Partager

cover art for Comment distinguer un volcan endormi d’un volcan éteint ?

Choses à Savoir PLANETE

Comment distinguer un volcan endormi d’un volcan éteint ?

Cette distinction repose sur plusieurs critères géologiques, chronologiques et parfois statistiques. La différence peut sembler subtile, mais elle est essentielle pour la surveillance des risques volcaniques.


1. Le volcan endormi (ou dormant)

Un volcan endormi est actuellement inactif, mais il conserve un potentiel éruptif. Il peut ne pas avoir produit d’éruption depuis des siècles, voire des millénaires, mais les conditions nécessaires à une future activité sont toujours réunies.


Critères :

Présence d’une chambre magmatique encore alimentée, même très lentement.


Dernière éruption relativement récente à l’échelle géologique (parfois jusqu’à 10 000 ans).


Activité fumarolienne, séismes volcaniques, ou gonflements du sol suggérant une activité interne.


Historique d’éruptions espacées, ce qui est typique de nombreux stratovolcans.


Exemple : Le volcan Yellowstone (USA) n’a pas explosé depuis 640 000 ans, mais il est considéré comme endormi, car la chaleur et l’activité magmatique persistent.


2. Le volcan éteint

Un volcan éteint est considéré comme définitivement inactif, parce qu’il ne dispose plus d’aucune alimentation magmatique. Sa chambre magmatique est refroidie ou solidifiée, et aucun signe d’activité n’a été détecté depuis très longtemps.


Critères :

Aucune activité éruptive depuis plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’années.


Absence totale de signaux géophysiques (sismicité, dégazage, déformation du sol).


Érosion importante du cône volcanique ou recouvrement par des formations géologiques plus récentes.


Position géologique stable, loin des zones de subduction ou de rift.


Exemple : Le Sidosermo, un vieux volcan d’Indonésie éteint depuis plus de 2 millions d’années, est aujourd’hui recouvert de végétation et n’a plus de structure interne active.


Une distinction parfois floue

La limite entre un volcan endormi et un volcan éteint n’est pas toujours claire, surtout pour les volcans ayant de très longues périodes de repos. Certains volcans que l’on croyait éteints se sont réveillés, comme le Chaitén au Chili, qui a surpris tout le monde en 2008 après 9 000 ans de silence.


Conclusion

La distinction repose sur l’activité passée, les signes géophysiques actuels et la probabilité future d’éruption. La prudence reste de mise : un volcan endormi n’est pas un volcan inoffensif. En volcanologie, le temps se mesure en milliers d’années.

More episodes

View all episodes

  • Quelle île tourne sur elle-même ?

    02:02|
    Repérée en 2016 grâce à des images satellites, El Ojo se situe dans une zone marécageuse et isolée d’Argentine. Vue du ciel, elle ressemble à un disque presque parfait, comme découpé au compas, posé sur l’eau sombre d’un lagon circulaire. Mais ce qui la rend vraiment unique, c’est qu’elle change d’orientation au fil du temps. En comparant des images prises à plusieurs années d’intervalle, les chercheurs ont constaté que l’île avait tourné.À première vue, ce mouvement pourrait sembler mystérieux, voire inexplicable. Certains y ont vu la trace d’un phénomène paranormal ou d’une construction artificielle. Pourtant, la science apporte une explication bien plus élégante — et bien plus instructive sur le fonctionnement des milieux naturels.El Ojo est ce que l’on appelle une île flottante, composée principalement de tourbe et de végétation dense, avec des racines fortement entrelacées. Ce type de structure n’est pas rare dans les zones humides, mais la forme quasi parfaite d’El Ojo est exceptionnelle. Elle s’explique par l’érosion progressive des bords de l’île : en tournant lentement sous l’effet des courants et du vent, ses contours sont polis de manière uniforme, jusqu’à former un cercle presque parfait.Le mouvement de rotation est dû à une combinaison de facteurs naturels : courants d’eau sous-jacents, vents dominants et variations du niveau de l’eau. L’île flotte, mais elle est suffisamment compacte pour se déplacer comme un seul bloc. À chaque micro-rotation, ses racines frottent les parois du bassin, accentuant encore la circularité du lagon qui l’entoure.Ce phénomène est un excellent rappel que les écosystèmes sont dynamiques, même lorsqu’ils paraissent immobiles. Les zones humides, souvent perçues comme figées ou inutiles, sont en réalité des milieux vivants, complexes et extrêmement sensibles aux perturbations climatiques.El Ojo est aussi un symbole. Il montre comment la nature peut produire des formes qui semblent artificielles, sans aucun plan ni intention. Et il souligne l’importance de préserver ces environnements fragiles : un simple changement du niveau de l’eau ou de la végétation pourrait suffire à stopper la rotation de l’île — ou à la faire disparaître.Alors, pourquoi El Ojo tourne-t-elle sur elle-même ? Parce que la nature, lorsqu’on lui laisse le temps et l’espace, sait créer des mécanismes d’une précision presque troublante. Un mystère, oui — mais un mystère profondément naturel.
  • Comment les ours polaires adaptent-ils leur ADN au changement climatique ?

