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Chasseurs de science

Une immersion sonore dans la foisonnante histoire des sciences

Chasseurs de science, un podcast Futura. À chaque épisode, embarquez dans les couloirs du temps pour revivre avec nous les petits et grands événements qui ont forgé la science. Chasseurs de science, c'est une immersion s
Dernier Épisode4/10/2021

Jarkov, 23 tonnes, un mammouth en hélicoptère

En 1997, Bertrand Buiges, le responsable de l’association Cercle polaire expédition reçoit un coup de fil qui va changer sa vie. Un mammouth entier, prisonnier de la terre, a été repéré en Sibérie.Avec Yves Coppens, ils prendront une décision historique. Retour sur la première expédition qui a extrait un mammouth sans rompre la chaîne du froid.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Yves CoppensIl est frais mon mammouth !En bref : un bébé mammouth congelé exposé au Puy-en-VelayTranscription du podcast:Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Mettez vos moufles et prenez votre écharpe, dans cet épisode, je vous emmène sur les terres glacées de la Sibérie, aux côtés de scientifiques qui se sont donné une mission herculéenne. Extraire une souris de terre du sol gelé. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.En Sibérie, il existe un animal mythique. Il vit dans les contes et légendes des Dolganes, un peuple nomade de Sibérie Orientale. Les souris de terre, qui comme leur nom l’indique vivent sous la terre, creusent de longues galeries comme les taupes. Personne ne se doute de leur existence, mais à l’approche de leur mort, les souris de terre cherchent à regagner la surface pour respirer plus facilement. Elles creusent la terre de leurs défenses pour s’extraire de leurs tunnels souterrains. Malheureusement, le froid et le manque d'oxygène ont raison d’elles avant qu’elles n'atteignent la surface. C’est alors que les souris de terre révèlent leur existence aux Hommes, prisonnières à jamais du sol gelé qui le servait autrefois de foyer. La Sibérie, des défenses, ... Cette légende vous a peut-être fait penser à un autre animal, qui n’a pas grand-chose à voir avec les souris ou les taupes. Et pour cause, l’animal mythique des Dolganes n’est autre que le mammouth. Leur territoire est en effet situé sur le plus grand cimetière de mammouths connu des scientifiques.1997. C’est le printemps en Sibérie, mais dans ce monde de glace et de neige, pas d’arbres en fleur, ni d’oiseaux qui chantent, le sol reste perpétuellement figé dans le gel. Un convoi sorti tout droit d’un rêve apparaît au loin. Une dizaine de petites maisons posées sur des traîneaux avancent en file indienne. Chacune est tirée par un attelage d’une dizaine de rennes. C’est une famille Dolgane en quête d’un pâturage plus accueillant pour leur troupeau. Ils transportent leur petite cahute, appelée balok, avec eux à chaque voyage.La vie est rude dans cette région, mais les Dolganes survivent grâce à leur troupeau de rennes et à la confection d’objets taillés dans de la défense de mammouth. Ces nomades en croisent régulièrement durant leur transhumance. D’ailleurs, le jeune chef de cette famille, Kostia Zharkov, repère quelque chose au loin qui se détache de la blancheur. Il demande au convoi de s’arrêter. Devant eux, deux défenses recourbées de près d’un mètre s’échappent du sol, comme si on les avait plantées là au milieu de nulle part. Il reste encore quelques poils bruns-roux à leur base.La trouvaille n’a rien d’extraordinaire et devrait rapporter un peu d’argent à la famille, mais Kostia Zharkov en décide autrement. Il prévient le responsable de la réserve de Taymir de la présence du mammouth. Selon lui, il est encore entier sous terre. Cette décision marque le point de départ d’une expédition scientifique hors du commun, menée par Yves Coppens, alors paléoanthropologue au Collège de France, et Bertrand Buiges, président de l’association Cercles Polaire Expédition. L’expédition Mammuthus débute.C’est Bertrand Buiges qui apprend l’existence du mammouth en premier. Il entreprend immédiatement une levée de fonds pour financer l’expédition et demande à Yves Coppens d’en être le directeur scientifique. À l’automne 1998, l’équipe se rend à l’extrême nord de la Sibérie, à 6.000 kilomètres de Moscou, au chevet du mammouth. Des sondages radio permettent de déterminer la position de l’animal dans son cercueil de boue et de terre : visiblement, il est mort debout. Yves Coppens propose alors une idée surprenante. Plutôt que de sortir le mammouth lui-même, il suggère de découper un bloc de terre tout autour pour le conserver dans le sol qui le tient prisonnier.En effet, ce mammouth, baptisé Jarkov en hommage au Dolgane qui l’a découvert, n’est pas le premier mammouth découvert par les scientifiques. Les ossements de ces pachydermes préhistoriques sont connus depuis le XVIIIe siècle. Mais les extraire du permafrost, avec des méthodes parfois brutales, et les alternances de gel et dégel endommagent énormément les restes.