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La base

Le logiciel SAP

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Le logiciel allemand SAP, utilisé par 80 à 90 % des 500 plus grandes entreprises mondiales, constitue-t-il une arme de dissuasion numérique pour l’Europe face aux menaces américaines sur le Groenland ? La menace de censurer le logiciel pourrait être brandie si les Etats-Unis menace, eux, de couper des services essentiels comme Visa ou Microsoft en Europe.


L’exemple russe montre l’efficacité de cette arme : après la coupure progressive de SAP entre 2022 et 2024, les entreprises russes subissent encore des dommages considérables, avec des coûts de remplacement se chiffrant en milliards et un délai pouvant aller jusqu’à sept ans pour migrer vers un autre logiciel.

Cependant, utiliser cette « arme nucléaire numérique » comporterait des risques majeurs pour l’Europe elle-même, et doit être, pour parfaire la comparaison atomique, une menace de dissuasion plus qu’une option sérieusement envisagée.


SAP n’est pas une application que l’on installe pour “faire de la bureautique” : c’est le logiciel qui fait tourner la mécanique interne des grandes entreprises. Dans beaucoup de groupes industriels, de compagnies d’énergie, de transport, de distribution ou de pharmaceutique, SAP sert à organiser ce qui est vital mais invisible : acheter les matières premières, gérer les stocks, planifier la production, payer les fournisseurs, facturer les clients, suivre les livraisons et enregistrer toutes les opérations comptables. En clair : si SAP s’arrête brutalement, l’entreprise n’explose pas immédiatement… mais elle commence à fonctionner au ralenti, puis à l’aveugle.


C’est pour cela que SAP est souvent comparé à une “colonne vertébrale”. On peut remplacer un logiciel de visioconférence ou de messagerie en quelques semaines. Remplacer SAP, c’est une autre histoire : le logiciel est profondément imbriqué dans les procédures, les équipes, les systèmes informatiques, et parfois même dans la façon dont l’entreprise est organisée. Dans certains cas, SAP pilote des dizaines de milliers de références produits, des centaines d’usines, des entrepôts, des flux internationaux… et des milliards d’euros de transactions.


Le cas russe est devenu une sorte de démonstration grandeur nature : quand l’accès à SAP a été réduit puis coupé, il ne s’est pas produit une “panne” spectaculaire du jour au lendemain, mais une lente fragilisation. Les entreprises ont dû bricoler, accélérer des migrations difficiles, recruter des spécialistes rares, et investir des sommes énormes pour reconstruire des systèmes alternatifs — souvent moins performants, parfois incompatibles entre eux. Et surtout : plus le SAP d’origine était central, plus le remplacement est long, coûteux et risqué.


D’où l’idée, en Europe, d’une dissuasion : puisque SAP est européen, pourrait-on, en théorie, menacer de “couper SAP” aux États-Unis comme riposte à une éventuelle coupure de services américains essentiels en Europe (paiement, cloud, systèmes Microsoft, etc.) ? Dit autrement : transformer SAP en levier géopolitique.


Mais cette arme serait à double tranchant. D’abord parce qu’une censure toucherait aussi les filiales européennes de groupes américains et des milliers de chaînes logistiques imbriquées. Ensuite parce que l’Europe dépend elle-même de nombreux services numériques américains : escalader pourrait déclencher une guerre économique dont les entreprises européennes seraient parmi les premières victimes. Enfin, parce qu’utiliser SAP comme outil de coercition abîmerait sa crédibilité mondiale : quelle multinationale voudrait baser son fonctionnement sur un logiciel “politique” dont l’accès peut être coupé demain ?


Conclusion simple : SAP peut être vu comme une force stratégique européenne, et donc comme une forme de dissuasion numérique. Mais comme pour la dissuasion militaire, sa puissance réside surtout dans le fait de ne pas l’utiliser.

