Ciné-crash

1/15/2022

« Vercingétorix, la légende du druide roi » : Alésia, morne plaine...

Saison 3, Ép. 20
Il est des rêves qu'on ferait mieux de ne jamais réaliser. Producteur prestigieux de L'Armée des ombres, Nous ne vieillirons pas ensemble ou encore La guerre du feu, Jacques Dorfmann fantasma durant une bonne décennie le projet Vercingétorix avant de pouvoir enfin le concrétiser. Lui-même déjà réalisateur des longs métrages Le Palanquin des larmes (1987) et Agaguk (1992), il entendait, avec cette troisième mise en scène, rendre un vibrant hommage au chef de guerre unificateur des tribus gauloises face à Jules César. Un héros de légende, vu par Dorfmann comme un lointain ancêtre des futures figures capitales pour l'histoire de France que furent Napoléon et Charles de Gaulle. Entouré de mystère du fait de la rareté des sources historiques fiables le concernant, pratiquement jamais honoré par le 7e art, Vercingétorix était (et reste) une terre et un thème à conquérir pour le cinéma, l'occasion d'une épopée made in France à hauteur de Braveheart.Débuté en 1999 dans la région de Sofia, en Bulgarie, avec Christophe Lambert en tête d'affiche après que Guillaume Depardieu ait été un temps considéré, Vercingétorix, la légende du druide roi va hélas très vite virer à la Bérézina pour Dorfmann, son équipe et sa star. Criblé de problèmes de production, handicapé par des soucis financiers, le tournage chaotique ne fut pas aidé par l'absence à la barre de son réalisateur, accablé par un deuil personnel juste avant le début des prises de vue et notoirement aux prises avec l'alcool.Même si Christophe Lambert s'est fréquemment confié publiquement sur les raisons du désastre, de nombreuses zones d'ombres subsistent encore sur les coulisses de cette amère expérience. Mais à l'écran, une certitude : on aura beau tenter de voir l'Arverne à moitié plein, Vercingétorix, la légende du druide roi est l'un des plus immenses ratages du cinéma français. Un authentique nanar à la fréquente drôlerie involontaire, accablé par une forme indigente et de piteux acteurs (dont les rugbymen Vincent Moscato, Denis Charvet et Jean-Pierre Rives, égarés ici en guest stars). Bref : une défaite historique, qui vaudra au pack Dorfmann une récompense critique digne d'un bouclier de Brénul ou d'un bizutage à base de goudron et de plumes. Normal.Echec tout aussi logique en salle, cette superproduction en costumes a marqué un coup d'arrêt brutal pour la carrière de son réalisateur et, même si le toujours attachant Christophe Lambert a poursuivi son propre chemin sans encombre, Vercingétorix reste probablement sa plus cruelle défaite. Son Waterloo ou, plutôt, son Alésia. Une blessure toujours vive pour l'acteur, qui trainera comme un boulet encore longtemps son inénarrable réplique : « Gauloises, Gaulois ! ». A l'heure de son 20e numéro, Ciné-Crash ne pouvait décemment plus passer sous silence cette épopée du pire, en compagnie des chroniqueurs toujours bien informés François-Xavier Taboni et Yann Valentin.
12/11/2021

« Taram et le chaudron magique », bouillon amer pour Disney

Saison 3, Ép. 19
Malédiction ! Pour l’inauguration de cette saison 3 de Ciné-Crash, gros plan sur LE dessin animé maudit des studios Disney, celui avec lequel la vénérable maison toucha le fond, en 1985, après de longues années sur la pente douce du déclin. Adaptation d’une saga de fantasy intitulée Les Chroniques de Prydain, écrite dans les années 1960 par l’auteur américain Lloyd Alexander, Taram et le chaudron magique vit sa gestation débuter en 1971. Toujours pas vraiment remis de la mort de Walt Disney en 1966, ses successeurs misaient alors sur The Black Cauldron (titre du futur film en version originale) pour redorer le blason de la compagnie, un peu terni au fil de la décennie. Mais tout au long des années 1970, et même lorsque Taram entrera enfin en production, en 1980, les plaies de toutes sortes s’abattront sur ce long métrage maudit : problèmes chroniques d’écriture, casse-tête technique, révolution de palais et, surtout, luttes fratricides entre diverses générations d’animateurs au sein du groupe…Inhabituellement sombre pour un Disney, fortement influencé par la mode d’une dark fantasy sévissant à Hollywood au début des années 1980, Taram et le chaudron magique fut remonté en toute hâte par le tout nouveau présent du département cinéma, Jeffrey Katzenberg, afin de le rendre le plus familial possible… Raté : trop effrayant pour les enfants, le résultat final, par ailleurs desservi par des personnages trop mal creusés, n’est alors pas non plus assez mature pour les adultes. Taram et son chaudron de malheur s’effondrent au box-office de juillet 1985, battus même par les Bisounours…. et une ressortie de E.T. ! Quarante-six ans après la sortie du film, bénéfice-t-il enfin d’une réhabilitation ? Ciné-Crash revient sur les tenants et aboutissants de cette catastrophe industrielle.
5/14/2021