« Plutôt que d'envoyer des morceaux de ces animaux, séchés ou décomposés, aux laboratoires étrangers, nous avons eu l'idée de le conserver sur place en bon état, et de faire venir les chercheurs jusqu'à Khatanga », précise Yves Coppens plus tard dans une interview.On balise la zone pour savoir où découper sans risquer d’abîmer le mammouth. Un an plus tard, en 1999, les scientifiques de l’expédition, venus des quatre coins du monde, installent leur camp de base dans la toundra sibérienne. Ils le savent : la mission s’annonce dantesque ! Et la météo joue contre eux. Une tempête se lève et rien n’arrête le vent qui hurle sans discontinuer. La température devient glaciale, à la limite de la résistance du corps humain : -40 °C. Plus de 5 semaines d’efforts acharnés sont nécessaires, à manier le marteau-piqueur au milieu dans le froid sibérien pour extraire du sol un bloc de 3 mètres sur 2. Jarkov est en son centre avec ses défenses à l’air.Mais le plus dur reste à venir : soulever le corps du mammouth en hélicoptère jusqu’à Khatanga, la capitale de la province, à 250 kilomètres de là. Pour cette mission, un hélicoptère MI-26, l’un des plus puissants jamais conçus par l'Homme, arrive sur place. Il peut transporter au maximum 20 tonnes de charge utile. Avec ses 23 tonnes, Jarkov va le pousser dans ses retranchements. Les premières minutes sont tendues. L’hélicoptère peine à décoller et sa précieuse cargaison tangue dangereusement dans les airs. Au sol, tous ceux qui ont œuvré à découper le bloc le regardent partir avec l’angoisse collée au cœur. Il rejoint finalement Khatanga sans encombre en octobre 1999.C’est le premier mammouth à être extrait sans rompre la chaîne du froid. Il attire évidemment tous les scientifiques du monde qui s’intéressent aux animaux préhistoriques. En 2000, quelques parties de son corps sont dégelées pour prélever des poils et des tissus restés intacts pendant plusieurs milliers d’années. La vie de Jarkov se révèle alors à nous. C’est un mammouth laineux mâle qui a vécu il y a 20.380 ans. Il est mort à 42 ans, alors qu’il était en bonne santé. Au vu de sa position dans le bloc et la composition de ce dernier, Jarkov est probablement mort lors d’une chute dans une crevasse. La boue a recouvert son corps peu après et, en gelant, l’a préservé des aléas du climat.Aujourd’hui encore, Jarkov repose à Khatanga. Le bloc de terre est conservé dans une grotte creusée à l'intérieur d'une falaise où la température est constamment de - 15 °C. Il demeure là, prêt à livrer ses plus intimes secrets aux scientifiques. Ces grands pachydermes préhistoriques nourrissent les ambitions les plus folles des scientifiques. Avec le projet Woolly Mammouth Revival, une équipe d’Harvard souhaite ressusciter le mammouth, non pas par clonage mais avec la technique CRISPR-Cas. Le principe est de couper de l’ADN du mammouth et le coller dans celui d’un éléphant d’Asie. Le projet aurait dû aboutir en 2019, mais depuis, aucun mammouth n’a été aperçu sur le campus de l’université américaine.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !
4/10/2021

Jarkov, 23 tonnes, un mammouth en hélicoptère

En 1997, Bertrand Buiges, le responsable de l’association Cercle polaire expédition reçoit un coup de fil qui va changer sa vie. Un mammouth entier, prisonnier de la terre, a été repéré en Sibérie.Avec Yves Coppens, ils prendront une décision historique. Retour sur la première expédition qui a extrait un mammouth sans rompre la chaîne du froid.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Yves CoppensIl est frais mon mammouth !En bref : un bébé mammouth congelé exposé au Puy-en-VelayTranscription du podcast:Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Mettez vos moufles et prenez votre écharpe, dans cet épisode, je vous emmène sur les terres glacées de la Sibérie, aux côtés de scientifiques qui se sont donné une mission herculéenne. Extraire une souris de terre du sol gelé. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.En Sibérie, il existe un animal mythique. Il vit dans les contes et légendes des Dolganes, un peuple nomade de Sibérie Orientale. Les souris de terre, qui comme leur nom l’indique vivent sous la terre, creusent de longues galeries comme les taupes. Personne ne se doute de leur existence, mais à l’approche de leur mort, les souris de terre cherchent à regagner la surface pour respirer plus facilement. Elles creusent la terre de leurs défenses pour s’extraire de leurs tunnels souterrains. Malheureusement, le froid et le manque d'oxygène ont raison d’elles avant qu’elles n'atteignent la surface. C’est alors que les souris de terre révèlent leur existence aux Hommes, prisonnières à jamais du sol gelé qui le servait autrefois de foyer. La Sibérie, des défenses, ... Cette légende vous a peut-être fait penser à un autre animal, qui n’a pas grand-chose à voir avec les souris ou les taupes. Et pour cause, l’animal mythique des Dolganes n’est autre que le mammouth. Leur territoire est en effet situé sur le plus grand cimetière de mammouths connu des scientifiques.1997. C’est le printemps en Sibérie, mais dans ce monde de glace et de neige, pas d’arbres en fleur, ni d’oiseaux qui chantent, le sol reste perpétuellement figé dans le gel. Un convoi sorti tout droit d’un rêve apparaît au loin. Une dizaine de petites maisons posées sur des traîneaux avancent en file indienne. Chacune est tirée par un attelage d’une dizaine de rennes. C’est une famille Dolgane en quête d’un pâturage plus accueillant pour leur troupeau. Ils