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La base

Le logiciel SAP

Le logiciel allemand SAP, utilisé par 80 à 90 % des 500 plus grandes entreprises mondiales, constitue-t-il une arme de dissuasion numérique pour l’Europe face aux menaces américaines sur le Groenland ? La menace de censurer le logiciel pourrait être brandie si les Etats-Unis menace, eux, de couper des services essentiels comme Visa ou Microsoft en Europe.


L’exemple russe montre l’efficacité de cette arme : après la coupure progressive de SAP entre 2022 et 2024, les entreprises russes subissent encore des dommages considérables, avec des coûts de remplacement se chiffrant en milliards et un délai pouvant aller jusqu’à sept ans pour migrer vers un autre logiciel.

Cependant, utiliser cette « arme nucléaire numérique » comporterait des risques majeurs pour l’Europe elle-même, et doit être, pour parfaire la comparaison atomique, une menace de dissuasion plus qu’une option sérieusement envisagée.


SAP n’est pas une application que l’on installe pour “faire de la bureautique” : c’est le logiciel qui fait tourner la mécanique interne des grandes entreprises. Dans beaucoup de groupes industriels, de compagnies d’énergie, de transport, de distribution ou de pharmaceutique, SAP sert à organiser ce qui est vital mais invisible : acheter les matières premières, gérer les stocks, planifier la production, payer les fournisseurs, facturer les clients, suivre les livraisons et enregistrer toutes les opérations comptables. En clair : si SAP s’arrête brutalement, l’entreprise n’explose pas immédiatement… mais elle commence à fonctionner au ralenti, puis à l’aveugle.


C’est pour cela que SAP est souvent comparé à une “colonne vertébrale”. On peut remplacer un logiciel de visioconférence ou de messagerie en quelques semaines. Remplacer SAP, c’est une autre histoire : le logiciel est profondément imbriqué dans les procédures, les équipes, les systèmes informatiques, et parfois même dans la façon dont l’entreprise est organisée. Dans certains cas, SAP pilote des dizaines de milliers de références produits, des centaines d’usines, des entrepôts, des flux internationaux… et des milliards d’euros de transactions.


Le cas russe est devenu une sorte de démonstration grandeur nature : quand l’accès à SAP a été réduit puis coupé, il ne s’est pas produit une “panne” spectaculaire du jour au lendemain, mais une lente fragilisation. Les entreprises ont dû bricoler, accélérer des migrations difficiles, recruter des spécialistes rares, et investir des sommes énormes pour reconstruire des systèmes alternatifs — souvent moins performants, parfois incompatibles entre eux. Et surtout : plus le SAP d’origine était central, plus le remplacement est long, coûteux et risqué.


D’où l’idée, en Europe, d’une dissuasion : puisque SAP est européen, pourrait-on, en théorie, menacer de “couper SAP” aux États-Unis comme riposte à une éventuelle coupure de services américains essentiels en Europe (paiement, cloud, systèmes Microsoft, etc.) ? Dit autrement : transformer SAP en levier géopolitique.


Mais cette arme serait à double tranchant. D’abord parce qu’une censure toucherait aussi les filiales européennes de groupes américains et des milliers de chaînes logistiques imbriquées. Ensuite parce que l’Europe dépend elle-même de nombreux services numériques américains : escalader pourrait déclencher une guerre économique dont les entreprises européennes seraient parmi les premières victimes. Enfin, parce qu’utiliser SAP comme outil de coercition abîmerait sa crédibilité mondiale : quelle multinationale voudrait baser son fonctionnement sur un logiciel “politique” dont l’accès peut être coupé demain ?


Conclusion simple : SAP peut être vu comme une force stratégique européenne, et donc comme une forme de dissuasion numérique. Mais comme pour la dissuasion militaire, sa puissance réside surtout dans le fait de ne pas l’utiliser.