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  • La révolution Meiji

    02:05|
    La révolution Meiji, qui débute en 1868, est l'un des événements les plus importants de l'histoire du Japon. Elle marque le passage, en quelques décennies seulement, d'une société féodale à une grande puissance industrielle et militaire.Pour comprendre cette transformation, il faut revenir au Japon du milieu du XIXe siècle. À cette époque, le pays est dirigé par un shogun, un chef militaire qui détient le pouvoir réel, tandis que l'empereur occupe essentiellement une fonction symbolique. La société est organisée selon un système féodal, dominé notamment par les samouraïs. Le Japon limite également très fortement ses relations avec l'étranger.Tout bascule en 1853, lorsque des navires de guerre américains arrivent au Japon. Les États-Unis exigent l'ouverture du pays au commerce international. Face à leur supériorité militaire, les dirigeants japonais comprennent qu'ils risquent de subir la domination des puissances occidentales.En 1868, le shogunat est renversé et le pouvoir est officiellement restauré au profit du jeune empereur Meiji. C'est le début d'une transformation spectaculaire.Les nouveaux dirigeants décident de moderniser le Japon en s'inspirant des pays occidentaux. Ils développent les chemins de fer, construisent des usines, créent un système scolaire national et mettent en place une armée moderne fondée sur la conscription.Ils abolissent également les structures féodales et suppriment progressivement les privilèges des samouraïs. En 1889, le Japon adopte une Constitution, même si le pouvoir reste largement entre les mains de l'empereur et de ses dirigeants.Les résultats sont impressionnants. En quelques décennies, le Japon devient une puissance capable de rivaliser militairement avec les grandes nations. Il bat la Chine en 1895, puis la Russie en 1905.Mais cette modernisation s'accompagne aussi d'une politique de conquêtes territoriales et de domination de ses voisins.Voilà donc ce qu'il faut retenir de la révolution Meiji : pour éviter d'être dominé par les puissances occidentales, le Japon choisit de se transformer profondément, en adoptant une partie de leurs techniques, de leurs institutions et de leurs méthodes. Cette révolution pose les fondations du Japon moderne.
  • André Malraux

    02:47|
    André Malraux est l'une des grandes figures intellectuelles et politiques françaises du XXe siècle. Écrivain, aventurier, résistant puis ministre, il a consacré sa vie à deux grandes causes : la liberté et la culture.Il naît le 3 novembre 1901 à Paris, dans une famille modeste. Très jeune, il se passionne pour la littérature, l'art et les civilisations étrangères.En 1923, il part au Cambodge avec son épouse Clara. Mais l'aventure tourne au scandale : il est arrêté pour avoir prélevé des bas-reliefs dans un temple khmer. Condamné, il échappe finalement à la prison.Cet épisode controversé marque le début de son engagement contre les abus du colonialisme français en Indochine.Dans les années 1930, Malraux devient un écrivain célèbre. Son chef-d'œuvre, La Condition humaine, publié en 1933, reçoit le prix Goncourt. Le roman raconte l'échec d'une insurrection communiste à Shanghai, en Chine, en 1927.À travers cette histoire, Malraux pose une question fondamentale : comment donner un sens à l'existence humaine face à la souffrance, à l'injustice et à la mort ?Mais Malraux n'est pas seulement un intellectuel. C'est aussi un homme d'action.En 1936, lorsque la guerre civile éclate en Espagne, il prend le parti des républicains contre les nationalistes du général Franco. Il organise une escadrille d'avions pour participer aux combats. Cette expérience lui inspire son roman L'Espoir, publié en 1937.Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la Résistance, sous le pseudonyme de « colonel Berger ». En 1944, il commande notamment la brigade Alsace-Lorraine, engagée dans la libération du territoire.Après la guerre, sa vie prend un nouveau tournant : il devient un proche du général de Gaulle.En 1959, il est nommé à la tête du tout nouveau ministère des Affaires culturelles, fonction qu'il occupe jusqu'en 1969.Son ambition est révolutionnaire pour l'époque : rendre les grandes œuvres d'art accessibles au plus grand nombre.Il développe notamment les Maisons de la culture et encourage la restauration des monuments historiques. La loi Malraux de 1962 permet également de protéger des quartiers anciens menacés de destruction.Grand orateur, il prononce en 1964 un discours resté célèbre lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon.Parallèlement, il poursuit ses réflexions sur l'art, notamment avec Les Voix du silence et ses Antimémoires.André Malraux meurt le 23 novembre 1976, à 75 ans. Vingt ans plus tard, en 1996, ses cendres sont transférées au Panthéon.Son héritage est considérable : il a profondément marqué la littérature française, mais aussi la manière dont l'État protège et diffuse la culture.
  • La pierre de Rosette