transportent leur petite cahute, appelée balok, avec eux à chaque voyage.La vie est rude dans cette région, mais les Dolganes survivent grâce à leur troupeau de rennes et à la confection d’objets taillés dans de la défense de mammouth. Ces nomades en croisent régulièrement durant leur transhumance. D’ailleurs, le jeune chef de cette famille, Kostia Zharkov, repère quelque chose au loin qui se détache de la blancheur. Il demande au convoi de s’arrêter. Devant eux, deux défenses recourbées de près d’un mètre s’échappent du sol, comme si on les avait plantées là au milieu de nulle part. Il reste encore quelques poils bruns-roux à leur base.La trouvaille n’a rien d’extraordinaire et devrait rapporter un peu d’argent à la famille, mais Kostia Zharkov en décide autrement. Il prévient le responsable de la réserve de Taymir de la présence du mammouth. Selon lui, il est encore entier sous terre. Cette décision marque le point de départ d’une expédition scientifique hors du commun, menée par Yves Coppens, alors paléoanthropologue au Collège de France, et Bertrand Buiges, président de l’association Cercles Polaire Expédition. L’expédition Mammuthus débute.C’est Bertrand Buiges qui apprend l’existence du mammouth en premier. Il entreprend immédiatement une levée de fonds pour financer l’expédition et demande à Yves Coppens d’en être le directeur scientifique. À l’automne 1998, l’équipe se rend à l’extrême nord de la Sibérie, à 6.000 kilomètres de Moscou, au chevet du mammouth. Des sondages radio permettent de déterminer la position de l’animal dans son cercueil de boue et de terre : visiblement, il est mort debout. Yves Coppens propose alors une idée surprenante. Plutôt que de sortir le mammouth lui-même, il suggère de découper un bloc de terre tout autour pour le conserver dans le sol qui le tient prisonnier.En effet, ce mammouth, baptisé Jarkov en hommage au Dolgane qui l’a découvert, n’est pas le premier mammouth découvert par les scientifiques. Les ossements de ces pachydermes préhistoriques sont connus depuis le XVIIIe siècle. Mais les extraire du permafrost, avec des méthodes parfois brutales, et les alternances de gel et dégel endommagent énormément les restes.« Plutôt que d'envoyer des morceaux de ces animaux, séchés ou décomposés, aux laboratoires étrangers, nous avons eu l'idée de le conserver sur place en bon état, et de faire venir les chercheurs jusqu'à Khatanga », précise Yves Coppens plus tard dans une interview.On balise la zone pour savoir où découper sans risquer d’abîmer le mammouth. Un an plus tard, en 1999, les scientifiques de l’expédition, venus des quatre coins du monde, installent leur camp de base dans la toundra sibérienne. Ils le savent : la mission s’annonce dantesque ! Et la météo joue contre eux. Une tempête se lève et rien n’arrête le vent qui hurle sans discontinuer. La température devient glaciale, à la limite de la résistance du corps humain : -40 °C. Plus de 5 semaines d’efforts acharnés sont nécessaires, à manier le marteau-piqueur au milieu dans le froid sibérien pour extraire du sol un bloc de 3 mètres sur 2. Jarkov est en son centre avec ses défenses à l’air.Mais le plus dur reste à venir : soulever le corps du mammouth en hélicoptère jusqu’à Khatanga, la capitale de la province, à 250 kilomètres de là. Pour cette mission, un hélicoptère MI-26, l’un des plus puissants jamais conçus par l'Homme, arrive sur place. Il peut transporter au maximum 20 tonnes de charge utile. Avec ses 23 tonnes, Jarkov va le pousser dans ses retranchements. Les premières minutes sont tendues. L’hélicoptère peine à décoller et sa précieuse cargaison tangue dangereusement dans les airs. Au sol, tous ceux qui ont œuvré à découper le bloc le regardent partir avec l’angoisse collée au cœur. Il rejoint finalement Khatanga sans encombre en octobre 1999.C’est le premier mammouth à être extrait sans rompre la chaîne du froid. Il attire évidemment tous les scientifiques du monde qui s’intéressent aux animaux préhistoriques. En 2000, quelques parties de son corps sont dégelées pour prélever des poils et des tissus restés intacts pendant plusieurs milliers d’années. La vie de Jarkov se révèle alors à nous. C’est un mammouth laineux mâle qui a vécu il y a 20.380 ans. Il est mort à 42 ans, alors qu’il était en bonne santé. Au vu de sa position dans le bloc et la composition de ce dernier, Jarkov est probablement mort lors d’une chute dans une crevasse. La boue a recouvert son corps peu après et, en gelant, l’a préservé des aléas du climat.Aujourd’hui encore, Jarkov repose à Khatanga. Le bloc de terre est conservé dans une grotte creusée à l'intérieur d'une falaise où la température est constamment de - 15 °C. Il demeure là, prêt à livrer ses plus intimes secrets aux scientifiques. Ces grands pachydermes préhistoriques nourrissent les ambitions les plus folles des scientifiques. Avec le projet Woolly Mammouth Revival, une équipe d’Harvard souhaite ressusciter le mammouth, non pas par clonage mais avec la technique CRISPR-Cas. Le principe est de couper de l’ADN du mammouth et le coller dans celui d’un éléphant d’Asie. Le projet aurait dû aboutir en 2019, mais depuis, aucun mammouth n’a été aperçu sur le campus de l’université américaine.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !
