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Choses à Savoir CERVEAU

La qualité de l’air respiré peut-elle avoir un impact sur le cerveau des bébés ?

Il commence à être assez bien établi que la qualité de l’air que nous respirons pourrait, avec le temps, ne pas être anodine sur la santé de notre organisme, tout autant que sur celle de notre cerveau. En effet, certaines fines particules présentes dans l’air peuvent passer de nos poumons, à notre sang et de notre sang à notre cerveau. Mais si une mauvaise qualité de l’air pourrait à long terme ne pas être sans conséquence sur la santé et le fonctionnement du cerveau d’un adulte, qu’en est-il pour les tout jeunes nourrissons chez lesquels le cerveau est en plein développement ?

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  • Pourquoi l'endormissement ne s'effectue-t-il pas en douceur ?

    01:45|
    Quand on se couche, l’intuition nous dit que nous nous laissons doucement aller vers le sommeil — un peu comme une pente descendante. Pourtant, le cerveau ne glisse pas progressivement dans l’inconscience : il bascule, comme si un interrupteur était soudainement actionné.Une étude récente publiée dans Nature Neuroscience montre exactement cela : l’endormissement n’est pas un déclin lent et continu, mais une transition nette et rapide, appelée bifurcation, où le cerveau passe d’un état stable d’éveil à un état stable de sommeil en quelques instants seulement.Dans cette recherche, des scientifiques ont analysé des électroencéphalogrammes (EEG) de plus de 1 000 personnes pendant leurs nuits de sommeil. Ils ont transformé les signaux électriques du cerveau en une trajectoire dans un espace multidimensionnel de caractéristiques EEG. Ce modèle mathématique a révélé qu’à un certain moment précis, l’activité cérébrale franchit un seuil critique : les variations des signaux deviennent soudaines, rapides et coordonnées — signes d’un changement d’état radical du système cérébral.Ce point de bascule n’est pas une légère accélération : avant lui, l’activité cérébrale reste relativement stable. Puis, en quelques minutes seulement, souvent autour de 4 à 5 minutes avant l’endormissement objectivement défini, l’ensemble du réseau neuronal change d’organisation et le cerveau tombe littéralement dans le sommeil. C’est ce qu’on appelle un phénomène de bifurcation, analogue à la façon dont un bâton plié finit par se rompre soudainement lorsqu’on atteint une certaine pression.Et ce qui rend cette découverte encore plus fascinante, c’est que les chercheurs ont pu prédire ce basculement avec une précision exceptionnelle, presque en temps réel : grâce au modèle et aux données EEG individuelles, ils ont pu anticiper le moment exact où une personne allait basculer dans le sommeil avec une précision de l’ordre de la seconde.Ainsi, loin d’être une dégradation progressive de la vigilance, l’endormissement ressemble à un “commutateur” neuronal qui se déclenche : l’état d’éveil reste stable puis, arrivé à une zone critique, le cerveau franchit rapidement une barrière dynamique pour entrer dans le sommeil.Cette découverte bouleverse notre compréhension classique du sommeil. Elle ouvre non seulement des perspectives théoriques nouvelles sur la manière dont le cerveau contrôle les états de conscience, mais elle pourrait aussi améliorer les stratégies de diagnostic et de traitement des troubles du sommeil, et même la conception de technologies qui détectent ou facilitent l’endormissement.
  • Pourquoi notre cerveau sabote rapidement nos résolutions du Nouvel An?