    02:08|
    Face au réchauffement rapide de l’Arctique, les ours polaires sont devenus un symbole du changement climatique. Mais derrière les images spectaculaires de banquise qui fond, une question scientifique cruciale se pose : les ours polaires peuvent-ils s’adapter biologiquement, jusque dans leur ADN, à un environnement qui se transforme plus vite que jamais ? C’est précisément à cette question qu’a répondu une étude récente menée sous la direction de la Dre Alice Godden, de l’université d’East Anglia, publiée dans une revue scientifique de référence.Les chercheurs se sont intéressés à l’évolution génétique des ours polaires en comparant leur ADN à celui de leurs plus proches cousins, les ours bruns. Grâce à des analyses génomiques approfondies, l’équipe a identifié plusieurs adaptations génétiques clés qui permettent aux ours polaires de survivre dans un environnement extrême, pauvre en ressources terrestres et dominé par la glace et le froid.L’un des résultats majeurs de l’étude concerne le métabolisme des graisses. Les ours polaires se nourrissent presque exclusivement de phoques, un régime extrêmement riche en lipides. Or, chez l’humain, une telle alimentation provoquerait rapidement des maladies cardiovasculaires. L’étude de la Dre Godden montre que les ours polaires possèdent des mutations spécifiques sur des gènes liés au transport et à la transformation du cholestérol, leur permettant de tirer un maximum d’énergie des graisses sans effets délétères. Cette adaptation génétique est essentielle pour survivre dans un milieu où les périodes de chasse sont de plus en plus courtes à cause de la fonte de la banquise.Les chercheurs ont également mis en évidence des modifications génétiques liées à la thermorégulation, au fonctionnement du pelage et à la gestion de l’énergie en période de jeûne prolongé. Ces adaptations permettent aux ours polaires de supporter des températures extrêmes tout en limitant les pertes caloriques, un avantage vital dans un Arctique en mutation.Cependant, l’étude de la Dre Alice Godden souligne une limite majeure : l’évolution génétique est un processus lent, qui se mesure en milliers d’années. Or, le changement climatique actuel se déroule à une vitesse sans précédent. Si les ours polaires ont déjà démontré une remarquable capacité d’adaptation sur le long terme, la rapidité de la fonte de la glace menace de dépasser leur capacité biologique à évoluer suffisamment vite.En conclusion, cette étude montre que les ours polaires portent dans leur ADN les traces d’une adaptation exceptionnelle à leur environnement. Mais elle rappelle aussi une réalité inquiétante : même les espèces les mieux adaptées ne sont pas forcément armées pour faire face à un changement climatique aussi brutal, soulignant l’urgence des enjeux écologiques actuels.
  • L'air respiré dans les avions est-il pollué ?