3/27/2021

Joseph Bell, l'homme qui inspira Sherlock Holmes

Vous n'avez peut-être jamais entendu son nom, mais Joseph Bell est connu dans le monde entier à travers son alter ego littéraire. Ce chirurgien né au milieu du XIXe siècle est non seulement un praticien et un professeur talentueux, mais il est également un observateur hors pair.Ses capacités de déduction exceptionnelles, qui lui permettent de deviner les troubles et certains éléments de la vie de ses malades avant même que ceux-ci n'aient eu le temps d'ouvrir la bouche lui valent l'admiration de l'un de ses plus fervents étudiants : Arthur Conan Doyle. L'histoire de Joseph Bell, c'est celle du véritable Sherlock Holmes derrière celui de Baker Street, que nous vous proposons de découvrir aujourd'hui.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Arthur Conan DoyleLes détectives privés fleurissent sur internetRobert Liston : la seule opération de l'Histoire avec un taux de mortalité de 300%VoirAcast.com/privacypour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast:​​​​​​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous partons en Écosse, à la rencontre de l’homme dont l’esprit brillant inspirera le personnage de Sherlock Holmes. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.Nous sommes en 1880. Des échos de voix et de métal résonnent dans les couloirs de pierre de l’infirmerie royale d’Édimbourg. La lumière du soleil filtre à travers les fenêtres à guillotine du bâtiment, tandis qu’infirmiers et médecins s’affairent d’une chambre à l’autre. Dans la salle d’admission, un personnage à la silhouette filiforme vient de faire irruption parmi les malades et les blessés. Il est entouré d’un groupe d’étudiants aux yeux brillants, manifestement suspendus à ses lèvres dans l’attente de quelque déclaration exceptionnelle. Le chirurgien Joseph Bell fait quelques pas vers un homme assis sur l’un des bancs de bois et le détaille un instant. Rien ne semble particulièrement distinguer ce patient des autres, mais lorsque l’éminent professeur ouvre la bouche, l’assistance reste coite :« Eh bien mon brave, vous avez servi dans l’armée.– Oui monsieur.– Déchargé depuis peu ?– Oui monsieur.– D’un régiment des Highlands ?– Oui monsieur.– Stationné à la Barbade ?– Oui monsieur. »Se tournant alors vers ses élèves, dont les yeux sont à présent ronds comme des soucoupes, Bell explique : « Voyez-vous messieurs, cet homme est tout à fait respectable, mais il n’a pas ôté son couvre-chef, car il en va ainsi dans l’armée. S’il en avait été déchargé depuis longtemps, il aurait eu le temps d’acquérir les mœurs civiles. Son air autoritaire laisse aisément deviner qu’il est écossais. Et pour ce qui est de la Barbade, on peut voir qu’il est atteint d’éléphantiasis, une maladie provenant des Indes et non d’Angleterre. » Dans le groupe d’étudiants, Arthur Conan Doyle, 20 ans et des idées plein la tête, écoute avec passion ce professeur qui, il l’ignore encore, lui inspirera l’un des plus grands personnages de fiction.Joseph Bell naît le 2 décembre 1837 à Édimbourg. Il est le digne descendant d’une famille de chirurgiens qui depuis 140 ans occupent des postes prestigieux dans la communauté médicale de la capitale. On y trouve notamment Benjamin Bell, considéré comme le premier chirurgien scientifique en Ecosse et Charles Bell, qui donne son nom à une paralysie faciale. Bien qu’il soit le dernier de sa lignée à exercer cette profession, loin de mettre un terme à la légende familiale, Bell lui permet de prospérer de la plus étonnante des manières.Le jeune homme accomplit des études brillantes et sort diplômé de l’université en 1859, à l’âge de 21 ans. Il devient interne à l’infirmerie royale sous le mentorat du professeur James Syme, surnommé le Napoléon de la chirurgie et assistant de Robert Liston, dont nous avons déjà conté la catastrophique opération dans un précédent épisode. En parallèle d’un début de carrière remarquable, Bell s’adonne à deux de ses passions, qui dénotent déjà son goût prononcé pour l’investigation : la dialectologie, ou la branche permettant d’identifier la provenance d’un individu à partir de son accent et de son vocabulaire ; et l’étude de l’écriture manuscrite et de ce qu’elle peut révéler sur l’origine et le statut social d’une personne. À l’âge de 26 ans, Bell donne ses premiers cours à Surgeon Square, où il fait rapidement sensation. Il faut dire que son physique à lui seul suffit à le notable. Grand, mince, les épaules carrées et le visage mat entouré de grands favoris, il est doté d’une paire d’yeux gris au regard pénétrant et se déplace d’une démarche claudicante suite à la diphtérie qui a paralysé l’une de ses jambes. Avec ses formidables talents d’enseignant, il est également un observateur hors pair. L’un de ses étudiants raconte :« Il s’asseyait dans