. Le lendemain matin, sortie de l’hôpital, elle soutient. Puis elle retourne chercher son bébé. Pour elle, il était hors de question que la maternité soit interprétée comme une faiblesse. Cet acte a marqué les esprits. Au moment du recrutement, on a reconnu que les femmes pouvaient aussi apporter une contribution pleine et entière aux sciences politiques.Elle évoque aussi la disparition de sa mère, six mois après son inscription en thèse. Un vide immense. Mais aussi une responsabilité : faire vivre son rêve à travers son propre parcours.Aujourd’hui, elle dirige une unité à l’Institut des relations internationales et accompagne de jeunes étudiantes, notamment venues du Tchad ou d’autres pays de la sous-région. Beaucoup lui confient leurs peurs. Le mariage attendu. L’horloge biologique. L’idée que poursuivre des études serait “perdre du temps”. Elle leur répond par son propre exemple. Mère de trois enfants, dont un gravement malade, elle enseigne, encadre, écrit, milite. Elle leur répète que tout est question d’organisation et de volonté. Rien n’est “naturellement” réservé aux hommes.Elle travaille aussi sur la diplomatie camerounaise et les inégalités de genre dans les postes de souveraineté. Les chiffres parlent. Les femmes sont minoritaires, et encore plus absentes des postes stratégiques. Elle pousse ses étudiants à penser une diplomatie sensible au genre, à documenter les écarts, à produire des données, à faire parler les faits.Deux figures l’ont profondément marquée. Sa mère, d’abord. Source première de sa force. Et son directeur, le professeur Alain Fogué, défenseur des libertés, emprisonné pour ses positions politiques et ses marches pacifiques. Il lui a appris que rien n’est acquis, que la lutte doit être ferme mais pacifique, que poser ses idées clairement est déjà un acte de résistance.Son rêve est simple et immense. Un monde où les femmes ne sont plus limitées par des constructions sociales. Un espace académique et politique où leur compétence n’est plus mise en doute. Un avenir où rêver grand ne sera plus un acte de défi, mais une évidence.
7. « Ce ne sont pas les résultats qui racontent les luttes, mais les processus qui les rendent possibles. »
21:43||Ep. 7« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.Raconter les luttes invisibles : avec Oumaïma JmadOumaima Jmad est docteure en sociologie, diplômée de la faculté des lettres et des sciences humaines Aïn Chock à Casablanca. Sa thèse porte sur les modes de vie et les trajectoires après la fermeture des mines au Maroc. Elle s’intéresse notamment à la place des femmes restées dans les villages miniers : juridiquement exclues du travail minier, mais pourtant actives dans des formes d’économie informelle invisibilisées par les statistiques et les récits dominants de l’économie.Son engagement féministe se situe à la croisée de l’expérience personnelle et du travail de terrain. Élevée par sa mère et sa grand-mère, elle grandit dans un univers où la présence des femmes dans l’espace public comme dans l’espace domestique constitue une évidence. Ce vécu nourrit une sensibilité précoce aux rapports de domination, qui se transforme progressivement en conscience politique.Le mouvement du 20 février en 2011 marque également sa génération. Le courage et la mobilisation des jeunes de l’époque nourrissent sa réflexion politique et l’encouragent à s’orienter vers les études de genre. Elle mène notamment une immersion en tant qu’hôtesse de l’air afin de documenter les discriminations vécues par le personnel navigant commercial féminin, un travail qui inspirera par la suite la réalisation de l’ouvrage collectif Travailleuses invisibles, les métiers de la discrimination au Maroc.Ses recherches croisent les questions de genre, de classe, de territoire et de pouvoir. Elle a notamment étudié les effets sociaux du complexe solaire Noor-Ouarzazate à partir d’une perspective écoféministe. Dans un autre registre, elle a également travaillé sur la traite de femmes ivoiriennes au Maroc. Pour documenter ce phénomène et les violences institutionnelles, sexuelles et raciales qui l’accompagnent, elle choisit une forme originale : la bande dessinée, à la frontière entre recherche, action et création.Oumaima Jmad revendique une approche intersectionnelle attentive aux rapports de domination qui structurent les sociétés. En tant que femme d’origine amazighe, elle interroge également les hiérarchies internes aux espaces militants, ainsi que les tensions autour de la langue, de l’identité et des agendas institutionnels.Face aux contraintes politiques, une forme d’autocensure s’installe, mais elle ouvre aussi la voie à des stratégies créatives d’adaptation. Elle coordonne notamment le Parlement parallèle des étudiants pour l’égalité, porté par l’AMDF, et mobilise différentes approches pour sensibiliser sans exposer.Malgré les lenteurs, les tensions et les doutes, elle continue, convaincue que si l’espoir a changé de forme, il demeure une force capable d’animer les luttes.
