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Choses à Savoir PLANETE
Comment différencier le mistral et la tramontane ?
Mistral ou tramontane ? Deux vents célèbres du sud de la France, souvent confondus, mais pourtant bien distincts si l’on sait où regarder.
Première différence : leur zone d’influence. Le mistral souffle principalement dans la vallée du Rhône et en Provence, de Lyon jusqu’à la Méditerranée, notamment vers Marseille. La tramontane, elle, concerne surtout le Languedoc et le Roussillon, autour de Perpignan et jusqu’aux Pyrénées. Autrement dit, ils ne frappent pas exactement les mêmes régions.
Deuxième élément clé : leur trajectoire. Le mistral descend du nord, canalisé par la vallée du Rhône, ce qui accélère sa vitesse. Il arrive donc du nord ou du nord-ouest. La tramontane, elle, souffle plutôt du nord-ouest, en passant entre le Massif central et les Pyrénées, comme dans un couloir naturel. Dans les deux cas, le relief joue un rôle d’“entonnoir” qui renforce la puissance du vent.
Troisième différence : leur origine météorologique. Le mistral apparaît généralement lorsqu’une zone de haute pression s’installe à l’ouest (souvent vers l’Atlantique) et une dépression vers l’est (Italie ou Méditerranée). L’air est alors aspiré vers le sud, créant ce flux rapide et froid. La tramontane repose sur un mécanisme assez proche, mais implique souvent une dépression sur le golfe du Lion et un anticyclone sur l’Atlantique, ce qui accentue un flux nord-ouest plus direct.
Côté sensations, ils partagent plusieurs caractéristiques : ce sont des vents froids, secs et violents. Ils peuvent dépasser les 100 km/h, surtout en hiver et au printemps. Mais le mistral est particulièrement réputé pour dégager le ciel : après son passage, la lumière devient d’une clarté exceptionnelle, typique de la Provence. La tramontane aussi assèche l’air et nettoie le ciel, mais elle est souvent perçue comme plus irrégulière, avec des rafales parfois très brusques.
Enfin, leur impact culturel diffère légèrement. Le mistral fait partie intégrante de l’imaginaire provençal, évoqué par les peintres et les écrivains. La tramontane, elle, est presque une identité climatique du Roussillon, parfois associée à une forme de rudesse du paysage.
En résumé : mistral à l’est du Rhône, tramontane plus à l’ouest ; mistral venant du nord, tramontane du nord-ouest ; deux vents cousins, mais ancrés dans des géographies distinctes.
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Qu'est-ce que le surgreffage qui transforme le vin rouge en vin blanc ?
02:18|À Bordeaux, une technique discrète intrigue de plus en plus : le surgreffage. Elle permet, en quelques mois seulement, de transformer une vigne produisant du raisin rouge en vigne donnant du raisin blanc. Une sorte de “changement d’identité” végétal, bien réel — mais sans magie.Pour comprendre, il faut rappeler que la couleur du vin ne dépend pas du sol ni du climat, mais du cépage, c’est-à-dire de la variété de vigne. Or chaque pied de vigne est constitué de deux parties : le porte-greffe (les racines, souvent résistantes aux maladies) et le greffon (la partie aérienne, qui produit les raisins). C’est ce greffon qui détermine la couleur et les arômes.Le surgreffage consiste à remplacer ce greffon sans arracher le pied. Concrètement, on coupe le tronc de la vigne existante, puis on insère un nouveau greffon — par exemple un cépage blanc comme le sauvignon blanc — sur un pied qui produisait auparavant du merlot ou du cabernet. Le système racinaire reste intact, mais la partie supérieure change. Résultat : dès la saison suivante, la vigne peut produire des raisins… blancs.Pourquoi faire cela ? Principalement pour des raisons économiques et climatiques. À Bordeaux, la demande en vins rouges a tendance à diminuer, tandis que celle pour les vins blancs progresse. Replanter entièrement un vignoble prend du temps — souvent 3 à 5 ans avant une production significative. Le surgreffage, lui, permet de gagner un temps précieux : la vigne étant déjà adulte, elle repart plus vite.Il y a aussi une logique d’adaptation au changement climatique. Certains cépages rouges, comme le merlot, souffrent davantage de la chaleur et de la sécheresse. Passer à des cépages blancs, parfois plus adaptés, devient une stratégie pour maintenir la qualité et l’équilibre des vins.Techniquement, l’opération demande un vrai savoir-faire. La greffe doit être précise pour que les tissus cicatrisent correctement. Le moindre défaut peut compromettre la reprise. Mais lorsqu’elle réussit, le taux de reprise est élevé et la transformation spectaculaire.Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que le vin ne “devient” pas blanc à partir d’un raisin rouge. On change simplement la variété produite par la plante. Le surgreffage est donc une solution rapide, pragmatique et de plus en plus utilisée pour faire évoluer les vignobles sans repartir de zéro.Une manière, en somme, de réécrire l’avenir d’un terroir… sans en changer les racines.