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  • L'ICE

    02:43|
    La police fédérale américaine ICE (Immigration and Customs Enforcement) est en train de redevenir un symbole explosif aux États-Unis. Face aux “débordements” dénoncés sur le terrain — contrôles jugés agressifs, accusations de profilage racial, opérations musclées — une question surgit : ICE est-elle en train de devenir un outil de coercition intérieure, au-delà de sa mission officielle d’immigration ?ICE n’est pas la “police normale” américaine. Créée après le 11 septembre 2001 et rattachée au Department of Homeland Security (DHS), ICE est l’agence qui traque et arrête des personnes en situation irrégulière, prépare les expulsions, et gère une partie des centres de détention pour migrants. Son rôle est donc très particulier : elle ne vise pas (en théorie) la criminalité du quotidien, mais la “violation des règles migratoires”.Le problème, c’est que cette frontière est souvent floue, et que l’actualité récente a remis ICE sous les projecteurs. Plusieurs affaires et enquêtes évoquent des méthodes de plus en plus dures : à Minneapolis et Saint Paul (Minnesota), des responsables locaux ont signalé des cas où des agents ICE auraient ciblé des personnes, y compris des policiers hors service, en raison de leur apparence — ce qui alimente les accusations de contrôles discriminatoires. Dans un cas rapporté, une agente de police aurait même été encerclée, sommée de prouver sa citoyenneté, avant que la situation ne se désamorce. ICE et le DHS contestent ces accusations, niant tout profilage.Mais ce n’est qu’une facette du débat. La controverse la plus grave touche au cadre juridique : selon une note interne révélée par l’Associated Press, ICE aurait adopté une interprétation extrêmement large de ses pouvoirs, allant jusqu’à autoriser des entrées dans des domiciles sans mandat signé par un juge, en s’appuyant sur des documents administratifs. Pour de nombreux juristes, cela contredit de front l’esprit du 4e amendement (protection contre les perquisitions abusives) et risque de créer une zone grise dangereuse.À cela s’ajoute le contexte politique : multiplication des raids, intensification des arrestations, extension de capacités de détention. La presse américaine décrit des projets de centres de détention géants et une logique de volume, qui accentue encore la perception d’une “machine” plutôt qu’un service de sécurité ciblé.Enfin, un chiffre glace : 2025 aurait été l’année la plus meurtrière depuis deux décennies dans les centres de détention ICE, selon une enquête de presse, ce qui nourrit l’idée d’un système sous tension — et potentiellement hors de contrôle.Conclusion simple : ICE est à la fois une agence administrative et un instrument coercitif très puissant. Dans les périodes de durcissement, elle devient une “arme” intérieure : pas une dissuasion géopolitique comme SAP, mais un levier d’État qui peut intimider, polariser et fragiliser la confiance. Le risque majeur ? Qu’ICE ne soit plus perçue comme un service d’exécution du droit, mais comme une force politique — et, dans une démocratie, c’est le point de bascule.
  • BONUS – Le logiciel SAP: et si les Etats Unis coupaient Visa et Mastercard en Europe ?

    02:28|
    D’abord, un rappel essentiel : Visa et Mastercard ne sont pas des banques, ce sont des réseaux. Ils gèrent l’autoroute technique qui permet à votre carte de fonctionner : autorisation, sécurité, échanges entre banques, etc. Or, ces deux réseaux sont américains, avec des infrastructures et une gouvernance soumises — en partie — au droit américain.Donc, est-ce possible ?Oui… mais pas du jour au lendemain pour “toute l’Europe”.Ce qui est crédible, c’est une coupure ciblée : par exemple en cas de sanctions, comme on l’a vu quand Visa et Mastercard ont suspendu des établissements russes après 2022. Autrement dit : techniquement, ils savent couper.Mais une coupure générale de l’Europe serait une autre affaire : économiquement et politiquement, ce serait un séisme — et aussi un suicide commercial. Visa et Mastercard gagnent énormément d’argent en Europe. Et surtout : l’Europe pourrait répliquer.Les conséquences, elles, seraient très concrètes :cartes bancaires refusées,paiements en ligne bloqués,Apple Pay / Google Pay fragilisés (car souvent adossés à Visa/Mastercard),panique temporaire des commerçants et du tourisme.Mais attention : cela ne voudrait pas dire “plus aucun paiement”. Parce que l’Europe a déjà des rails alternatifs. Par exemple en France, Cartes Bancaires (CB) représente une grosse part des paiements domestiques et peut fonctionner indépendamment sur le territoire. Reuters rappelait récemment l’importance de CB, y compris pour contourner les coûts Visa/Mastercard. Et l’Europe accélère un plan B : l’initiative EPI et son portefeuille Wero, destinée à créer un paiement européen unifié, de personne à personne, en ligne, puis en magasin. Le Parlement européen lui-même parle d’une dépendance structurelle de l’UE vis-à-vis des réseaux non-européens. Conclusion : ce n’est pas un mythe, mais ce n’est pas un interrupteur magique non plus. C’est surtout un signal : dans le monde d’aujourd’hui, même votre carte bancaire… est un enjeu géopolitique.
  • BONUS – La dette américaine: le plafond de la dette