    02:13|
    L’air que l’on respire dans les avions est souvent perçu comme « confiné » et donc potentiellement malsain. Pour dépasser les impressions, des scientifiques de l’université Paris Cité ont mené une étude systématique afin de mesurer objectivement la qualité de l’air intérieur à bord de 16 avions commerciaux, en conditions réelles de vol. Leurs résultats permettent de nuancer fortement certaines idées reçues.Premier point essentiel : l’air des avions n’est pas stagnant. En croisière, l’air de la cabine est renouvelé très fréquemment, en moyenne toutes les 2 à 3 minutes, ce qui est bien plus rapide que dans la plupart des bureaux ou des logements. Environ la moitié de l’air provient de l’extérieur, prélevé à haute altitude, comprimé, puis mélangé à de l’air recyclé.Concernant les particules fines (PM2,5), souvent mises en cause pour leurs effets sur la santé respiratoire et cardiovasculaire, l’étude montre que leurs concentrations en cabine sont faibles à modérées, généralement comparables à celles mesurées dans des environnements urbains peu pollués. Elles restent largement en dessous des seuils associés à des risques aigus pour la santé. Les filtres HEPA équipant la quasi-totalité des avions modernes jouent ici un rôle central : ils éliminent plus de 99 % des particules fines, bactéries et virus.Qu’en est-il des polluants chimiques ? Les chercheurs ont mesuré des composés organiques volatils (COV), comme le formaldéhyde ou le benzène. Les niveaux observés sont globalement faibles, bien en dessous des valeurs guides sanitaires. Toutefois, l’étude note de légères hausses ponctuelles, notamment lors des phases au sol (embarquement, roulage), liées aux moteurs, aux opérations de maintenance ou aux produits utilisés pour le nettoyage de la cabine.Le dioxyde de carbone (CO₂), souvent invoqué pour expliquer la fatigue ou les maux de tête en vol, est bien plus élevé qu’à l’extérieur, mais reste dans des valeurs jugées acceptables pour des expositions de quelques heures. Cette élévation peut néanmoins contribuer à une sensation d’inconfort ou de somnolence, surtout sur les vols long-courriers.Enfin, l’étude souligne que les facteurs de gêne ressentis par les passagers ne sont pas uniquement liés à la pollution de l’air. La faible humidité, la pression réduite, l’immobilité prolongée et le stress jouent un rôle souvent plus important que la qualité chimique de l’air elle-même.Conclusion : selon les mesures réalisées par l’université Paris Cité, l’air dans les avions est globalement bien contrôlé et peu pollué, surtout en vol. S’il n’est pas parfait, il est souvent de meilleure qualité que ce que l’on imagine, et parfois même meilleur que dans certains espaces clos du quotidien.
  • Qu’est-ce qu’une plante "bioindicatrice" ?

    01:56|
    Une plante bioindicatrice est une plante dont la présence, l’absence ou l’état de développement fournit des informations précieuses sur les caractéristiques d’un milieu. Autrement dit, sans instruments de mesure, elle permet de “lire” l’environnement. Sol, eau, air, pratiques humaines : certaines plantes réagissent de façon très spécifique à ces facteurs, au point de devenir de véritables capteurs biologiques naturels.Le principe repose sur une idée simple : toutes les plantes n’ont pas les mêmes besoins ni la même tolérance. Certaines exigent un sol riche en azote, d’autres préfèrent des terrains pauvres. Certaines supportent l’acidité, d’autres uniquement les sols calcaires. Certaines résistent à la pollution, quand d’autres disparaissent dès que les conditions se dégradent. En observant quelles espèces poussent spontanément, on peut donc déduire l’état écologique d’un site.Les plantes bioindicatrices sont largement utilisées en écologie, agronomie et gestion des milieux naturels. Par exemple, la présence de ronces ou d’orties signale souvent un sol riche en azote, fréquemment lié aux apports d’engrais ou aux déjections animales. À l’inverse, des plantes comme la bruyère ou la callune indiquent généralement des sols acides et pauvres. Dans les zones humides, certaines espèces trahissent le niveau d’eau, la durée d’inondation ou la qualité du milieu.Ces plantes permettent aussi de détecter des pollutions invisibles. Les lichens, par exemple, sont d’excellents bioindicateurs de la qualité de l’air. Très sensibles au dioxyde de soufre et aux oxydes d’azote, ils disparaissent rapidement dans les zones polluées. Leur abondance ou leur diversité donne ainsi une indication fiable du niveau de pollution atmosphérique, sans capteurs électroniques.Autre usage important : le suivi des changements climatiques. Certaines plantes modifient leur aire de répartition ou leur période de floraison en réponse à l’augmentation des températures ou à la modification des régimes de pluie. Leur observation sur le long terme permet de documenter des évolutions écologiques majeures.Il faut toutefois rester prudent. Une plante bioindicatrice ne donne jamais une information isolée : elle s’inscrit dans un ensemble d’indices. Les conditions locales, l’histoire du site ou les pratiques humaines peuvent influencer sa présence. C’est pourquoi les scientifiques croisent toujours plusieurs espèces et plusieurs paramètres.En résumé, une plante bioindicatrice est un outil d’observation vivant, gratuit et durable. Elle ne parle pas, mais elle raconte l’histoire d’un sol, d’un air ou d’un paysage. Apprendre à la reconnaître, c’est apprendre à mieux comprendre — et protéger — les écosystèmes qui nous entourent.
  • Pourquoi protéger les mares est-il essentiel ?