Rediffusion - Pourquoi Jean-Henri Fabre est-il un génie ?
02:20|Jean-Henri Fabre, surnommé « l’Homère des insectes », est une figure fascinante de la science du XIXe siècle. Né en 1823 dans une modeste famille de l’Aveyron, il grandit en pleine nature, développant très tôt une passion pour l’observation du monde vivant. Pourtant, rien ne le prédestinait à devenir l’un des plus grands entomologistes de son temps.Issu d’un milieu pauvre, Fabre doit se battre pour apprendre. Élève brillant mais sans moyens, il suit des études grâce à une bourse et devient instituteur. Curieux de tout, il étudie en autodidacte la physique, la chimie et surtout l’histoire naturelle. Son appétit insatiable pour la connaissance le pousse à mener des expériences dans des conditions rudimentaires.Mais ce sont les insectes qui captivent le plus son attention. Contrairement aux scientifiques de son époque, qui se contentent de classifier les espèces, Fabre veut comprendre leur comportement. Il passe des heures à observer les scarabées, les guêpes fouisseuses et les araignées, notant avec une précision remarquable leurs habitudes et stratégies de survie. Ses expériences, souvent réalisées dans son propre jardin, révèlent des faits stupéfiants. Il découvre, par exemple, comment certaines guêpes paralysent leurs proies avec une incroyable précision, ou comment les insectes utilisent des signaux chimiques pour communiquer.Son approche, basée sur l’observation directe et l’expérimentation, est révolutionnaire pour son époque. Mais son indépendance et son refus des dogmes scientifiques lui valent aussi des critiques. Pourtant, il ne se décourage pas. Il publie ses travaux sous une forme accessible, notamment dans son œuvre majeure, « Souvenirs entomologiques », une série de dix volumes où il raconte avec un talent littéraire rare ses découvertes sur la vie des insectes.Reconnu tardivement, Fabre reçoit les éloges de Darwin lui-même, qui admire la rigueur de ses observations. Il finit par obtenir une reconnaissance mondiale, bien qu’il ait toujours vécu modestement, loin des cercles académiques.Jean-Henri Fabre meurt en 1915, laissant derrière lui un héritage scientifique immense. Son approche sensible et rigoureuse de la nature a ouvert la voie à l’éthologie moderne, et ses écrits continuent d’émerveiller aussi bien les scientifiques que les amoureux de la nature. Un autodidacte de génie qui nous rappelle que la curiosité et la passion peuvent faire avancer la science bien plus que les diplômes.
Rediffusion - Pourquoi les arbres poussent-ils de plus en plus haut ?