sa salle de réception, le visage rouge comme un Indien, et diagnostiquait les gens qui arrivaient avant même qu'ils n'aient eu le temps d’ouvrir la bouche. Il leur exposait leurs symptômes, et même des détails de leur vie passée, sans presque jamais commettre d’erreur. »Cet étudiant, c’est Conan Doyle, et il n’a d’yeux que pour son mentor. Les deux hommes partagent d’ailleurs une appréciation mutuelle, Bell décrivant son élève comme un jeune homme doté des meilleures qualités :« Des yeux et des oreilles qui peuvent voir et entendre, une mémoire capable d'enregistrer immédiatement et de rappeler à loisir les impressions des sens, et une imagination capable de tisser une théorie, de reconstituer une chaîne brisée ou de démêler un indice emmêlé. Tels sont les instruments de travail d'un diagnosticien accompli. »Au bout de sa deuxième année d’étude, Conan Doyle devient l’un des assistants de Bell, qui semble s’être pris d’affection pour son esprit aiguisé. Il absorbe chacune de ses paroles lors des cours que le professeur donne dans des amphithéâtres pleins à craquer. Il le suit, aux côtés d’autres étudiants chanceux, lors de ses gardes, et ne peut que s’extasier face aux déductions époustouflantes qu’il parvient à réaliser en un simple coup d’œil. Des années plus tard, l’auteur raconte combien l’échange entre Bell et le patient écossais l’a marqué. Il ne fait nul doute que de tels épisodes lui ont inspiré entre autres la rencontre la plus célèbre du monde de la littérature : celle entre John Watson et Sherlock Holmes. Une amitié profonde se tisse et perdure entre les deux hommes et lorsque Conan Doyle publie pour la première fois les aventures du détective, il ne manque pas de rappeler à Bell que Sherlock ne serait rien sans lui. La ressemblance entre les deux personnages est si frappante qu’elle n’échappe pas à Robert Louis Stevenson, auteur de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, et lui aussi ancien élève du chirurgien écossais.Quand il n’est pas au chevet des membres de la famille royale, en train d’opérer, ou d’enseigner la chirurgie, on raconte que Bell prête ses talents de profiler aux forces de police. Si l’on en croit certaines sources, il aurait même pris part à la traque de Jack l’Éventreur aux côtés de Scotland Yard, en 1888. Mais les pistes permettant d’évaluer la véracité de cette histoire sont aussi troubles que celle menant à l’Éventreur lui-même.Après une carrière couronnée de succès, le bien-aimé et admiré Joseph Bell s’éteint dans le petit village de Milton Bridge, le 4 octobre 1911. Non content d’avoir marqué son époque, il laisse également derrière lui un héritage considérable, tant dans le domaine de la médecine que dans celui de la criminologie et, inopinément, dans la littérature. Conan Doyle n’est d’ailleurs pas le seul à prendre inspiration sur son professeur puisque du côté de la bande dessinée, Joann Sfar lui consacre toute une série d’aventures fantastiques à son nom. Il est également le mentor de l’un des trois personnages principaux dans le manga steampunk City Hall.Si peu de gens se souviennent aujourd’hui de son nom, Joseph Bell aurait été ravi d’apprendre que celui-ci continue de vivre dans les pages de fiction, visibles par tous, mais reconnaissable uniquement pour ceux qui savent observer.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. Le générique de ce podcast a été composé par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Boris Diniz et à Loulou de Boneless, qui prêtent leurs voix respectivement au patient écossais et à Arthur Conan Doyle, et à François de la chaîne YouTube Primum Non Nocere, qui interprète le rôle de Joseph Bell. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !Musiques :German Beauty, par Sascha EndeWaltz of Butterflies et Lively Classical Piano Waltz par MusicLFilesLicense: https://filmmusic.io/standard-licenseVingt-quatrième Caprice de Paganini
3/13/2021

Marc Seguin, à la conquête du rail

Marc Seguin est l'un de ces inventeurs qui ont marqué l'histoire de l'ingénierie française. Petit-neveu du célèbre Joseph de Montgolfier, qui co-inventa la montgolfière avec son frère Jacques-Étienne, il grandit entouré de machines qui le fascinent et l'inspirent. En 1822, à l'âge de 36 ans, il se lance dans une période d'innovation qui lui vaudra de faire partie des 72 savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.Parmi ses inventions, on trouve la locomotive Seguin. Témoin de l'expansion du chemin de fer en France, elle est six fois plus puissante que les locomotives à vapeur de son temps, traçant sa route à la vitesse impressionnante (pour l'époque) de 30 km/h. Montez à bord, on vous emmène.