    02:52|
    Chaque mois de janvier, le scénario se répète. Nous prenons des résolutions ambitieuses — faire du sport, mieux manger, moins procrastiner — et pourtant, avant même le 8 janvier, beaucoup ont déjà abandonné. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est le fonctionnement normal du cerveau.Première explication : le conflit entre deux systèmes cérébraux. D’un côté, le cortex préfrontal, siège de la planification, des objectifs à long terme et du contrôle de soi. De l’autre, les structures plus anciennes du cerveau, comme le système limbique, orientées vers le plaisir immédiat et l’économie d’énergie. Or, le cortex préfrontal est énergivore, lent et fragile face à la fatigue. Une étude publiée dans Nature Neuroscience montre que l’autocontrôle repose sur des réseaux neuronaux limités : plus on les sollicite, plus leur efficacité diminue au fil des jours.Deuxième facteur clé : la dopamine, souvent mal comprise. Contrairement à une idée reçue, la dopamine ne récompense pas l’effort futur, mais l’anticipation d’une récompense immédiate. Au début de janvier, l’idée de “nouvelle vie” stimule fortement le système dopaminergique. Mais très vite, l’absence de récompense rapide — un corps plus sportif, moins de stress, plus d’énergie — provoque une chute de motivation. Des travaux publiés dans Neuron montrent que lorsque l’effort n’est pas suivi d’un retour rapide, le cerveau réduit spontanément l’engagement.Troisième élément : le stress et la charge mentale. Janvier n’est pas un mois neutre : reprise du travail, fatigue hivernale, contraintes familiales. Or le stress chronique inhibe le cortex préfrontal et favorise les comportements automatiques. Une étude de 2015 dans Proceedings of the National Academy of Sciences a démontré que sous stress, le cerveau bascule vers des habitudes déjà installées, même si elles vont à l’encontre de nos objectifs conscients.Enfin, le cerveau déteste les changements trop brutaux. Les résolutions reposent souvent sur une rupture radicale : “tout arrêter”, “tout changer”. Or l’apprentissage neuronal fonctionne par micro-ajustements répétés, pas par transformation soudaine. Les neurosciences de l’habitude, notamment les travaux de Wendy Wood, montrent que plus de 40 % de nos comportements quotidiens sont automatiques — et profondément résistants au changement volontaire.Si vos résolutions échouent avant le 8 janvier, ce n’est pas une faiblesse personnelle. C’est votre cerveau qui privilégie la survie, l’économie d’énergie et la récompense immédiate. La solution n’est pas plus de volonté, mais des objectifs plus petits, des récompenses rapides et des changements progressifs. Autrement dit : travailler avec votre cerveau, et non contre lui.
  • Pourquoi le cerveau broie-t-il du noir la nuit ?

    02:45|
    Pourquoi a-t-on l’impression que tout devient plus sombre, plus grave, plus angoissant une fois la nuit tombée ? Cette sensation bien connue n’est pas qu’une impression subjective. En 2022, des chercheurs de l’université de Harvard ont formulé une hypothèse scientifique devenue très commentée : la théorie Mind After Midnight, publiée dans la revue Frontiers in Network Psychology.Selon cette hypothèse, le cerveau humain n’est tout simplement pas conçu pour fonctionner de manière optimale après minuit. Passé un certain seuil nocturne, notre organisme entre dans une zone de vulnérabilité cognitive et émotionnelle. Les chercheurs expliquent que la nuit combine plusieurs facteurs biologiques défavorables : la fatigue, la privation de sommeil, la baisse de la température corporelle et surtout des déséquilibres neurochimiques.Le principal mécanisme en cause concerne les neurotransmetteurs. La nuit, la production de sérotonine et de dopamine, associées à la régulation de l’humeur et à la motivation, diminue. À l’inverse, les circuits cérébraux liés à la peur, à l’anticipation négative et à la rumination, notamment ceux impliquant l’amygdale, deviennent relativement plus dominants. Résultat : le cerveau interprète plus facilement les pensées de manière pessimiste, anxieuse ou catastrophique.Autre élément clé de la théorie Mind After Midnight : la baisse du contrôle cognitif. Le cortex préfrontal, chargé de la prise de recul, du raisonnement logique et de la régulation émotionnelle, est particulièrement sensible au manque de sommeil. La nuit, il fonctionne au ralenti. Cela signifie que les pensées négatives ne sont plus correctement filtrées. Une inquiétude banale en journée peut ainsi se transformer en spirale mentale nocturne, donnant l’impression que « tout va mal ».Les chercheurs de Harvard soulignent aussi un facteur comportemental : l’isolement nocturne. La nuit, les interactions sociales diminuent, les possibilités d’action concrète sont réduites, et le cerveau se retrouve seul face à lui-même. Or, notre cognition est fondamentalement sociale. Privé de feedback extérieur, le cerveau a tendance à amplifier les scénarios internes, souvent les plus sombres.Cette théorie a des implications très concrètes aujourd’hui. Elle permet de mieux comprendre pourquoi les travailleurs de nuit, les personnes souffrant d’insomnie chronique ou de troubles anxieux présentent un risque accru de dépression, d’idées noires et de prises de décision impulsives. Les chercheurs insistent d’ailleurs sur un point crucial : les décisions importantes ne devraient jamais être prises au cœur de la nuit.En résumé, si le cerveau broie du noir la nuit, ce n’est pas parce que la réalité devient soudain plus sombre, mais parce que nos circuits cérébraux sont biologiquement désynchronisés. La théorie Mind After Midnight nous rappelle une chose essentielle : parfois, le problème n’est pas ce que l’on pense… mais l’heure à laquelle on pense.
  • Pourquoi sauter le petit-déjeuner ne met pas votre cerveau en danger ?