02:05|La montée en altitude des arbres dans les montagnes est un phénomène de plus en plus observé à travers le monde, en raison du réchauffement climatique. Bien que cela puisse sembler anodin, voire positif à première vue, ce déplacement progressif des forêts vers des altitudes plus élevées soulève plusieurs problématiques écologiques préoccupantes.Un indicateur du réchauffement climatiqueL'élévation des températures mondiales permet aux arbres de coloniser des zones auparavant trop froides pour leur croissance. Ainsi, dans de nombreuses chaînes de montagnes, on observe une remontée de la limite forestière, parfois de plusieurs dizaines de mètres par décennie. Par exemple, dans les Alpes suisses, des observations récentes ont révélé que des espèces comme le mélèze et l'arolle colonisent des altitudes de plus en plus élevées. Un mélèze a été découvert à 2 971 mètres, tandis qu'un genévrier a été trouvé au-dessus de 3 000 mètres, ce qui illustre la progression des arbres vers des zones autrefois inhospitalières. En Amérique du Sud, le Polylepis tarapacana forme des forêts entre 4 000 et 5 000 mètres dans le parc national du Sajama, en Bolivie, constituant ainsi les forêts les plus hautes de la planète.Menace pour la biodiversité alpineLes écosystèmes de haute montagne sont particulièrement vulnérables aux changements environnementaux. Ces milieux abritent des espèces végétales et animales adaptées à des conditions extrêmes, qui ne peuvent pas survivre si la température augmente et que leur habitat se réduit. Lorsque les arbres progressent en altitude, ils colonisent des prairies alpines et des zones de toundra, mettant en péril ces milieux ouverts riches en biodiversité. Des espèces comme le lagopède alpin ou certaines plantes endémiques voient leur habitat naturel réduit et se retrouvent poussées vers des zones encore plus élevées.Déséquilibre hydrologique et impact sur les solsLes montagnes jouent un rôle crucial dans le cycle de l’eau, en régulant le débit des rivières et en stockant l’eau sous forme de neige et de glace. La montée des arbres modifie ces équilibres en influençant l’évapotranspiration et l’infiltration des eaux. Les racines des arbres peuvent modifier la structure des sols, accélérant l’érosion et augmentant le risque de glissements de terrain.En conclusion, bien que la progression des arbres en altitude puisse sembler être une adaptation naturelle au changement climatique, elle représente un défi majeur pour la conservation des écosystèmes de montagne et nécessite une attention particulière afin de préserver la biodiversité et les services écosystémiques associés.
Rediffusion - Connaissez-vous la “fleur cadavre” ?
02:01|La "fleur cadavre", connue scientifiquement sous le nom d’Amorphophallus titanum, est une plante tropicale fascinante et rare, originaire des forêts humides de Sumatra, en Indonésie. Elle est célèbre pour sa floraison spectaculaire et son odeur particulièrement nauséabonde, qui évoque la chair en décomposition. Ce phénomène est destiné à attirer les insectes pollinisateurs, tels que les mouches et les coléoptères, qui sont naturellement attirés par les matières en décomposition.Caractéristiques de la fleur cadavreL’Amorphophallus titanum est considérée comme la plus grande fleur non ramifiée du monde. Elle peut atteindre jusqu’à 3 mètres de hauteur, et son inflorescence, en forme de cône géant, est constituée d’un spadice central entouré d’une spathe de couleur pourpre. La plante met plusieurs années, parfois jusqu’à 10 ans, avant de fleurir pour la première fois. Une fois éclose, la floraison ne dure que 24 à 48 heures, durant lesquelles la plante libère son odeur nauséabonde.Le mécanisme de cette odeur repose sur la production de composés chimiques volatils, tels que le sulfure de diméthyle, qui est également responsable de l’odeur du poisson en décomposition. Cette stratégie olfactive permet d’attirer efficacement les pollinisateurs nocturnes et charognards.Une attraction botanique rareEn raison de sa rareté et de son aspect spectaculaire, la floraison de la fleur cadavre est un événement qui suscite un vif intérêt dans le monde entier. Récemment, en Australie, une de ces fleurs a attiré des centaines de curieux dans le jardin botanique de Mount Lofty, près d'Adélaïde. Ce spécimen, qui a mis 12 ans à fleurir, a dégagé une odeur intense de chair en décomposition, captivant les visiteurs malgré son parfum peu engageant.Les passionnés de botanique se déplacent souvent de loin pour assister à la floraison éphémère de cette plante, dont la culture reste un défi en dehors de son habitat naturel. Les jardins botaniques à travers le monde, notamment en Europe et aux États-Unis, possèdent parfois des spécimens, mais leur floraison demeure rare et imprévisible.Conservation et défisL’Amorphophallus titanum est aujourd’hui considérée comme vulnérable, menacée par la déforestation de son habitat naturel en Indonésie. Les efforts de conservation passent par la culture en captivité dans des jardins botaniques et par des initiatives visant à préserver les forêts tropicales de Sumatra.En résumé, la fleur cadavre est une merveille de la nature qui, malgré son odeur repoussante, continue de fasciner le public et de jouer un rôle crucial dans l’écosystème tropical.