    03:06|
    Pour écouter les deux épisodes recommandés:1/ Pourquoi votre opinion change-t-elle sans que vous vous en rendiez compte ?Apple Podcast:https://podcasts.apple.com/us/podcast/pourquoi-votre-opinion-change-t-elle-sans-que-vous/id1048372492?i=1000746638428Spotify:https://open.spotify.com/episode/0dzW7snN390LBqxeDluaoW?si=kTTF4LlVSMGVOQ9S_5XAEA2/ Dans quel pays est-il interdit de chanter en playback ?Apple Podcast:https://podcasts.apple.com/us/podcast/dans-quel-pays-est-il-interdit-de-chanter-en-playback/id1048372492?i=1000746550059Spotify:https://open.spotify.com/episode/3Ocem5LLM6sPtRnuyrll6W?si=MEBGO8qeSFGMVpiqLh9_3A--------------------------Quand on parle de dette américaine, on imagine souvent un problème comptable : des chiffres énormes, des tableaux, des intérêts… Mais il existe un détail méconnu et pourtant crucial, un truc presque absurde, qui fait trembler les marchés régulièrement : le plafond de la dette, le debt ceiling.En gros, dans la plupart des pays, quand l’État dépense plus qu’il ne gagne, il emprunte. Classique. Aux États-Unis, c’est pareil… sauf qu’il y a un “verrou” : le Congrès fixe un montant maximum de dette que le Trésor a le droit d’émettre. Et quand ce plafond est atteint… l’État américain n’a juridiquement plus le droit d’emprunter, même pour payer des dépenses déjà votées.Attention : il ne faut pas confondre ça avec le “shutdown”. Le shutdown, c’est quand le Congrès ne vote pas le budget à temps : certaines administrations ferment, des fonctionnaires sont mis en congé forcé, des services tournent au ralenti. Le plafond de la dette, lui, est plus explosif : il peut mener à une cessation de paiement sur des factures de l’État… voire, dans le scénario extrême, à un défaut sur la dette.C’est comme si vous aviez signé un contrat de location, d’électricité et de cantine scolaire… puis qu’un jour la banque vous disait : “vous n’avez plus le droit de payer”. Pas parce que vous êtes pauvre. Juste parce qu’un texte vous l’interdit.Résultat : tous les 2–3 ans, les États-Unis se retrouvent dans une situation délirante où ils risquent une cessation de paiement technique (default)… alors même que l’économie américaine reste puissante. Ce n’est pas une faillite au sens “plus d’argent”, mais au sens : “on n’a plus le droit d’emprunter pour honorer nos obligations”.Et ce psychodrame politique a déjà eu des effets très concrets :en 2011, pendant une crise sur le plafond, l’agence Standard & Poor’s a retiré le triple A aux États-Unis pour la première fois ;à plusieurs reprises, le Trésor a dû utiliser des “mesures extraordinaires”, c’est-à-dire des bricolages internes pour gagner quelques semaines.Le paradoxe est vertigineux : les obligations américaines sont l’actif le plus sûr du monde, la référence absolue… mais leur paiement peut être mis en danger par un vote politique.La leçon est simple : la dette américaine, ce n’est pas seulement un chiffre. C’est aussi un équilibre fragile entre finance mondiale… et théâtre politique.
  • La dette américaine