    03:10|
    Pour découvrir mon nouveau podcast Un mot par jour:Apple Podcastshttps://podcasts.apple.com/fr/podcast/un-mot-par-jour/id1492034665Spotifyhttps://open.spotify.com/show/5RVUWD1KGZwPImvngT6q51?si=2cca2533485c4925---------------------Pendant près de 1 500 ans, personne ne savait plus lire les hiéroglyphes égyptiens. Ces mystérieux signes, gravés sur les temples et les tombeaux, étaient devenus incompréhensibles. Jusqu’à la découverte d’une pierre qui allait révolutionner notre connaissance de l’Égypte ancienne : la pierre de Rosette.Tout commence en 1799, pendant l’expédition militaire de Napoléon Bonaparte en Égypte. Près de la ville de Rosette, dans le delta du Nil, des soldats français travaillent à renforcer une fortification. Un officier, Pierre-François Bouchard, remarque alors une étrange pierre noire couverte d’inscriptions.Cette pierre mesure environ 1,12 mètre de haut et pèse plus de 750 kilos. Mais son véritable trésor réside dans les textes gravés à sa surface.En effet, elle présente un même décret rédigé en trois écritures différentes : les hiéroglyphes, utilisés notamment pour les inscriptions religieuses et officielles ; le démotique, une écriture égyptienne simplifiée ; et enfin le grec ancien.Or, à cette époque, les savants savent lire le grec. Ils disposent donc d'une traduction permettant de comparer les différentes inscriptions. C’est un peu comme découvrir un message codé accompagné de sa traduction !Mais que raconte exactement cette pierre ?Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle ne contient aucun secret religieux ni récit extraordinaire. Il s’agit d’un décret datant de 196 avant Jésus-Christ, promulgué par des prêtres égyptiens en l’honneur du pharaon Ptolémée V. Le texte célèbre le souverain et les bienfaits qu’il aurait accordés aux temples.Son contenu est donc relativement banal. Pourtant, sa découverte est capitale.Pendant plusieurs décennies, des chercheurs tentent de comprendre les correspondances entre les trois écritures. Le Britannique Thomas Young réalise des avancées importantes.Mais c’est le Français Jean-François Champollion qui accomplit la percée décisive en 1822. Grâce notamment à sa connaissance du copte, une langue issue de l’égyptien ancien, il comprend que les hiéroglyphes ne représentent pas uniquement des idées ou des objets : certains signes correspondent aussi à des sons.Cette découverte ouvre les portes de l’égyptologie moderne. Désormais, les chercheurs peuvent progressivement lire les inscriptions des monuments, comprendre les textes religieux et reconstituer l’histoire des pharaons à partir de leurs propres écrits.Aujourd’hui, la pierre de Rosette est conservée au British Museum, à Londres, où elle se trouve depuis 1802. Sa présence reste controversée, l’Égypte réclamant sa restitution.Cette pierre rappelle surtout qu’un document administratif vieux de plus de 2 000 ans a permis de redonner une voix à toute une civilisation.
  • La désobéissance civile

