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Entre Nos Lignes

La capsule sonore, littéraire et féministe du site Les Missives

Entre nos lignes, c’est le podcast du site de critiques de livres Les Missives. C'est une capsule sonore et littéraire pour dénicher de nouvelles lectures et repérer les ouvrages qui comptent.Ce sont quelques lignes d’un
Dernier Épisode7/17/2021

Judith Aquien, Trois Mois Sous Silence

Saison 2, Ép. 27
Une fois de plus, l'intime est politique. Et questionner ce silence attendu qui entoure les trois premiers mois de la grossesse (que ce soit par superstition, convenance ou réelle envie), c'est finalement aussi s'attaquer à un tabou systémique et à une nouvelle injonction faite aux femmes. Avant ma grossesse, je ne m'étais jamais interrogée sur cette "règle" tacite. Mais, ne pas en parler, c'est en fait encore faire reposer une charge mentale sur les femmes qui devront gérer leur tristesse, leur état, seules et sans pouvoir l'expliquer au travail ou dans leur quotidien. En France, on estime à 20000 environ le nombre de fausses couches chaque année. Ce risque pèse de tout son poids tout au long du fameux premier trimestre. La preuve, ce n’est qu’à la fin de ces trois mois, qu’on se verra décerner un certificat de grossesse. Pourquoi ? Une grossesse dure 9 mois. Pourquoi se taire et faire comme si ces trois mois ne comptaient pas. Personnellement, pendant ces 3 mois, j'ai éprouvé une excitation intense en voyant le résultat du test, puis la peur de l'inconnu et de l'arrêt de la grossesse justement, une envie de vomir aussi fréquente que mon envie de fumer (du moins au début, après ça m'a dégoûtée) et je me suis même parfois privée de sorties le premier mois pour ne rien dévoiler. Et puis, pour certain.e.s proches, nous n'avons pas respecté le délai et avons annoncé la nouvelle à 6 semaines. Et j'ai été soulagée. Parce que, de toute façon, si ça ne se passait pas bien, j'aurais envie de partager cela avec les gens qui me sont chers. Alors bravo à Judith Aquien de participer à libérer vraiment la parole en la portant haut et fort, hors d'un cercle restreint, avec ce livre manifeste. Témoignages, chiffres, retour sur les mythes fondateurs de notre société, analyse du sexisme au travail ou dans le monde médical, le texte est facile à lire, pertinent et important. En plus, il est magnifiquement préfacé par Camille Froidevaux-Metterie.
7/17/2021

Judith Aquien, Trois Mois Sous Silence

Saison 2, Ép. 27
Une fois de plus, l'intime est politique. Et questionner ce silence attendu qui entoure les trois premiers mois de la grossesse (que ce soit par superstition, convenance ou réelle envie), c'est finalement aussi s'attaquer à un tabou systémique et à une nouvelle injonction faite aux femmes. Avant ma grossesse, je ne m'étais jamais interrogée sur cette "règle" tacite. Mais, ne pas en parler, c'est en fait encore faire reposer une charge mentale sur les femmes qui devront gérer leur tristesse, leur état, seules et sans pouvoir l'expliquer au travail ou dans leur quotidien. En France, on estime à 20000 environ le nombre de fausses couches chaque année. Ce risque pèse de tout son poids tout au long du fameux premier trimestre. La preuve, ce n’est qu’à la fin de ces trois mois, qu’on se verra décerner un certificat de grossesse. Pourquoi ? Une grossesse dure 9 mois. Pourquoi se taire et faire comme si ces trois mois ne comptaient pas. Personnellement, pendant ces 3 mois, j'ai éprouvé une excitation intense en voyant le résultat du test, puis la peur de l'inconnu et de l'arrêt de la grossesse justement, une envie de vomir aussi fréquente que mon envie de fumer (du moins au début, après ça m'a dégoûtée) et je me suis même parfois privée de sorties le premier mois pour ne rien dévoiler. Et puis, pour certain.e.s proches, nous n'avons pas respecté le délai et avons annoncé la nouvelle à 6 semaines. Et j'ai été soulagée. Parce que, de toute façon, si ça ne se passait pas bien, j'aurais envie de partager cela avec les gens qui me sont chers. Alors bravo à Judith Aquien de participer à libérer vraiment la parole en la portant haut et fort, hors d'un cercle restreint, avec ce livre manifeste. Témoignages, chiffres, retour sur les mythes fondateurs de notre société, analyse du sexisme au travail ou dans le monde médical, le texte est facile à lire, pertinent et important. En plus, il est magnifiquement préfacé par Camille Froidevaux-Metterie.
5/5/2021