Rediffusion - Que vient-on de découvrir dans l’eau du robinet ?
01:44|L’acide trifluoroacétique (TFA), un composé chimique classé parmi les "polluants éternels", a été détecté dans l’eau du robinet d’une majorité de villes françaises, selon une enquête récente effectuée par l'UFC-Que Choisir et l'ONG environnementale Générations Futures.Le TFA est un sous-produit de la dégradation d'autres composés fluorés utilisés dans de nombreux domaines industriels et domestiques, notamment les revêtements antiadhésifs, les mousses anti-incendie, les textiles imperméables ou encore les pesticides. Ce polluant est extrêmement stable chimiquement, ce qui signifie qu'il ne se dégrade pas facilement dans l’environnement, s’accumulant ainsi dans les sols, les cours d’eau et, inévitablement, dans l’eau potable.L’enquête menée dans plusieurs grandes villes françaises a révélé la présence de TFA dans une grande majorité des échantillons analysés. Cette contamination est d’autant plus préoccupante que les traitements classiques des stations d’épuration ne permettent pas d’éliminer efficacement ces substances. Les concentrations mesurées restent cependant conformes aux normes sanitaires actuelles, bien que celles-ci fassent encore l’objet de débats scientifiques et réglementaires, certains experts estimant qu’elles devraient être renforcées.Sur le plan sanitaire, les PFAS, dont fait partie le TFA, sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, susceptibles d'affecter le système hormonal humain. Des études ont également mis en avant des liens potentiels avec certaines maladies chroniques, comme le cancer, les troubles métaboliques ou des effets sur le système immunitaire. La difficulté réside dans le manque de recul et de données précises concernant les effets d’une exposition prolongée à faible dose.Face à cette situation, les autorités sanitaires françaises et européennes travaillent à une meilleure régulation de ces polluants, avec des seuils de concentration plus stricts et des exigences accrues en matière de surveillance. Certaines associations de consommateurs appellent également à des alternatives aux substances fluorées dans les produits du quotidien pour limiter les émissions dans l’environnement.En conclusion, la présence d'acide trifluoroacétique dans l'eau du robinet est une problématique environnementale et sanitaire qui suscite de plus en plus d'inquiétudes. Une meilleure gestion de ces polluants ainsi qu’une prise de conscience collective sont essentielles pour limiter leur impact à long terme.
A propos de la programmation de cette semaine
00:30|En raison de la situation actuelle au Moyen-Orient, j’ai été momentanément bloqué à l’étranger, ce qui m'a empêché d’enregistrer de nouveaux épisodes pour cette semaine. Je suis contraint de vous proposer des rediffusions jusqu'à vendredi. Veuillez m'en excuser.
Pourquoi les juments accouchent relaxées ?
02:19|Contrairement à l’accouchement humain, souvent long, douloureux et associé à un stress intense, la mise bas chez la jument se déroule dans un état de relaxation physiologique remarquable. Ce phénomène, longtemps observé par les éleveurs, a été confirmé scientifiquement par une étude menée par l’École vétérinaire de Vienne, qui a analysé précisément les marqueurs biologiques du stress pendant le poulinage.Les résultats sont frappants. Au moment de la mise bas, les indicateurs classiques du stress — comme le taux de cortisol, la fréquence cardiaque ou certains paramètres hormonaux — sont au plus bas. Autrement dit, le corps de la jument n’est pas en état d’alerte maximale, mais dans une forme de relâchement profond. Cette relaxation favorise une coordination musculaire optimale et une efficacité maximale des contractions utérines.Conséquence directe : l’accouchement est extrêmement rapide. Chez la jument, la phase d’expulsion du poulain dure en général entre 10 et 20 minutes. À comparer avec l’accouchement humain, qui peut s’étaler sur plusieurs heures, voire davantage. Cette rapidité n’est pas un hasard, mais le résultat d’une pression évolutive forte.Dans la vie sauvage, une jument en travail prolongé serait une proie idéale. Immobile, vulnérable, distraite par la douleur, elle attirerait immédiatement l’attention des prédateurs. L’évolution a donc favorisé un système