    02:01|
    Protéger les mares est essentiel parce que ce sont de minuscules milieux… qui rendent des services écologiques gigantesques.D’abord, une mare est un réservoir de biodiversité disproportionné par rapport à sa taille. Elle offre des zones peu profondes, des plantes aquatiques, des berges humides et de la vase: autant de micro-habitats. Résultat: une mare peut abriter des dizaines à des centaines d’espèces, notamment des amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons), des libellules, des coléoptères aquatiques, des crustacés, et une foule d’organismes invisibles (plancton, larves, bactéries) qui structurent toute la chaîne alimentaire. Beaucoup de ces espèces ont besoin d’eau calme, peu profonde, qui se réchauffe vite au printemps: exactement ce que fournit une mare, contrairement aux rivières.Ensuite, les mares sont des nurseries. Les amphibiens y pondent parce qu’il y a souvent moins de prédateurs piscicoles que dans les grands plans d’eau. Protéger les mares, c’est donc protéger des espèces déjà fragilisées par la destruction d’habitats, les routes, les pesticides, les maladies, et la sécheresse.Troisième point: les mares sont des éponges naturelles. Elles stockent temporairement l’eau lors des pluies, ralentissent le ruissellement, limitent l’érosion et peuvent contribuer à réduire les pics de crue à l’échelle locale. Elles favorisent aussi l’infiltration: une partie de l’eau s’enfonce dans le sol, ce qui aide à recharger l’humidité des terrains environnants.Quatrième rôle, moins connu: elles participent à la qualité de l’eau. Les plantes et les micro-organismes d’une mare peuvent capter une partie des nutriments (azote, phosphore) et dégrader certains polluants, jouant un rôle de “filtre” — à condition qu’on ne les surcharge pas (engrais, eaux usées, ruissellement agricole).Enfin, les mares forment un réseau. Pour beaucoup d’espèces, la survie dépend de la présence de plusieurs mares proches: si une mare s’assèche une année, les populations peuvent se maintenir grâce aux mares voisines. Détruire une mare, ce n’est pas seulement perdre un point d’eau: c’est casser une autoroute écologique.Concrètement, protéger les mares, c’est: éviter de les combler, maintenir une ceinture végétalisée sans pesticides autour, limiter l’apport d’eaux polluées, et surtout ne pas y introduire de poissons “pour faire joli” — un geste qui peut suffire à faire disparaître les amphibiens et de nombreux insectes.
  • Joyeux Noël ! Rendez-vous le 5 janvier

    01:29|
    À l’approche de Noël, le podcast fait une courte pause pendant les fêtes, l’occasion pour moi de vous remercier chaleureusement pour votre fidélité et votre présence précieuse, de vous souhaiter de très belles fêtes pleines de chaleur et de moments simples, et de vous donner rendez-vous dès le 5 janvier pour de nouveaux épisodes.
  • Pourquoi l’événement pluvial du Carnien a été décisif pour la Terre ?