    02:16|
    Peut-on enfreindre la loi pour défendre la justice ? C’est précisément la question que pose la désobéissance civile.Le principe est simple : une personne, ou un groupe, décide de violer volontairement une règle qu’il juge injuste, non pour obtenir un avantage personnel, mais pour provoquer un changement politique ou social. Cette action est généralement publique et non violente. Elle cherche avant tout à interpeller les citoyens et les autorités.Attention : désobéir civilement ne signifie pas rejeter toutes les lois. Au contraire, les participants affirment souvent respecter le cadre démocratique, tout en considérant qu'une règle particulière contredit des principes supérieurs, comme l’égalité ou la liberté.L’idée a été popularisée au XIXe siècle par le philosophe américain Henry David Thoreau. En 1846, il refuse de payer un impôt pour protester notamment contre l’esclavage et la guerre menée par les États-Unis contre le Mexique. Il passe une nuit en prison. Son texte publié en 1849 inspirera plusieurs générations de militants.L’un des exemples les plus célèbres est celui de Gandhi. En 1930, alors que l’Inde est sous domination britannique, il organise la « marche du sel ». Les Britanniques imposent un monopole sur ce produit indispensable. Gandhi parcourt des centaines de kilomètres et ramasse symboliquement du sel, défiant la loi coloniale. Le geste est illégal, mais sans violence : il attire l’attention du monde entier sur la lutte pour l’indépendance.Autre exemple : en 1955, aux États-Unis, Rosa Parks refuse de céder sa place à un passager blanc dans un autobus de Montgomery. Son arrestation déclenche un vaste boycott des bus, devenu un tournant du mouvement pour les droits civiques, auquel participe Martin Luther King.Comment cette stratégie fonctionne-t-elle ? En rendant une injustice visible et en plaçant les autorités devant un dilemme : tolérer l’infraction ou sanctionner des protestataires pacifiques, au risque de renforcer leur cause.Mais la désobéissance civile soulève aussi des difficultés. Qui décide qu’une loi est injuste ? Peut-on bloquer un service public au nom d’une cause ? Et jusqu’où peut aller la contestation sans menacer les droits d’autrui ?Enfin, il faut retenir une distinction fondamentale : la désobéissance civile n’efface pas les conséquences juridiques. Les participants s’exposent à des sanctions, qu’ils choisissent parfois d’assumer pour donner davantage de force à leur message.Ainsi, la désobéissance civile repose sur un paradoxe : enfreindre une loi, précisément parce qu’on estime que la justice mérite d’être défendue.
  • La fenêtre d’Overton

    02:21|
    Pourquoi certaines idées, considérées comme scandaleuses ou absurdes à une époque, deviennent-elles parfaitement normales quelques décennies plus tard ? Pour comprendre ce phénomène, il existe un concept fascinant : la fenêtre d’Overton.Ce concept a été développé dans les années 1990 par Joseph Overton, un chercheur américain travaillant au Mackinac Center, un centre de réflexion du Michigan.Son idée est simple : à un moment donné, toutes les propositions politiques ne sont pas également acceptables aux yeux de la société.Certaines paraissent raisonnables. D’autres semblent trop radicales, voire totalement impensables.Or, selon Overton, les responsables politiques ont tendance à défendre les propositions qu’ils peuvent soutenir sans risquer de perdre leurs électeurs.C’est précisément ce qu’on appelle la fenêtre d’Overton : l’ensemble des idées considérées comme politiquement acceptables à une époque donnée.Mais voici ce qui rend ce concept particulièrement intéressant : cette fenêtre peut se déplacer.Prenons un exemple concret.Pendant longtemps, en France, fumer dans les restaurants, les cafés ou les trains était parfaitement normal. L’idée d’interdire la cigarette dans ces lieux aurait semblé excessive à beaucoup de personnes.Pourtant, progressivement, les connaissances scientifiques sur le tabagisme passif, les campagnes de prévention et l’évolution des mentalités ont transformé le débat.Résultat : en 2008, la cigarette est interdite dans les cafés et les restaurants. Ce qui paraissait autrefois difficilement envisageable est devenu une règle largement acceptée.La fenêtre d’Overton s’est donc déplacée.Mais comment cela se produit-il ?Plusieurs facteurs peuvent intervenir : les médias, les découvertes scientifiques, les mouvements sociaux, les crises ou encore les personnalités influentes.Certains groupes cherchent également à déplacer volontairement cette fenêtre, en introduisant dans le débat public des idées jusque-là marginales.On représente parfois cette évolution en six étapes : une idée serait d’abord impensable, puis radicale, acceptable, raisonnable, populaire et, finalement, transformée en loi.Attention cependant : ce parcours n’est pas automatique. Une idée controversée ne devient pas nécessairement acceptable parce qu’on en parle davantage.D’ailleurs, la fenêtre peut aussi se rétrécir ou revenir en arrière. Une proposition autrefois populaire peut devenir politiquement inacceptable.Il faut donc comprendre que la fenêtre d’Overton n’est pas une loi scientifique permettant de prédire l’avenir. C’est avant tout un modèle pour comprendre l’évolution des sociétés.Et elle nous enseigne une chose essentielle : ce qu’une époque considère comme évident, raisonnable ou impensable dépend en grande partie de son contexte historique et culturel.
  • La guerre de l'opium