« L'Etoffe des héros », l'épopée qui volait trop haut

Saison 2, Ép. 18
Entre deux tours de Terre depuis l'ISS, Thomas Pesquet ne nous contredira pas : trente-six ans après sa sortie en salle, L'Etoffe des héros continue de scintiller très haut dans le ciel des plus grands films sur l'épopée humaine dans l'espace. D'Armageddon à First Man en passant par Interstellar, sans oublier une récente série Disney+ elle aussi inspirée du best-seller de Tom Wolfe, l'influence du chef-d'oeuvre de Philip Kaufman reste palpable à d'innombrables niveaux dans la pop culture. Une saga de 3h12, aussi massive qu'un soleil et rayonnant de mille thématiques sur la notion d'héroïsme, l'obsession de la course aux étoiles face aux Russes en pleine Guerre Froide, la propulsion des mythes grâce à la presse, le rôle des femmes dans l'ombre de leurs époux astronautes, la fin d'une ère et le début d'une autre... Sans oublier un traitement quasi-documentaire impressionnant, un humour désopilant, des effets spéciaux à couper le souffle et une B.O enjouée à enflammer un régiment. Beau comme une fusée, lyrique comme un western de John Ford, L'Etoffe des héros suit la genèse hasardeuse et fiévreuse du programme spatial américain Mercury qui, entre la fin des années 50 et le début des années 60, aboutit à l'envoi par l'Amérique (et la Nasa) de ses premiers hommes dans l'espace. Précurseur des programmes Gemini puis Apollo, Mercury et ses six vols spatiaux avaient pour mission de rattraper dans l'urgence l'avance soviétique symbolisée par l'envoi du premier satellite Spoutnik en 1957, puis, le 12 avril 1961, par le vol suborbital du cosmonaute Youri Gagarine, tout premier homme à franchir notre stratosphère. Sur la base d'un script réécrit par Philip Kaufman, après le renvoi du légendaire scénariste William Goldman et le refus par Wolfe d'adapter son propre livre, L'Etoffe des héros raconte deux histoires qui se côtoient : les coulisses de Mercury, programme composé de sept astronautes issus de l'US Air Force (Alan Shepard, Virgil Grissom, Gordon Cooper, Walter Schirra, Scott Carpenter, John Glenn et Donald Slayton - le seul du groupe à ne pas avoir décollé suite à un problème de santé) ; les exploits de Chuck Yeager (joué à l'écran par le dramaturge Sam Shepard), héros de guerre et pilote d'essai, officiellement considéré comme le premier homme à avoir franchi le mur du son, au-dessus de la base d'Edwards (Californie), en 1947. De la course à la vitesse de l'US Air Force jusqu'à celle aux étoiles de la Nasa sous l'impulsion d'Eisenhower puis JFK, il n'y a qu'un pas que l'Amérique va franchir en trombe à l'aube des années 60, par peur d'une domination soviétique dans le cosmos. Yeager ne participera pas à l'aventure Mercury mais L'Etoffe des héros tient à montrer que ses records, ainsi que les tests d'autres pilotes d'essais morts en mission, jouèrent un rôle préalable déterminant dans l'envol sidéral des Etats-Unis. S'appuyant sur un invisible mélange d'images d'archives et de prises de vue réelles pour la fiction, L'Etoffe des Héros offre une sensation étourdissante de réalisme quasi-inédit pour l'époque. Sa mise en boîte joyeuse des institutions et de la presse ne l'empêchent guère de survoler des cimes d'émotion lors des scènes spatiales, en grande partie grâce à la merveilleuse bande originale de Bill Conti - l'homme à qui l'on doit l'inoubliable thème de Rocky, sorti 7 ans plus tôt et qui partage avec L'Etoffe héros les mêmes producteurs. Malgré un accueil critique dithyrambique, L'Etoffe des héros n'a hélas jamais décollé au box-office américain ni international, provoquant un colossal trou dans les caisses de sa société de production, la mythique Ladd Company (Les Chariots de feu, Outland, Blade Runner...), en raison d'un budget évalué entre 27 et 30 millions de dollars. Passant d'un ton à l'autre - tantôt ironique, patriotique, grave ou potache - avec une aisance déconcertante, la saga de Phil Kaufman dérouta le grand public mais, au fil des ans, retrouva légitimement sa place au Panthéon des oeuvres du cinéma.
11/12/2020