où la gestation est longue — près de onze mois — mais où la naissance elle-même est fulgurante. La jument peut ainsi attendre le moment le plus sûr : un environnement calme, sans menace immédiate, souvent la nuit ou à l’aube. Une fois les conditions réunies, la mise bas se déclenche et se termine très rapidement.La relaxation joue ici un rôle clé. Le stress inhibe la libération de certaines hormones essentielles à l’accouchement, notamment l’ocytocine. Chez la jument, un état de calme profond permet au contraire une sécrétion optimale de ces hormones, rendant les contractions plus efficaces et mieux synchronisées. Le corps ne lutte pas contre l’événement : il l’accompagne.Cette stratégie explique aussi pourquoi les juments sont extrêmement sensibles aux perturbations pendant la mise bas. Bruit, lumière, présence humaine excessive ou stress environnemental peuvent interrompre ou retarder le processus. En élevage, cela impose de respecter un environnement calme et discret, proche des conditions naturelles.En résumé, si les juments accouchent « relaxées », ce n’est ni un hasard ni un luxe biologique. C’est une adaptation vitale, façonnée par la sélection naturelle, qui permet une naissance rapide, efficace et compatible avec une vie exposée aux dangers. Un rappel saisissant que, dans le monde animal, la survie passe souvent par l’économie d’effort et la précision du timing.
Pourquoi le narval a-t-il une “corne” ?
02:25|Le narval est souvent surnommé la « licorne des mers » à cause de sa célèbre « corne » spiralée. Pourtant, contrairement à ce que suggère l’imaginaire, il ne s’agit pas d’une corne, mais d’une dent, et son existence intrigue les scientifiques depuis des siècles.Chez le narval mâle — plus rarement chez la femelle — une canine supérieure gauche se développe de manière spectaculaire. Au lieu de rester dans la mâchoire, elle traverse la lèvre et s’allonge vers l’avant, pouvant atteindre jusqu’à trois mètres de long. Cette dent est creuse, légèrement flexible, et parcourue de millions de terminaisons nerveuses. Ce n’est donc pas une arme inerte, mais un organe extrêmement sensible.Longtemps, on a pensé que cette défense servait avant tout au combat entre mâles, notamment lors de rivalités pour l’accès aux femelles. De fait, les mâles sont souvent observés en train de croiser leurs défenses dans des interactions appelées « tusking ». Ces affrontements semblent toutefois davantage relever de l’intimidation et de l’évaluation mutuelle que de véritables combats violents. La longueur et la robustesse de la défense pourraient ainsi signaler la maturité, la santé ou la dominance d’un individu.Mais cette explication n’est pas suffisante. Des recherches récentes ont mis en évidence un rôle bien plus surprenant : la défense du narval est un organe sensoriel. Les milliers de canaux microscopiques qui la traversent relient directement l’eau de mer au système nerveux. Grâce à cette structure unique, le narval serait capable de détecter des variations infimes de température, de pression et surtout de salinité. Dans l’Arctique, où les changements environnementaux sont rapides et critiques pour la survie, cette capacité pourrait offrir un avantage majeur pour repérer des zones favorables à l’alimentation ou à la migration.On sait également que les narvals utilisent parfois leur défense pour interagir avec leur environnement. Des observations ont montré des individus frappant des poissons avec précision, probablement pour les étourdir avant de les consommer. La défense n’est donc ni purement décorative, ni exclusivement symbolique.La question demeure toutefois partiellement ouverte : pourquoi une telle structure n’existe-t-elle que chez le narval, et pourquoi sous cette forme extrême ? La réponse se situe sans doute à l’intersection de la sélection sexuelle, de l’adaptation sensorielle et de l’évolution dans un milieu polaire exigeant. La « corne » du narval est ainsi le produit d’un compromis évolutif rare, où un organe peut à la fois séduire, informer et aider à survivre.En résumé, la fameuse corne du narval n’est ni un mythe ni une simple arme. C’est une dent transformée en capteur biologique sophistiqué, emblématique de l’ingéniosité du vivant et de l’extrême spécialisation des espèces arctiques face à leur environnement.