6. “ Avant, se faire battre, c’était normal. Aujourd’hui, les choses ont changé”
19:08||Ep. 6« Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.Terre, dignité et héritage — avec Toba Moidjra YvonneMilitante des droits humains et coordinatrice du mouvement citoyen Nouveaux Codes d’Ivoire, Yvonne Toba ancre son combat dans une histoire intime. Enfant élevée par une mère seule, humiliée dans son village pour l’absence de père, elle grandit avec une révolte profonde. Dans sa communauté, les femmes n’ont pas droit à la terre. Cette injustice devient son moteur.Dans cet épisode, elle raconte comment elle s’est battue pour faire reconnaître le droit foncier des femmes. Si la loi ivoirienne existe, son application reste fragile face aux résistances culturelles et coutumières. Yvonne choisit alors le plaidoyer, la négociation et la formation. Convaincre les chefs traditionnels, travailler avec les communautés, démontrer l’impact économique de l’accès des femmes à la terre.Elle évoque aussi les expropriations massives, l’accaparement des terres par des multinationales ou des intérêts politiques, et ces villages déplacés sans consultation. Pour elle, défendre la terre, c’est défendre la dignité et la survie des communautés.Son combat a déjà porté des fruits. Des projets pilotes ont permis à des femmes d’obtenir des parcelles, de développer des activités agricoles et de devenir économiquement autonomes. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes osent revendiquer leurs droits.Yvonne élève seule son fils et revendique cette fierté. Elle porte en elle l’héritage d’une mère courageuse qui, malgré les humiliations, a choisi d’investir dans l’éducation de ses filles pour briser le cycle.Son rêve est clair : un monde où femmes et hommes auront les mêmes droits, les mêmes opportunités, la même reconnaissance. Et où les femmes seront pleinement actrices du changement, en Côte d’Ivoire et au-delà.
5. "Je me bats pour une meilleure représentativité des femmes dans la gouvernance sécuritaire"
30:20||Ep. 5« Je me bats pour une meilleure représentativité des femmes dans la gouvernance sécuritaire »Nana Alassane Touré est originaire du Mali, à la croisée du centre et du nord. Issue de la société civile, elle préside l’ONG SAGOPS, engagée pour la justice, la gouvernance, la paix et la sécurité. Son engagement n’est pas né d’un événement précis, mais plutôt du quotidien. Dans un contexte où les violations des droits des femmes et des filles sont si fréquentes qu’elles finissent par sembler normales, s’engager devient presque une évidence.Elle parle aussi depuis une expérience personnelle. Celle d’une femme qui a eu la « chance » d’aller à l’école jusqu’à l’université, quand tant d’autres filles autour d’elle ont dû arrêter leurs études pour un mariage précoce, pour soutenir leur famille ou à cause de la fermeture des écoles liée aux crises. Elle décrit une réalité simple et brutale : moins d’école, c’est moins d’options, moins d’autonomie, et très vite une vie qui se rétrécit.Dans son travail, Nana insiste sur un point essentiel : la sécurité ne peut pas rester un domaine exclusivement masculin, limité aux frontières et aux équipements militaires. Elle défend une vision plus large, celle de la sécurité humaine. Une sécurité qui touche à la dignité : l’accès à l’éducation, à la santé, à un logement décent, la liberté de se déplacer sans danger, l’accès aux droits sexuels et reproductifs, et la protection contre les violences, y compris le viol en période de conflit. Autant d’aspects qui restent encore trop souvent absents des discussions officielles sur la sécurité, faute d’être portés par des femmes dans les espaces de décision.C’est là que se situe son combat central : faire entrer davantage de femmes dans la gouvernance sécuritaire. Dans les mécanismes liés aux processus de paix, dans les commissions nationales sur la réforme du secteur de la sécurité, le désarmement ou la justice transitionnelle, leur présence demeure marginale. Pourtant, quand les femmes ne sont pas là, leurs besoins spécifiques disparaissent des priorités. On parle de sécurité, mais on oublie ce qu’elle signifie pour celles qui n’ont pas accès à la contraception, pour celles qui ne peuvent pas poursuivre leurs études, ou pour celles qui vivent avec la peur constante des violences.Avec d’autres acteurs engagés, Nana a franchi un cap : passer de la recherche à l’action. La création de SAGOPS (sahélienne pour la justice, la gouvernance, la paix et la sécurité) s’inscrit dans cette dynamique, avec des actions concrètes de sensibilisation, de plaidoyer, de communication et d’enquête. Dans cette dynamique, l’organisation met actuellement en œuvre un projet structurant intitulé « Initiative d’amélioration de la gouvernance locale sous le leadership des femmes et des jeunes pour la paix et la sécurité au Sahel ». À travers cette initiative, SAGOPS accompagne concrètement des femmes et des jeunes pour qu’ils prennent leur place dans les espaces locaux de décision, notamment sur les questions de prévention des conflits, de cohésion sociale et de sécurité communautaire.L’idée est simple mais essentielle : celles et ceux qui vivent l’insécurité au quotidien doivent pouvoir participer à la construction des réponses et influencer les politiques locales. L’organisation porte également des projets de suivi des violences sexuelles liées aux conflits dans la zone des trois frontières, ainsi que des monitorings périodiques des besoins sécuritaires des femmes et des jeunes dans les zones affectées par l’insécurité.Elle le dit sans détour : écrire ne suffit pas, surtout dans un contexte où beaucoup de femmes n’ont pas eu accès à l’école. Il faut des formats qui circulent, qui parlent directement aux communautés. C’est dans cette logique qu’elle a fait le choix d’utiliser TikTok. Parce qu’on peut y parler sans écrire, et parce que les échanges y sont plus directs, plus ancrés dans le vécu.