    02:26|
    Il y a environ 233 millions d’années, au Trias, la Terre a connu un bouleversement climatique majeur aujourd’hui appelé événement pluvial du Carnien (Carnian Pluvial Episode, ou CPE). Pendant près de deux millions d’années, notre planète est passée d’un climat globalement chaud et sec à une période de pluies intenses, de tempêtes violentes et d’humidité persistante. Cet événement, longtemps méconnu, est aujourd’hui considéré comme un tournant décisif pour l’évolution de la vie et la structure même des écosystèmes terrestres.Mais que s’est-il réellement passé ? Les géologues pensent que ce changement climatique a été déclenché par d’immenses éruptions volcaniques dans la région aujourd’hui appelée Province magmatique de Wrangellia, en Amérique du Nord. Ces éruptions ont libéré d’énormes quantités de CO₂ et d’aérosols dans l’atmosphère, entraînant un réchauffement brutal puis, paradoxalement, un cycle intense d’évaporation et de précipitations. Le climat est devenu nettement plus humide, transformant profondément les paysages : expansion des marécages, recul des déserts, nouvelles zones forestières.Cet épisode a également provoqué une extinction biologique, certes moins connue que celle des dinosaures, mais tout aussi structurante. De nombreuses espèces marines — coraux anciens, ammonoïdes, certains groupes de reptiles marins — ont fortement décliné. Sur les continents, plusieurs lignées d’herbivores géants ont disparu. Ce renouvellement écologique a laissé de vastes niches vacantes.Et c’est précisément là que le CPE devient déterminant : cette période de bouleversements a permis l’essor des dinosaures. Présents depuis quelques millions d’années mais encore minoritaires, ils ont profité de l’instabilité écologique pour se diversifier rapidement et dominer la Terre pendant les 165 millions d’années suivantes. Les premières tortues, les premiers lézards modernes et même les ancêtres des crocodiles apparaissent également à cette époque.Mais l’impact ne se limite pas à la faune. C’est aussi durant l’événement pluvial du Carnien que se développe ce qui deviendra la forêt moderne. L’humidité persistante favorise l’explosion des conifères, des fougères et des plantes à graines. Les sols deviennent plus riches, plus profonds, capables de stocker davantage de carbone : un mécanisme essentiel dans la régulation du climat.Pour les scientifiques, le CPE est un rappel puissant : un changement climatique soudain peut remodeler la planète en profondeur. Il a créé le monde dans lequel les dinosaures ont prospéré et a posé les bases des écosystèmes terrestres actuels. En somme, sans cet événement pluvial, la Terre telle que nous la connaissons serait méconnaissable.
  • Pourquoi l’industrie de l’armement freine la transition écologique ?