« Terminus » : Johnny sur la route du désastre

Saison 2, Ép. 12
En janvier 1987, Johnny Hallyday ressentit fortement quelque chose en lui de rétréci : ses espoirs d’avenir comme star internationale du cinéma d’action. La cause : Terminus, de Pierre-William Glenn. Un road movie français postapocalyptique à très gros budget, attendu au tournant par la presse, les fans du rockeur et les cinéphiles rêvant d’un véhicule idéal pour propulser une science-fiction à la fois ambitieuse et divertissante au pays de la Nouvelle Vague. Situé dans un futur proche, le film suit une course géante organisée chaque année à travers divers territoires sur une Terre devenue plus ou moins anarchique et aux mains de milices fascisantes. Supervisé depuis la base secrète et ultramoderne de Terminus, ce jeu mortel est centré sur un immense 38 tonnes rouge doté d’une intelligence artificielle (baptisée Monstre), et dont le pilote a pour but de parcourir 5 000 kilomètres afin de rejoindre le mystérieux complexe. À la clé : la remise d’une très grosse somme d’argent. Aux trousses du bolide, des hordes de camions gris font tout pour l’empêcher d’atteindre sa destination. Au volant de Monstre, le taciturne « Manchot » (Johnny Hallyday) prend le relais de la malheureuse Gus (Karen Allen), après une intense et brève romance avec elle. Il est désormais l’élu, tandis que, depuis Terminus, l’inquiétant Docteur (Jürgen Prochnow) et le petit Maty (Gabriel Damon), gamin surdoué qui a conçu Monstre, suivent à distance sa progression. Ils scrutent également celle de « Petit Frère », autre poids lourd talonnant Monstre et dont la mission cache un sinistre secret, le véritable objectif de toute cette meurtrière compétition. Si ce résumé vous a semblé aussi long qu’un Paris-Lyon sur l’A6, c’est normal : cosigné par Pierre-William Glenn et Patrice Duvic, sur la base d’une idée d’Alain Gillot, le scénario de Terminus, touffu, brouillon et surchargé de personnages, s’avère aussi ardu à décrypter et à synthétiser qu’un itinéraire sur une vieille carte routière. Ce script boulimique, dans lequel Pierre-William Glenn et son complice Duvic péchèrent par excès de thématiques et défaut d’informations à l’écran, n’est, hélas, que l’un des innombrables problèmes d’un film qui fut quasi unanimement sifflé par une critique déchaînée. Et pour cause : direction artistique piteuse, dialogues souvent incompréhensibles ou caricaturaux, jeu d’acteur pour le moins inégal de Johnny, décors indigents, mise en scène faisant souvent fausse route, action chaotique… Vendu au public comme un Mad Max à la française mâtiné de Rollerball, en tout cas tel un blockbuster d’action à l’anglo-saxonne filmé pied au plancher, Terminus fit bien vite retomber les foules sur celui des vaches – ou plutôt d’une cruelle désillusion. L’échec abyssal (moins de 300 000 entrées cumulées en fin de parcours) stoppa quasiment net le futur de Pierre-William Glenn comme réalisateur. Mais aussi celui de Johnny comme champion poids lourd de blockbusters à la française. Il écrabouilla aussi l’avenir d’une certaine science-fiction hexagonale désireuse d’apparaître enfin à l’écran dans le rétroviseur des Américains. Trente-trois ans après la sortie de Terminus, il convient cependant, sinon de réhabiliter le film, du moins de se repencher sur le réel intérêt des intentions de son réalisateur, l’incontestable avant-gardisme de ses images de synthèse (parmi les toutes premières utilisées dans le cinéma français), l’ambition de certaines cascades et la curiosité réelle qu’inspire aujourd’hui cet ovni sans précédent par chez nous – qualifié de nanar sans appel par ses opposants les plus impitoyables. Rencontré pour les besoins de cette émission, Pierre-William Glenn, par ailleurs l’un des plus grands chefs opérateurs du 7e art français des années 1970 et 1980 (il a travaillé pour Truffaut, Tavernier, Corneau, Losey, etc.), confirme qu’il envisage une sortie en DVD/Blu-ray de Terminus…, ce bébé mal aimé qu’il défend toujours bec et ongles. Mais la route est encore longue ! En compag...