    02:29|
    Sauter le petit-déjeuner est souvent présenté comme une erreur nutritionnelle majeure, presque une agression pour le cerveau. Pourtant, les données scientifiques récentes nuancent fortement cette idée. Plusieurs études en neurosciences et en métabolisme montrent que ne pas manger le matin n’est pas forcément mauvais pour le cerveau, et peut même, dans certains contextes, produire des effets intéressants.D’un point de vue biologique, le cerveau consomme en permanence de l’énergie, principalement sous forme de glucose. Après une nuit de sommeil, les réserves de glycogène hépatique sont partiellement entamées, mais le cerveau n’est pas « à court de carburant ». Une étude publiée dans Nature Reviews Neuroscience et plusieurs travaux en imagerie cérébrale ont montré que, lors d’un jeûne matinal modéré, le cerveau adapte rapidement son métabolisme. Il augmente l’utilisation de corps cétoniques, produits à partir des graisses, qui constituent une source d’énergie très stable pour les neurones.Sur le plan neurochimique, sauter le petit-déjeuner active plusieurs mécanismes intéressants. Le jeûne entraîne une hausse transitoire de la noradrénaline et de la dopamine, des neurotransmetteurs impliqués dans l’éveil, la vigilance et la motivation. C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes se sentent plus concentrées ou plus alertes le matin à jeun. Une étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences a également montré que le jeûne stimule la production de BDNF, un facteur neurotrophique essentiel à la plasticité cérébrale, à l’apprentissage et à la mémoire.Contrairement à une idée reçue, le cerveau ne « ralentit » pas systématiquement sans petit-déjeuner. En réalité, il passe en mode économie et optimisation, favorisant les circuits de l’attention et réduisant les activités non essentielles. C’est un mécanisme hérité de l’évolution : pendant des millions d’années, nos ancêtres devaient chasser ou chercher de la nourriture avant de manger, et leur cerveau devait être performant à jeun.Cela dit, ce mécanisme n’est pas universel. Les études montrent une grande variabilité interindividuelle. Chez certains enfants, adolescents ou personnes très sensibles aux variations glycémiques, sauter le petit-déjeuner peut entraîner irritabilité, baisse de concentration ou fatigue mentale. Le contexte est donc essentiel : qualité du sommeil, repas de la veille, stress et activité cognitive prévue.En résumé, sauter le petit-déjeuner n’est pas intrinsèquement mauvais pour le cerveau. Chez l’adulte en bonne santé, cela peut même activer des mécanismes neuroprotecteurs et améliorer temporairement la vigilance. Comme souvent en neurosciences, la clé n’est pas une règle universelle, mais l’adaptation du cerveau à son environnement et à ses habitudes.
  • Joyeux Noël ! Rendez-vous le 5 janvier