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :À quoi sert le ballast ferroviaire, ces cailloux placés sous la voie ferrée ?Quelle est l'origine du train de la Baie de Somme ?Première locomotive hybride au monde présentée au JaponVoirAcast.com/privacypour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast:Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Franck, et je serai votre guide temporel au cours de cette excursion. Aujourd’hui, nous prenons le train pour aller rencontrer Marc Seguin, un pionner de la grande histoire du chemin de fer. Vous écoutez Chasseurs de Science, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.1er octobre 1829, gare centrale de Lyon. Marc Seguin est installé devant les commandes de sa machine, les mains posées sur ses leviers de métal gantés de bois. Il sent son pouls frémir au bout de ses doigts, engagé dans un dialogue silencieux avec l’engin. Dans quelques instants, il s'élancera avec son train en direction de Saint-Étienne. Sur le quai, l'excitation est à son comble. Des journalistes et des curieux se sont rassemblés autour de cette bien curieuse machine : la locomotive Seguin qui va faire ses premiers tours de roue. Les voyageurs prennent place dans le train, et le coup de sifflet est donné. Marc Seguin, rayonnant de fierté, pousse quelques manettes et la locomotive s'élance en soufflant et en crachant fumée et vapeur. Elle accélère, entraînant avec elle le cœur du conducteur. La machine atteint sa vitesse maximum de 12 km/h. Cela paraît peut-être dérisoire aujourd'hui, mais à l'époque c’est une prouesse, un nouveau record inscrit dans les registres de l’Histoire. Marc Seguin est le premier à conduire une locomotive à chaudière tubulaire.Marc Seguin naît le 20 avril 1786 à Annonay. Il est le fils aîné de Marc François Seguin et d’Augustine Thérèse de Montgolfier. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est parce que le grand-oncle de Marc n’est autre que le célèbre Joseph de Montgolfier, qui inventa la montgolfière avec son frère Jacques-Étienne. Ce parent notoire guide le jeune garçon dans son apprentissage des sciences et l'invite régulièrement dans son laboratoire du conservatoire où ce dernier découvre tout un monde de machines qui le passionne. Entré dans la vie active, il intègre la fabrique de drap familial, où il a pour tâche de démarcher les clients. Il fonde ensuite avec son frère une manufacture de feutre pour papeterie.Un matin froid de la fin de l'année 1822, Marc se tient sur le quai de la ville de Brest. Alors âgé de 36 ans, son cerveau bouillonne d'idées qui ne demandent qu'à être réalisées. Autre chose bouillonne juste devant lui : la chaudière du bateau à vapeur qui traverse le port sous ses yeux. Il ne lui en faut pas plus. Cette simple vision lui donne l'idée de créer en 1825 avec Pierre-François de Montgolfier et Louis Henri Daniel d'Ayme la Société de halage par la vapeur à point fixe sur le Rhône. Cette curieuse dénomination nécessite quelques explications. Lorsque les bateaux descendent le Rhône, ils leur suffisent de se laisser porter par le courant. En revanche, pour remonter le Rhône, les embarcations doivent être tirées depuis la rive par des chevaux au moyen de câbles. L’idée de Marc Seguin est de remplacer les chevaux par des treuils entraînés par une machine à vapeur disposée sur la rive. Les câbles attachés aux bateaux s'enroulent autour du treuil, tirant ainsi celui-ci. Malheureusement, les chaudières qui alimentent la machine à vapeur ne sont pas suffisamment puissantes. Deux ans après la création de la société, un bateau heurte la pile d'un pont à Lyon. La chaudière éclate, et le bateau sombre, provoquant la mort de 28 personnes. La société est liquidée.Cette malheureuse expérience n’est pas sans apprentissage, car c’est elle qui pousse Marc Seguin à imaginer la chaudière tubulaire. Le corps de chauffe y est traversé par de multiples tubes dans lesquels circulent les gaz, garantissant une meilleure répartition de la chaleur. Un procédé révolutionnaire qui permet de multiplier par six la puissance de la locomotive !En 1825, Marc se rend en Angleterre, et devient ami avec l’ingénieur Georges Stephenson. Là-bas, il l'aide à construire « The rocket », « La fusée » en Français, l’une des toutes premières locomotives à vapeur à chaudière tubulaire basées son invention. Convaincu du potentiel du transport ferroviaire, il suggère au gouvernement français de construire une ligne de chemin de fer de 56 km entre Saint-Étienne et Lyon. La ligne est concédée au profit des frères Seguin et de deux autres entités, le 7 mars 1827. Marc rencontre beaucoup de difficultés pour la construction de sa ligne. La loi d'expropriation n'existe pas à l'époque, et il doit user de beaucoup de ruses pour réussir à acheter les terrains. Un jour, l’inventeur se rend chez un particulier pour réaliser des relevés cadastraux. Personne ne répond lorsqu'il frappe à la porte. Comme il a l'habitude de faire dans ce cas, Seguin ne se démonte pas, pénètre dans la propriété, et commence ses relevés. Si le propriétaire vient lui faire des reproches, il aura des arguments tout prêts pour le calmer. Mais cette fois-ci les choses ne se passent pas comme prévu. En découvrant un intrus sur son terrain, le paysan qui détient les lieux décroche son fusil, et tire une décharge de chevrotine dans sa direction. Fort heureusement, il le manque de peu, mais laisse un souvenir cuisant à Marc Seguin.