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Entre Nos Lignes

La capsule sonore, littéraire et féministe du site Les Missives

Entre nos lignes, c’est le podcast du site de critiques de livres Les Missives. C'est une capsule sonore et littéraire pour dénicher de nouvelles lectures et repérer les ouvrages qui comptent.Ce sont quelques lignes d’un
5/5/2021

Maya Angelou, Lettre à ma fille

Saison 2, Ép. 24
Difficile de ne choisir que quelques lignes de ce livre tellement inspirant, juste et rempli de tolérance.Ces quelques lignes ont fait écho en moi, et à l’actualité de ces derniers temps. J’ai pensé aux réseaux sociaux, aux affaires et aux hommes politiques récemment condamnés ou accusés, au devoir d’exemplarité, à Darmanin Démission que l’on dira autant qu’il le faudra. Et voilà.Maya Angelou, pilier de la littérature américaine est écrivaine, dramaturge, poète, actrice, professeure, militante pour l’égalité des droits (elle a cotoyé Martin Luther King ou encore James Baldwin). Écrit en 2008 (elle est morte en 2014),Lettre à ma filles’adresse à la fille qu’elle n’a pas eue, et finalement surtout, à nous toutes.Le texte est simple, découpé en 28 courts chapitres et autant d’anecdotes, de tranches de vie, parfois dures, parfois drôles, toujours affutées et nécessaires qui invitent à s’élever, à rebondir et à défendre ses convictions.Vingt-huit chapitres comme un chemin de vie et de combats. Celui d’une femme forte, féministe, fière de ses choix, qui ne s’est jamais départie de cette farouche détermination à croire au monde des possibles et à s’autodéfinir sans laisser de prise aux déterminismes. Beaucoup de sujets sont abordés comme la condition des noirs aux États-Unis, le racisme, la violence, le sexisme, la maternité à l’adolescence, le viol, l’ouverture au monde et aux autres, la politique, la poésie, le pouvoir d’un sourire…Pas de grand discours et pourtant, chaque histoire est presque un conseil, une feuille de route qui donne à réfléchir.Son écriture est belle, pleine de douceur et de mélancolie mais elle donne pourtant envie de se battre pour ses idéaux avec intransigeance. L’un de ces poèmes ne dit pas autre chose «Agissez […] Et gardez bien à l’esprit qu’un seule personne bien intentionnée, peut constituer la majorité […], vous êtes prêts, sortez et transformez le monde».(Bon, il y avait cette phrase aussi : «tu ne peux pas contrôler tous les évènements qui t’arrivent mais tu peux décider de ne pas être réduite à eux»)
5/4/2021

Judith Duportail, L'Amour sous Algorithme

Saison 2, Ép. 21
Cet extrait parle algorithmes et réseaux sociaux. Etfinalement de comment tout ça encourage le fameux syndrome FOMO (de l’anglais :fear of missing out, «peur de rater quelque chose»). On (se) compare, on zappe, on scroll favorisant partout une forme de consumérisme des échanges et des relations humainesSans oublier que nos données sont utilisées et vendues. Et puis, la question de l’algorithme revient d’ailleurs régulièrement sur Instagram, de la façon dont il invisibilise certains contenus.Judith Duportail est journaliste. Et célibataire. Elle a testé Tinder tout en essayant de comprendre le fonctionnement de cette énorme entreprise (Tinder est l’une des applications les plus rentables au monde derrière Netflix et Spotify ; ses créateurs se démènent donc plus à gagner beaucoup d’argent qu’à nous trouver l’âme sœur). Ella a décortiqué le système de matching de l’application et ses brevets (d’ailleurs l’autrice a réussi à obtenir ses 800 pages de données personnelles conservées par le sitepour étudier son profil, en vertu de la loi européenne sur la protection des données)et c’est captivant !On y comprend notamment le fonctionnement des algorithmes de sélection des rencontres qui est basé sur un sexisme rétrograde (pour résumer : un homme mature, avec un bon revenu, aura un bon score. Sa rencontre avec des femmes jeunes et moins éduquées sera encouragée par l’algorithme. En revanche, une femme éduquée, qui gagne bien sa vie, aura un score de désirabilité bas. Oui, comme pour d’autres sujets ce qui est un bonus pour les hommes devient un malus pour les femmes…).L’Amour sous algorithme met donc en lumière les problèmes de nombreuses applications : collecte et revente de données, dépendance, sélection des profils selon des critères douteux, notation des utilisateurs… Et non, pas besoin d’être dans Black Mirror ! Un essai à la croisée du journal intime, fluide, limpide, passionnant et facile à lire.
5/4/2021

Sophie Adriansen, Linea Nigra

Saison 2, Ép. 19
J’ai hâte de jouer notre création, Notre Sang, qui parle du devenir mère à travers l’accouchement et le travail d’une sage-femme, Madeleine. J’ai choisi cet extrait du roman de Sophie Adriansen parce qu’il fait totalement écho à notre création. Je pense effectivement que, contrairement à ce que certain.e.s pourraient penser, ce n’est pas un «sujet de niche», nous avons même toustes cela en commun : la naissance. Et se pencher sur le vécu des mères et leur permettre de se réapproprier l’évènement est un sujet qui nous concerne comme citoyen.ne.s. Récemment, le témoignage d’une sage-femme, Anna Roy, dénonçant le manque de moyens dans les maternités, rappelle que le manque de temps, de personnel, la pression et la fatigue sont des facteurs pouvant conduire à des violences obstétricales. Son texte a été le point de départ d’une pétition et d’une campagne d’envergure qui ne dit pas autre chose : l’accouchement et la façon dont il se déroule et est ressenti, est un acte fondateur qui nécessite des moyens humains (une sage-femme par salle de naissance par exemple). Allez lire la tribune publiée dans l’Obs et signer cette pétition ici :https://change.org/jesuismaltraitantePour revenir à Linea Nigra, ce livre est double : d’un côté la fiction et cette histoire d’amour qui grandit et devient l’histoire de la naissance d’une famille. De l’autre, des citations, des chiffres et des propos plus engagés et féministes sur son identité de femme, sur la place des femmes et de la maternité dans la société. C’est unparcours de vie de la conception à l’accouchement, avec toutes les interrogations inhérentes sur le couple, l’amour maternel, mais aussi une enquête sur l’accompagnement de la femme enceinte et sa prise en charge par les soignant.e.s.Le résultat est réussi, aussi instructif, pertinent que passionnant.Et le roman de Sophie Adriansen rappelle des vérités essentielles : qu’à chaque femme son corps, et que la façon dont une femme devient mère est un sujet important et encore trop négligé.