    01:29|
    À l’approche de Noël, le podcast fait une courte pause pendant les fêtes, l’occasion pour moi de vous remercier chaleureusement pour votre fidélité et votre présence précieuse, de vous souhaiter de très belles fêtes pleines de chaleur et de moments simples, et de vous donner rendez-vous dès le 5 janvier pour de nouveaux épisodes.
  • Que fait réellement le protoxyde d’azote à notre cerveau ?

    02:14|
    Le protoxyde d’azote, plus connu sous le nom de « gaz hilarant », est souvent perçu comme une substance légère, presque anodine. Utilisé à l’origine en médecine pour ses propriétés analgésiques et anxiolytiques, il s’est diffusé ces dernières années dans les usages récréatifs. Mais ses effets sur le cerveau sont loin d’être bénins. Derrière les rires et la sensation d’euphorie se cache une action neurologique puissante, complexe… et potentiellement dangereuse.Dès l’inhalation, le protoxyde d’azote agit comme un antagoniste des récepteurs NMDA, des récepteurs essentiels à la communication entre neurones. En les bloquant, il provoque une déconnexion temporaire dans certaines zones cérébrales, d’où la sensation de flottement, d’irréalité, de dissociation. Cette altération du traitement sensoriel explique également les perceptions modifiées : sons étouffés, vision déformée, impressions d’éloignement du corps.Le gaz stimule également le système dopaminergique, ce qui renforce la sensation d’euphorie. La dopamine, neurotransmetteur de la récompense, crée un pic bref mais intense, donnant à l’utilisateur la sensation que tout devient soudain amusant, léger, dédramatisé. Ce mécanisme explique la recherche de répétition : plus on consomme, plus on souhaite reproduire ce “flash” plaisant.Mais derrière ces effets immédiats se cachent des risques importants. Le protoxyde d’azote perturbe l’absorption de la vitamine B12, un élément indispensable à la fabrication de la myéline, cette gaine protectrice qui permet aux neurones de transmettre les signaux électriques. Une carence prolongée peut entraîner des atteintes de la moelle épinière, des fourmillements, des pertes d’équilibre, voire des paralysies partielles. Et ces dommages peuvent parfois être irréversibles.Le gaz réduit également la quantité d’oxygène disponible pour le cerveau. Une inhalation répétée ou mal contrôlée peut conduire à une hypoxie, c’est-à-dire un manque d’oxygène dans les tissus cérébraux. À court terme, cela provoque des pertes de connaissance ; à long terme, cela peut léser les zones impliquées dans la mémoire, l’attention ou la coordination.Enfin, l’usage fréquent modifie la connectivité neuronale, à la manière d’autres substances dissociatives. Certains utilisateurs témoignent d’un sentiment de brouillard mental, d’une fatigue cognitive durable, voire de troubles anxieux ou dépressifs après consommation répétée.En résumé, si le protoxyde d’azote procure une euphorie rapide, il agit profondément sur le cerveau : il altère la communication neuronale, perturbe la myéline, prive temporairement l’organisme d’oxygène et peut laisser des séquelles durables. Un plaisir fugace, mais un risque réel.
  • A quand remontent nos souvenirs musicaux les plus puissants ?