Maya Angelou, Lettre à ma fille

Saison 2, Ép. 24
Difficile de ne choisir que quelques lignes de ce livre tellement inspirant, juste et rempli de tolérance.Ces quelques lignes ont fait écho en moi, et à l’actualité de ces derniers temps. J’ai pensé aux réseaux sociaux, aux affaires et aux hommes politiques récemment condamnés ou accusés, au devoir d’exemplarité, à Darmanin Démission que l’on dira autant qu’il le faudra. Et voilà.Maya Angelou, pilier de la littérature américaine est écrivaine, dramaturge, poète, actrice, professeure, militante pour l’égalité des droits (elle a cotoyé Martin Luther King ou encore James Baldwin). Écrit en 2008 (elle est morte en 2014),Lettre à ma filles’adresse à la fille qu’elle n’a pas eue, et finalement surtout, à nous toutes.Le texte est simple, découpé en 28 courts chapitres et autant d’anecdotes, de tranches de vie, parfois dures, parfois drôles, toujours affutées et nécessaires qui invitent à s’élever, à rebondir et à défendre ses convictions.Vingt-huit chapitres comme un chemin de vie et de combats. Celui d’une femme forte, féministe, fière de ses choix, qui ne s’est jamais départie de cette farouche détermination à croire au monde des possibles et à s’autodéfinir sans laisser de prise aux déterminismes. Beaucoup de sujets sont abordés comme la condition des noirs aux États-Unis, le racisme, la violence, le sexisme, la maternité à l’adolescence, le viol, l’ouverture au monde et aux autres, la politique, la poésie, le pouvoir d’un sourire…Pas de grand discours et pourtant, chaque histoire est presque un conseil, une feuille de route qui donne à réfléchir.Son écriture est belle, pleine de douceur et de mélancolie mais elle donne pourtant envie de se battre pour ses idéaux avec intransigeance. L’un de ces poèmes ne dit pas autre chose «Agissez […] Et gardez bien à l’esprit qu’un seule personne bien intentionnée, peut constituer la majorité […], vous êtes prêts, sortez et transformez le monde».(Bon, il y avait cette phrase aussi : «tu ne peux pas contrôler tous les évènements qui t’arrivent mais tu peux décider de ne pas être réduite à eux»)
5/4/2021

Judith Duportail, L'Amour sous Algorithme

Saison 2, Ép. 21
Cet extrait parle algorithmes et réseaux sociaux. Etfinalement de comment tout ça encourage le fameux syndrome FOMO (de l’anglais :fear of missing out, «peur de rater quelque chose»). On (se) compare, on zappe, on scroll favorisant partout une forme de consumérisme des échanges et des relations humainesSans oublier que nos données sont utilisées et vendues. Et puis, la question de l’algorithme revient d’ailleurs régulièrement sur Instagram, de la façon dont il invisibilise certains contenus.Judith Duportail est journaliste. Et célibataire. Elle a testé Tinder tout en essayant de comprendre le fonctionnement de cette énorme entreprise (Tinder est l’une des applications les plus rentables au monde derrière Netflix et Spotify ; ses créateurs se démènent donc plus à gagner beaucoup d’argent qu’à nous trouver l’âme sœur). Ella a décortiqué le système de matching de l’application et ses brevets (d’ailleurs l’autrice a réussi à obtenir ses 800 pages de données personnelles conservées par le sitepour étudier son profil, en vertu de la loi européenne sur la protection des données)et c’est captivant !On y comprend notamment le fonctionnement des algorithmes de sélection des rencontres qui est basé sur un sexisme rétrograde (pour résumer : un homme mature, avec un bon revenu, aura un bon score. Sa rencontre avec des femmes jeunes et moins éduquées sera encouragée par l’algorithme. En revanche, une femme éduquée, qui gagne bien sa vie, aura un score de désirabilité bas. Oui, comme pour d’autres sujets ce qui est un bonus pour les hommes devient un malus pour les femmes…).L’Amour sous algorithme met donc en lumière les problèmes de nombreuses applications : collecte et revente de données, dépendance, sélection des profils selon des critères douteux, notation des utilisateurs… Et non, pas besoin d’être dans Black Mirror ! Un essai à la croisée du journal intime, fluide, limpide, passionnant et facile à lire.