À l’été 1830, un premier tronçon de ligne ouvre entre Givors et Rive-de-Gier. Il est utilisé dans un premier temps au service des marchandises et pendant plusieurs mois, on emploie des chevaux pour la traction. C’est ensuite la locomotive Seguin qui fait ses premiers tours de roue, quelques jours avant « La fusée » de George Stephenson. Un second et un troisième tronçon ouvrent en 1832 entre Lyon et Givors et entre Rive-de-Gier et Saint-Étienne, toujours pour le transport de marchandises.La même année, les voyageurs sont progressivement acceptés. Et si vous pensez que le RER n'est pas confortable, imaginez-vous bien qu'à l'époque, ces derniers n'avaient rien d'autre que de la paille répandue sur le sol pour assurer leur confort. Pour autant, les autres modes de transport, dont les postes à chevaux, voient très mal cette nouvelle concurrence, et ils sabotent régulièrement la ligne en faisant dérailler les trains, sauter les chaudières, ou en incendiant les wagons - une tâche amplement facilitée par la paille sèche qui en tapisse les planches. Quand ce ne sont pas les saboteurs qui portent préjudice à la compagnie Seguin, ce sont les voyageurs eux-mêmes qui s'y mettent. Ils taillent les draps posés sur les banquettes pour en faire des gilets, et se servent des tirants de cuir aux fenêtres comme de bretelles.Malgré ces déboires, la compagnie exploite la ligne pendant 26 ans. En 1853, la compagnie Seguin disparaît avec 2 autres compagnies de chemin de fer voisin. Les 3 compagnies fusionnent pour donner naissance à une nouvelle : la Compagnie des chemins de fer de jonction du Rhône à la Loire.Atteint d'une fluxion de poitrine, Marc Seguin meurt le 24 février 1875, à l'âge de 88 ans. En plus de la navigation fluviale, des locomotives à vapeur et des lignes de chemin de fer, il a aussi été à l'origine de la création des ponts suspendus à câbles, s’est essayé aux travaux aéronautiques en construisant des machines volantes et a rédigé plusieurs ouvrages. Considéré comme le père du chemin de fer Français, il a révolutionné le monde du transport et fait partie des 72 de savants dont le nom est inscrit sur la tour Eiffel.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Franck Menant. Si vous appréciez notre travail, n'hésitez pas à vous abonner et à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez nous retrouver sur Apple Podcast, Spotify, Deezer, Castbox et bien d'autres pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science.
2/27/2021

Typhoid Mary, meurtrière malgré elle

Au début du 20ème siècle, la fièvre typhoïde se répand comme un traînée de poudre à New-York. George Soper est chargé d’enquêter sur les origines de la maladie. Rapidement, il suit la trace d’une cuisinière irlandaise qui semble contaminer tous ceux qu’elle croise.L’histoire de Mary Mallon, mieux connue sous le nom de Typhoid Mary, est celle de l’une des premières porteuses saines connues de l’Histoire, mais aussi celle d’une femme immigrée, qui a vécu la plus grande partie de sa vie emprisonnée dans un hôpital.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Le typhus, une maladie portée par les rats | DossierConfinement et déconfinement : les effets sur le taux de reproduction du virusPourquoi l'ère des pandémies ne fait-elle que commencer ?Les grandes pandémies qui ont marqué l'histoireVoirAcast.com/privacypour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast:​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie, votre guide temporelle. Bien que plus de 100 ans se soient écoulés depuis l'histoire que nous allons raconter aujourd'hui, vous verrez que celle-ci n'est pas sans parallèle avec l'épidémieactuelle de Covid-19. Marchons sans plus attendre dans les traces d’une cuisinière irlandaise au caractère bien trempé ! Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.