    02:40|
    Au XIXe siècle, la Grande-Bretagne a fait la guerre à la Chine pour défendre un commerce particulièrement étonnant : celui de l’opium, une drogue extrêmement addictive. Et cette histoire a profondément changé le destin de la Chine.Pour comprendre, il faut revenir au début des années 1800.À cette époque, les Britanniques raffolent des produits chinois, notamment du thé, de la soie et de la porcelaine. Mais il existe un problème : les Chinois achètent très peu de marchandises britanniques. Résultat, Londres doit payer ses importations en argent, ce qui déséquilibre les échanges commerciaux.Les marchands britanniques trouvent alors une solution : vendre aux Chinois de l’opium produit en Inde, territoire contrôlé par les Britanniques.Cette drogue, issue du pavot, provoque une forte dépendance. Sa consommation se répand rapidement en Chine, entraînant de graves problèmes sanitaires et sociaux.Or, le gouvernement chinois interdit son importation. Les commerçants britanniques poursuivent donc leurs activités en contrebande.En 1839, l'empereur décide de réagir. Son représentant, Lin Zexu, fait saisir et détruire plus de 20 000 caisses d’opium à Canton, dans le sud du pays.La Grande-Bretagne riposte militairement. C'est le début de la première guerre de l'opium.Entre 1839 et 1842, les navires de guerre britanniques, technologiquement supérieurs, infligent plusieurs défaites aux forces chinoises.En 1842, la Chine est contrainte de signer le traité de Nankin. Elle doit céder Hong Kong aux Britanniques, ouvrir cinq ports au commerce étranger et payer d'importantes indemnités.Mais l’histoire ne s’arrête pas là.En 1856, une deuxième guerre de l’opium éclate. Cette fois, la France rejoint la Grande-Bretagne. Les deux puissances veulent obtenir davantage de privilèges commerciaux et diplomatiques.En 1860, les troupes franco-britanniques arrivent jusqu'à Pékin. Elles pillent le palais d'Été impérial, que les Britanniques incendient ensuite.La Chine doit accepter de nouvelles concessions : ouverture de ports supplémentaires, présence de diplomates étrangers à Pékin et légalisation du commerce de l’opium.Ces accords font partie de ce que les Chinois appellent les « traités inégaux », car ils ont été imposés par la force.Mais surtout, les guerres de l’opium marquent le début d’une longue période d'affaiblissement de la Chine face aux puissances étrangères.Dans la mémoire chinoise, elles symbolisent encore aujourd'hui le commencement de ce que l'on appelle le « siècle des humiliations », une période pendant laquelle la Chine a subi de nombreuses ingérences étrangères.
  • La Commune