    13:15|
    La transition écologique réclame des matériaux très spécifiques : lithium, cobalt, nickel, terres rares, graphite… Autant de ressources indispensables pour les batteries, les éoliennes, les panneaux solaires ou encore les réseaux électriques de demain. Mais un rapport récent soulève un problème inattendu : une partie de ces matériaux stratégiques serait accaparée par l’industrie de l’armement, notamment aux États-Unis, où le Pentagone constituerait des réserves massives dans un but purement militaire. Cette situation pourrait, à moyen terme, freiner le déploiement d’une économie décarbonée.Depuis plusieurs années, le Département de la Défense américain renforce ses stocks de minéraux critiques. L’objectif officiel est d’assurer l’autonomie stratégique des forces armées en cas de crise. Mais cette stratégie entre désormais en concurrence avec celle de la transition énergétique, qui dépend des mêmes ressources. Drones, systèmes de guidage, capteurs, moteurs électriques des sous-marins : nombre d’équipements militaires modernes nécessitent précisément les matériaux que réclament aussi les technologies vertes. Résultat : le marché mondial devient plus tendu, les prix augmentent et certains industriels du solaire ou des batteries peinent à s’approvisionner.Le rapport souligne également que la demande militaire n’est pas seulement ponctuelle : elle est structurelle et en croissance. Les conflits récents, la modernisation des armées et la montée en puissance technologique ont fait exploser les besoins. L’Agence américaine pour les minéraux stratégiques estime ainsi que certains matériaux rares, comme le dysprosium ou le néodyme, pourraient connaître une pénurie dès la prochaine décennie si toutes les armées occidentales poursuivent leurs achats au même rythme.Cela pose un dilemme. D’un côté, les États doivent assurer leur sécurité. De l’autre, la transition écologique mondiale exige un accès stable et abondant à ces matériaux. Une compétition directe s’installe, amplifiée par la dépendance à la Chine, qui contrôle une part considérable de l’extraction et du raffinage.Certains experts appellent à une meilleure coordination internationale pour éviter que la défense et la transition énergétique ne se cannibalisent. Ils recommandent notamment de développer des chaînes d’approvisionnement locales, d’investir massivement dans le recyclage des métaux et de créer des quotas réservés aux industries vertes.Car si cette compétition perdure, les conséquences pourraient être lourdes : retards dans la production de batteries, hausse des coûts des énergies renouvelables et ralentissement général du passage à une économie bas carbone. La transition écologique a besoin de matériaux… mais elle a surtout besoin qu’ils ne disparaissent pas dans les arsenaux.
  • Les éoliennes sont-elles responsables du réchauffement des océans ?

    02:13|
    Depuis quelque temps, une idée surprenante se répand sur certains sites conspirationnistes : les éoliennes en mer seraient responsables du réchauffement des océans. Cette affirmation, totalement infondée scientifiquement, s’appuie notamment sur un article publié par The Epoch Times, un média connu pour diffuser régulièrement des théories complotistes. Relayée ensuite par l’association des Climato-Réalistes, cette rumeur prétend que les turbines offshore brassereraient l’eau, perturberaient les courants marins et contribueraient ainsi à une hausse de la température des océans.Mais d’où vient cette idée ? Elle s’appuie sur une mauvaise interprétation — volontaire ou non — d’études scientifiques portant sur les micro-effets locaux des éoliennes. Certaines recherches ont en effet montré que les parcs offshore peuvent créer de légères modifications dans la circulation de l’eau immédiatement autour des fondations : des tourbillons, une redistribution locale des sédiments ou une modification très ponctuelle de la vitesse du courant. Rien d’étonnant : tout obstacle dans un fluide, qu’il s’agisse d’un rocher ou d’une plateforme pétrolière, provoque des effets similaires.Là où la rumeur déraille totalement, c’est quand elle transforme ces phénomènes locaux et minimes en un phénomène planétaire et massif. Scientifiquement, c’est impossible. La quantité d’énergie générée par les éoliennes est dérisoire comparée aux forces qui pilotent réellement la température des océans : l’ensoleillement, les vents globaux, la salinité, les échanges thermiques avec l’atmosphère et, surtout, le piégeage de chaleur dû aux gaz à effet de serre. Pour donner une idée : en un an, l’ensemble des éoliennes mondiales modifie moins la dynamique de l’océan qu’une seule journée de vent sur l’Atlantique.Par ailleurs, si les éoliennes réchauffaient réellement les océans, on devrait observer une différence de température mesurable autour des parcs offshore. Or, aucune étude océanographique ne rapporte un tel phénomène. Les données satellitaires et les mesures in situ montrent que le réchauffement océanique suit une tendance globale liée à l’augmentation des émissions de CO₂, et non à l’installation d’infrastructures énergétiques.Alors pourquoi cette rumeur persiste-t-elle ? Parce qu’elle sert un récit politique : discréditer les énergies renouvelables en leur attribuant des conséquences imaginaires. Ces théories rencontrent un certain succès car elles proposent une explication simple — et fausse — à un problème complexe.La réalité scientifique est limpide : le réchauffement des océans est dû à l’accumulation massive de chaleur dans la couche supérieure de la planète, directement provoquée par les gaz à effet de serre. Les éoliennes, elles, ne font que produire de l’électricité sans émettre de CO₂.