    01:49|
    Pourquoi certaines chansons nous bouleversent-elles instantanément ? Pourquoi quelques notes suffisent-elles à nous replonger dans un moment précis de notre vie — parfois avec une intensité presque physique ? Une étude fascinante de l’Université de Jyväskylä, en Finlande, vient d’apporter une réponse scientifique à cette question. Et elle bouscule une idée reçue : nos morceaux préférés ne sont pas ceux que nous écoutons aujourd’hui, mais ceux que nous avons découverts… autour de 17 ans.Les chercheurs ont mis en évidence un phénomène appelé la “bosse de réminiscence” : une période de la vie, à la fin de l’adolescence, où les souvenirs se fixent avec une puissance bien supérieure à d’autres moments de l’existence. Et la musique, omniprésente à cet âge, en est l’un des marqueurs les plus forts.Pourquoi 17 ans ? Parce qu’à cet âge, le cerveau est en pleine effervescence. Le système limbique, siège des émotions, fonctionne à plein régime, alors que le cortex préfrontal, responsable du recul et du contrôle, n’est pas encore totalement mature. Autrement dit, nous ressentons tout… plus fort. La musique devient alors un amplificateur d’émotions : elle accompagne les premières amitiés intenses, les premiers amours, les premières transgressions, parfois les premières grandes douleurs. Ces émotions marquantes s’impriment dans le cerveau comme des sillons profonds.L’étude finlandaise montre que le cerveau adulte réagit plus fortement — mesurablement plus fortement — aux chansons associées à cette période qu’à n’importe quelle autre musique. Lorsque nous réécoutons ces morceaux, les zones liées à la mémoire autobiographique, à la récompense et à l’émotion s’illuminent simultanément. C’est pour cela qu’une chanson de nos 17 ans peut provoquer une vague de nostalgie, une larme, un sourire immédiat ou même une accélération du rythme cardiaque.Ce phénomène n’est pas uniquement émotionnel : il est neurologique. Nos réseaux neuronaux se stabilisent à la fin de l’adolescence. La musique entendue à ce moment agit comme une signature durable, capable d’activer des circuits restés presque inchangés pendant des décennies.En clair, nos souvenirs musicaux les plus puissants ne viennent pas de la playlist que nous écoutons aujourd’hui, mais de celle de nos 17 ans. Une période où la musique devient un véritable marqueur identitaire, un ancrage émotionnel, parfois même une boussole intime.Et c’est peut-être pour cela que, quel que soit notre âge, il suffit de quelques secondes d’un vieux morceau pour redevenir, l’espace d’un instant… la personne que nous étions alors.
  • Que devient le cerveau de ceux qui travaillent plus de 52 heures par semaine ?

    02:15|
    C’est une question vertigineuse, presque taboue dans nos sociétés où la surcharge de travail est souvent perçue comme une preuve de détermination. Pourtant, la science raconte une tout autre histoire. Une équipe de chercheurs coréens des universités Chung-Ang et Yonsei a mené l’une des études les plus éclairantes sur ce sujet. Publiée dans la revue Occupational and Environmental Medicine, elle révèle ce qui se passe réellement dans le cerveau de celles et ceux qui dépassent régulièrement 52 heures de travail par semaine. Les résultats sont aussi fascinants qu’inquiétants.Les chercheurs ont utilisé l’imagerie cérébrale pour observer des salariés soumis à des semaines longues et répétées. Et ce qu’ils ont découvert est sans appel : le surmenage ne fatigue pas seulement le corps, il remodèle physiquement le cerveau. Chez les travailleurs les plus exposés, plusieurs zones clés montrent un amincissement du cortex, notamment dans les régions associées à la mémoire, à la régulation émotionnelle et à la prise de décision. Concrètement, cela signifie que la « matière » même qui nous permet de réfléchir, d'apprendre, de gérer le stress ou d’inhiber les impulsions s’érode progressivement.L’étude met également en lumière une perturbation du réseau limbique, la zone qui orchestre nos émotions. Les personnes dépassant les 52 heures hebdomadaires présentent une activité accrue de l’amygdale, signe d’un état de vigilance permanent, presque d’alerte. Ce “mode survie” chronique pourrait expliquer l'augmentation du risque de dépression, d’anxiété et d’irritabilité constatée dans cette population.Autre effet surprenant : le rétrécissement du corps calleux, le faisceau de fibres qui relie les deux hémisphères. Lorsqu’il s’affine, la communication interne du cerveau devient moins fluide. Résultat : baisse de créativité, difficultés à résoudre les problèmes complexes et sensation de “brouillard mental”.Selon les chercheurs, ces altérations ne sont pas de simples épisodes passagers. Travailler plus de 52 heures par semaine, et ce sur de longues périodes, pourrait entraîner des modifications durables du cerveau. L’organisme s’adapte, certes, mais au prix d’une réduction de ses capacités cognitives et émotionnelles.Le message est clair : l'excès de travail n’est pas un signe de force, mais une agression neurologique silencieuse. Et si l’on peut récupérer une partie de ces fonctions, cela nécessite du repos réel, prolongé, et parfois un rééquilibrage profond du mode de vie.En somme, le surmenage n’est pas une simple fatigue. C’est une transformation du cerveau lui-même – invisiblement, mais puissamment.
  • Pourquoi 9, 32, 66 et 83 ans sont des âges clefs ?