    02:47|
    Le 18 mars 1871, à Paris, une partie de la population se soulève contre le gouvernement français. Pendant 72 jours, la capitale va vivre une expérience politique révolutionnaire : c’est la Commune de Paris.Pour comprendre cet événement, il faut revenir quelques mois en arrière. En 1870, la France de Napoléon III entre en guerre contre la Prusse. Elle est vaincue, l’empereur est capturé et le Second Empire s’effondre. La République est proclamée, mais Paris subit un long siège, marqué par le froid et la faim.En janvier 1871, le gouvernement signe un armistice. Beaucoup de Parisiens vivent cet accord comme une humiliation. Ils se méfient aussi de la nouvelle Assemblée nationale, majoritairement monarchiste, et de son chef, Adolphe Thiers.Le 18 mars, Thiers ordonne de récupérer des canons conservés à Montmartre par la Garde nationale, une force armée composée en grande partie de citoyens parisiens. Mais des habitants s’y opposent. Des soldats refusent de tirer sur la foule. L’insurrection éclate et le gouvernement se replie à Versailles.Des élections sont alors organisées dans Paris. Le 28 mars, un nouveau pouvoir est proclamé : la Commune.Son objectif ? Faire de Paris une ville gouvernée davantage par ses habitants, avec plus de démocratie et de justice sociale. Les dirigeants de la Commune sont républicains, mais de sensibilités différentes : socialistes, révolutionnaires ou partisans d’une plus grande autonomie des communes.Ils prennent plusieurs mesures marquantes : séparation de l’Église et de l’État, suppression du travail de nuit des boulangers, remise de certains loyers impayés et possibilité, pour des associations d’ouvriers, de reprendre des ateliers abandonnés. Ils défendent également une école laïque et accessible à tous.Les femmes jouent un rôle important dans le mouvement, notamment Louise Michel, même si elles ne disposent toujours pas du droit de vote.Mais la Commune est isolée. Le gouvernement de Versailles veut reprendre Paris et les combats deviennent une véritable guerre civile, autrement dit une guerre entre Français.Le 21 mai, l’armée versaillaise pénètre dans la capitale. Commence alors la « Semaine sanglante ». Pendant huit jours, les barricades tombent les unes après les autres. Des insurgés sont fusillés sommairement. Des otages sont également exécutés par des communards, et plusieurs grands bâtiments sont incendiés.Le 28 mai, la Commune est écrasée. Des milliers de personnes ont été tuées, d’autres sont emprisonnées ou déportées.Malgré sa brièveté, la Commune demeure un symbole majeur des luttes pour la démocratie locale, les droits sociaux et l’émancipation des travailleurs.
  • La scientologie

    02:41|
    La scientologie est un mouvement religieux et spirituel fondé au début des années 1950 par l’écrivain américain de science-fiction L. Ron Hubbard.À l’origine, Hubbard ne parle pas encore de religion. En 1950, il publie un livre intitulé Dianetics, dans lequel il affirme que de nombreux troubles psychologiques seraient liés à des souvenirs douloureux enregistrés dans l’esprit. Selon lui, il serait possible de s’en libérer grâce à une méthode appelée « auditing », ou audition.Le principe est simple : une personne répond à des questions posées par un auditeur afin d’identifier puis de dépasser ces expériences négatives. La scientologie utilise aussi un appareil appelé « électropsychomètre », ou E-meter, censé mesurer certaines réactions électriques de la peau pendant ces séances.Quelques années plus tard, Hubbard transforme cette approche en un véritable système religieux : la scientologie.Selon sa doctrine, l’être humain serait avant tout un être spirituel immortel, appelé « thétan ». Celui-ci aurait vécu de nombreuses existences et serait prisonnier de traumatismes accumulés au fil du temps.L’objectif du pratiquant est donc de progresser progressivement vers un état de plus grande liberté spirituelle.Cette progression se fait par étapes. L’un des premiers objectifs est d’atteindre l’état de « Clear », c’est-à-dire, selon la scientologie, de se débarrasser de certains traumatismes mentaux. Ensuite viennent des niveaux plus avancés appelés « Operating Thetan », ou OT.Mais ce parcours peut être coûteux. De nombreuses formations et séances d’audition sont payantes, parfois à des tarifs élevés. C’est l’un des principaux sujets de controverse autour du mouvement.La scientologie est également célèbre pour son opposition à la psychiatrie et à une partie des traitements psychiatriques. Elle estime que la psychiatrie constitue une menace et critique notamment l’usage de certains médicaments psychotropes.Autre particularité : son fonctionnement très hiérarchisé et très centralisé. Le mouvement est aujourd’hui dirigé par David Miscavige, qui a pris une place dominante après la mort de L. Ron Hubbard en 1986.La scientologie bénéficie du statut de religion dans certains pays, notamment aux États-Unis. Ailleurs, elle est davantage considérée comme une organisation controversée et fait l’objet de critiques ou de surveillances particulières.Ses opposants l’accusent notamment de pression financière, de contrôle sur ses membres et de pratiques agressives contre certains anciens adeptes ou critiques. L’organisation rejette ces accusations et affirme défendre la liberté religieuse de ses membres.La scientologie est donc à la fois une doctrine spirituelle, une organisation très structurée et l’un des mouvements religieux les plus controversés du monde contemporai
  • Le Mossad