    02:48|
    La dette souveraine américaine (ou U.S. federal debt) correspond à l’ensemble de l’argent que le gouvernement fédéral des États-Unis a emprunté au fil du temps, principalement en émettant des titres de dette appelés “Treasuries” (bons du Trésor). C’est, en quelque sorte, le crédit permanent de l’État américain.Début janvier 2026, la dette fédérale totale est d’environ 38,4 trillions de dollars (soit 38 400 milliards). Cela représente autour de 120% du PIB des États-Unis : en clair, l’État doit environ 1,2 année de richesse nationale.Comment les États-Unis empruntent-ils ? En vendant plusieurs types de titres selon la durée. Les Treasury Bills sont des dettes très courtes (quelques semaines à 1 an). Les Treasury Notes couvrent plutôt 2 à 10 ans. Les Treasury Bonds sont de long terme, généralement 20 à 30 ans. Il existe aussi les TIPS, des obligations indexées sur l’inflation, dont le capital et les intérêts augmentent quand les prix montent.Pourquoi la dette augmente-t-elle ? Parce que les États-Unis dépensent souvent plus qu’ils ne collectent en impôts : c’est le déficit budgétaire. Chaque année déficitaire doit être financée par de nouveaux emprunts, qui s’ajoutent à la dette existante.Le point crucial est le coût des intérêts. La dette n’est pas qu’un chiffre symbolique : il faut la rémunérer. En 2025, les États-Unis ont payé environ 970 milliards de dollars d’intérêts nets. C’est devenu un poste budgétaire gigantesque, au point de rivaliser avec les plus grosses dépenses de l’État fédéral.À qui les États-Unis doivent-ils cet argent ? Une partie est détenue “à l’intérieur”, notamment par des agences publiques et des fonds (comme certains mécanismes liés à la retraite). L’autre grande part est détenue par les marchés financiers et des investisseurs étrangers. En novembre 2025, les détentions étrangères de Treasuries ont atteint un record d’environ 9 355 milliards de dollars. Le Japon est le premier détenteur étranger avec environ 1,2 trillion, devant le Royaume-Uni et d’autres.La conclusion importante est la suivante : la dette américaine est immense, mais elle est soutenue par un avantage unique. Les États-Unis empruntent dans leur propre monnaie, le dollar, qui reste la devise de référence mondiale. Les Treasuries sont considérés comme l’actif “sans risque” de base du système financier mondial. C’est ce qui permet aux États-Unis d’avoir une dette très élevée sans provoquer automatiquement une crise… même si, à long terme, l’augmentation du poids des intérêts devient un vrai sujet politique et économique.
  • BONUS - Le nihilisme: Diogène et Alexandre, ou “je m’en fiche de ton pouvoir”

    02:09|
    On associe souvent le nihilisme à Nietzsche ou à la Russie du XIXᵉ siècle… mais l’attitude nihiliste — ce geste de désinvolture absolue face aux valeurs — est bien plus ancienne...
  • Le nihilisme