    03:22|
    Une vaste étude menée par l’équipe de l’Université de Cambridge a analysé les cerveaux de 3 802 individus âgés de 0 à 90 ans grâce à de l’IRM de diffusion, afin de cartographier comment les connexions neurales évoluent tout au long de la vie. Les chercheurs ont identifié quatre points de bascule – vers 9, 32, 66 et 83 ans – qui marquent des transitions entre cinq grandes phases d’organisation cérébrale. Chaque point correspond à un changement marqué dans la façon dont les régions du cerveau sont connectées et dans l’efficacité globale du réseau neuronal.9 ans correspond à la fin de l’enfance et au début de l’adolescence cérébrale. Depuis la naissance, le cerveau a produit un excès de connexions, puis a procédé à une élimination massive, appelée « poda synaptique ». En parallèle, la matière grise et la matière blanche continuent de croître, ce qui améliore l’épaisseur corticale et stabilise les plis du cortex. Cette période optimise les fonctions fondamentales : langage, mémoire, coordination, apprentissages de base. Le passage vers 9 ans reflète un basculement global : le cerveau quitte la phase d’enfance et entre dans une adolescence prolongée sur le plan neuronal.32 ans marque l’entrée dans la pleine maturité adulte. Entre 9 et 32 ans, les connexions se renforcent, la matière blanche se densifie et les échanges entre régions distantes deviennent plus rapides et plus efficaces. Le cerveau affine son organisation interne, ce qui correspond au pic des performances cognitives : raisonnement abstrait, mémoire de travail, rapidité intellectuelle, flexibilité mentale. Autour de 32 ans se produit le changement le plus marqué de toute la vie : le réseau neuronal se stabilise et atteint un plateau structurel, caractéristique du cerveau adulte pleinement mature.66 ans correspond au début du vieillissement cérébral. Après plusieurs décennies de relative stabilité, la connectivité globale commence à diminuer. La matière blanche, essentielle aux communications longue distance dans le cerveau, montre des signes de dégradation. La conséquence est un ralentissement progressif de la vitesse de traitement, une diminution de la flexibilité cognitive et parfois une réduction de la mémoire de travail. Néanmoins, certaines capacités – comme les savoirs accumulés ou l’intelligence cristallisée – restent relativement préservées.83 ans marque l’entrée dans la phase de vieillesse avancée. À cet âge, le cerveau connaît une nouvelle reconfiguration : les réseaux deviennent plus fragmentés et s’appuient davantage sur des connexions locales. La communication globale perd en efficacité, ce qui augmente la vulnérabilité aux fragilités cognitives et aux maladies neurodégénératives. Certaines zones plus robustes peuvent compenser partiellement, mais l’organisation générale du réseau est moins stable et moins intégrée.En résumé, cette étude montre que le cerveau ne vieillit pas de façon linéaire. Il traverse cinq grandes phases, avec des changements profonds à 9, 32, 66 et 83 ans. Ces âges clés correspondent à des réorganisations profondes : apprentissage fondamental, maturité cognitive, entrée dans le vieillissement et vieillesse avancée.