    02:45|
    Le Mossad est probablement l’un des services de renseignement les plus célèbres au monde. Son nom complet peut être traduit par « Institut pour le renseignement et les opérations spéciales ».Il s’agit du service de renseignement extérieur d’Israël.Pour comprendre son rôle, il faut distinguer plusieurs organismes. Israël dispose notamment du Shin Bet, chargé surtout de la sécurité intérieure et du contre-espionnage sur le territoire israélien, et du renseignement militaire, appelé Aman. Le Mossad, lui, travaille principalement à l’étranger.Il est créé officiellement en 1949, peu après la naissance de l’État d’Israël.Sa mission principale consiste à recueillir des renseignements sur les pays, organisations ou individus susceptibles de représenter une menace pour Israël. Cela peut passer par le recrutement d’agents, la surveillance, l’infiltration ou la coopération avec d’autres services étrangers.Mais le Mossad est surtout devenu célèbre pour ses opérations clandestines.L’une des plus connues est la capture d’Adolf Eichmann. Cet ancien responsable nazi, acteur majeur de la déportation des Juifs d’Europe, vivait sous une fausse identité en Argentine. En 1960, des agents israéliens le localisent, l’enlèvent clandestinement puis le transportent en Israël. Il y est jugé et condamné à mort.Au fil des décennies, le Mossad acquiert ainsi une réputation de service capable de mener des opérations extrêmement complexes à l’étranger.Certaines lui sont officiellement attribuées. D’autres restent entourées de secret.Le Mossad est également associé à la lutte contre les groupes armés hostiles à Israël, à la surveillance des programmes militaires de pays adverses et à la collecte d’informations sur les programmes nucléaires du Moyen-Orient.Cette réputation a cependant deux faces.Pour ses défenseurs, le Mossad est un outil essentiel à la sécurité d’un petit État entouré historiquement de nombreux ennemis. Ils soulignent sa capacité à anticiper certaines menaces et à agir loin du territoire israélien.Ses détracteurs, eux, dénoncent des opérations menées en violation de la souveraineté d’autres États, ainsi que des assassinats ciblés attribués au service.Une difficulté supplémentaire consiste à distinguer les faits de la légende. Parce que le Mossad communique très peu, chaque opération spectaculaire au Moyen-Orient lui est parfois automatiquement attribuée, parfois sans preuve.C’est précisément ce secret qui nourrit sa réputation.Le Mossad n’est donc pas une sorte d’organisation toute-puissante capable de tout savoir et de tout faire. C’est avant tout un service de renseignement extérieur, comparable dans sa fonction à la CIA américaine ou au MI6 britannique.Mais son histoire, marquée par plusieurs opérations spectaculaires et par le contexte géopolitique très particulier d’Israël, en a fait l’un des services secrets les plus mythifiés de la planète.