    03:01|
    Le nihilisme est une notion philosophique souvent résumée par une phrase choc : « rien n’a de sens ». Mais derrière cette formule se cache une idée plus précise : le nihilisme désigne la conviction qu’il n’existe pas de vérité absolue, de valeurs universelles, ni de but objectif à l’existence humaine. Autrement dit, ce que l’on appelle le sens de la vie, la morale, la justice ou même la vérité ne seraient pas des réalités “naturelles”, mais des constructions humaines.Le mot vient du latin nihil, qui signifie « rien ». Le nihilisme apparaît généralement lorsque les grandes certitudes d’une époque s’effondrent. Pendant des siècles, en Occident, la religion, la tradition, la morale chrétienne ou l’idée de progrès donnaient un cadre : chacun savait à peu près ce qui était bien ou mal, ce qui comptait, et vers quoi il fallait tendre. Mais à partir du XIXe siècle, avec l’industrialisation, la montée des sciences, la critique de la religion et les bouleversements sociaux, ces repères vacillent. Une question devient alors centrale : si Dieu n’existe pas, si le monde n’a pas de finalité, pourquoi vivre ? et comment vivre ?On distingue plusieurs formes de nihilisme. Le nihilisme existentiel affirme que la vie n’a pas de sens en elle-même : l’univers est indifférent et ne nous propose aucun objectif. Le nihilisme moral soutient qu’il n’existe pas de bien et de mal absolus : les valeurs changent selon les sociétés et les époques. Le nihilisme épistémologique va encore plus loin : il doute de notre capacité à connaître la vérité, comme si toute connaissance était relative ou illusoire.Le philosophe le plus célèbre associé au nihilisme est Friedrich Nietzsche. Il ne se présente pas comme nihiliste, mais comme le grand analyste du nihilisme moderne. Pour lui, l’Occident est entré dans une ère où les anciennes valeurs s’effondrent : c’est le sens de sa formule « Dieu est mort ». Cette mort symbolique entraîne un vide : plus rien ne justifie les règles morales, les croyances, ou l’idée d’un but supérieur. C’est cela, le nihilisme : la perte des fondations.Mais Nietzsche distingue deux attitudes. Le nihilisme passif se résigne, se désespère, se replie. Le nihilisme actif, au contraire, utilise ce vide pour créer de nouvelles valeurs, inventer du sens, bâtir une vie choisie plutôt que subie. Ainsi, le nihilisme n’est pas seulement une idée sombre : c’est aussi le point de départ d’une question essentielle, et très moderne : si le monde ne nous donne pas de sens, pouvons-nous en fabriquer un nous-mêmes ?
  • BONUS - Légitime défense: l'affaire “le bijoutier de Nice”

    01:50|
    En septembre 2013, à Nice, un bijoutier est victime d’un braquage dans sa boutique. Des individus armés prennent la fuite en scooter avec des bijoux...
  • La légitime défense

    02:53|
    En France, la légitime défense est un principe juridique qui permet, dans certaines situations, de ne pas être puni lorsqu’on a commis un acte normalement interdit (par exemple frapper quelqu’un, blesser, voire tuer), parce qu’on l’a fait pour se protéger, ou protéger autrui, face à une agression.Autrement dit : c’est une cause d’irresponsabilité pénale. On reconnaît que la personne a agi sous la contrainte immédiate du danger, et que son geste était une réaction de protection.La légitime défense est définie par le Code pénal, notamment à l’article 122-5. Ce texte prévoit deux grands cas : la défense de la personne et la défense des biens. Dans les deux situations, la loi exige des conditions strictes.Première condition : il faut une agression injustifiée. Cela signifie que la menace ou l’attaque doit être réelle, illégale et dirigée contre soi-même ou une autre personne. Une simple insulte ou une provocation ne suffit pas. Il faut un danger concret : coup, arme, tentative d’étranglement, intrusion violente, etc.Deuxième condition : la riposte doit être immédiate. On ne peut pas invoquer la légitime défense si l’on se venge plus tard. La réponse doit intervenir pendant l’agression ou au moment exact où elle est sur le point de se produire. Si l’attaque est terminée et que l’on frappe ensuite, on sort du cadre.Troisième condition : la riposte doit être nécessaire et proportionnée. Nécessaire, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas d’alternative raisonnable pour échapper au danger (fuir, appeler à l’aide). Proportionnée signifie que la violence de la réponse doit correspondre à la gravité de l’agression : utiliser une arme mortelle contre une menace mineure peut être jugé disproportionné.La légitime défense des biens est encore plus encadrée. On peut repousser un vol ou une dégradation, mais la loi n’autorise pas tout : par exemple, on ne peut pas tirer sur quelqu’un uniquement pour empêcher un vol sans menace contre les personnes.Enfin, le Code pénal prévoit des cas de présomption de légitime défense (article 122-6), notamment lorsqu’on repousse, de nuit, l’entrée par effraction dans un lieu habité, ou lorsqu’on se défend contre des vols avec violence. Attention : ce n’est pas une immunité automatique, mais un avantage juridique. Au final, c’est toujours le juge qui vérifie les conditions exactes de la légitime défense.