À l’été 1906, Mary Mallon, une immigrée irlandaise de 37 ans, officie comme cuisinière pour un riche banquier new-yorkais et sa famille en vacances à Long Island. Elle régale toute la maisonnée de ses bons petits plats, et plus particulièrement d’une coupe de crème glacée aux pêches qu’elle prépare tous les dimanches. En ce début de siècle, la théorie des germes est encore controversée et fait l’objet de débats entre microbiologistes, médecins et hygiénistes. Loin de ces préoccupations, Mary enchaîne ses recettes sans se laver les mains.Après trois semaines de bons et loyaux services, elle quitte la maison de Long Island pour travailler chez un autre employeur. Elle ne le sait pas encore, mais ce travail va bouleverser sa vie. Elle deviendra la cible d’un enquêteur un peu spécial qui fera de son quotidien un enfer. L'histoire se souvient d’elle sous le nom de Typhoid Mary.Dans les jours qui suivent le départ de Mary Mallon, l’une des filles du banquier tombe malade, rapidement suivie d’une servante. En quinze jours, six des onze membres de la maison de Long Island sont cloués au lit par la fièvre typhoïde. Inquiet, le banquier fait appel aux services de George Soper, un ingénieur sanitaire surnommé le « guerrier des épidémies ». Il enquête sur la propagation des maladies pour le compte de la ville de New York, et il a beaucoup à faire ! Au début du XXe siècle, la fièvre typhoïde se propage comme une traînée de poudre : près de 3.500 personnes sont infectées à New-York et plus de 300 en sont déjà mortes. Un vaccin existe, mais il n’est administré qu’aux soldats. Et sans traitement, la maladie est mortelle dans 10 % des cas.L’homme est convaincu d’une chose : la typhoïde se propage lors d’un contact avec les mains souillées d’un malade. Il interroge avec attention les habitudes de la famille, jusqu’à ce qu’on lui parle de Mary et de ses crèmes glacées aux pêches. Il conclut alors :« Contrairement aux plats chauds où les bactéries sont éliminées par la cuisson, Mary Mallon a infecté les membres de la famille avec les microbes présents sur ses mains non lavées. »George Soper interroge les anciens employeurs de Mary. Sept des huit familles pour lesquelles elle a travaillé ont contracté la typhoïde. En tout, elle aurait contaminé 22 personnes ! L’irlandaise a même prodigué des soins à l’une d’entre elles mais, respirant la force et la santé, elle n’a jamais été suspectée. Pourtant, elle propage la maladie partout où elle va. Au bout de quatre mois de traque, George Soper rencontre enfin Mary Mallon lors d'un face-à-face explosif. La confrontation a lieu dans une maison chic de Park Avenue. George n’y va pas par quatre chemins et ordonne à Mary de lui fournir des échantillons d’urine et de selles. Sans surprise, elle refuse et le met à la porte séance tenante en le menaçant avec un rouleauà pâtisserie (ou un pic à viande selon les versions).Sara Josephine Baker, une collègue de George Soper, est appelée en renfort pour convaincre Mary. Rien n’y fait. En 1907, considérée comme un incubateur vivant, elle est emmenée de force sur l’île de North Brother, au large de New-York, où elle est mise en quarantaine dans un hôpital. Cinq policiers et quatre heures de lutte sont nécessaires pour contenir sa rage. Là-bas, les médecins réalisent plusieurs prélèvements d’urine, de selles et de tissus, sans son consentement. Le verdict tombe : Mary est porteuse de Salmonella typhi, la bactérie responsable de la typhoïde. Sa vésicule biliaire est pleine de bactéries. Pour qu’elle ne contamine plus personne, il faut la lui retirer. Elle s’y oppose encore. Mary refuse de croire qu’elle a rendu malade tant de personnes. Comment peut-on être infectée par une bactérie et n’avoir aucun symptôme ?Il se trouve que Mary est la première porteuse saine identifiée de l’Histoire, un terme qui désigne les personnes infectées par un pathogène sans en contracter les symptômes. En somme, elle était asymptomatique. À une époque où les informations ne circulaient pas aussi vite qu'aujourd'hui, et où la science des germes en était encore à ses balbutiements, pas étonnant donc qu'elle ait répandu la maladie sans s'en apercevoirMary Mallon rumine sa colère pendant deux ans et décide finalement d’intenter un procès contre les services sanitaires de la ville de New York. Elle estime avoir été persécutée et emprisonnée injustement sans procès équitable. L’affaire est jugée par la Cour Suprême de New York et attire l’attention de la presse.Dans une édition de 1909, The New York American la dépeint en train de cuisiner des têtes de mort dans une poêle. L’article est titré « Typhoid Mary, l’incroyable bourbier de Mary Mallon, prisonnière de la quarantaine de l’hôpital de New York ». Le surnom de Typhoid Mary lui collera à la peau jusqu'à sa mort, et même après.Elle écrit à son avocat :« Un modèle de vitrine. Voilà ce que j’étais pour tout le monde. Même les stagiaires en médecine venaient me voir pour m’interroger sur les faits. Des faits que tous connaissent déjà. Les hommes atteints de tuberculose disaient : " La voilà, la femme kidnappée ". Le docteur Park a même décrit mon cas dans la revue Chicago. Je me demande si le docteur William H. Park aimerait être humilié de la sorte. Je me demande s’il apprécierait qu’on publie un article sur lui ou sa femme, en qualifiant l’un ou l’autre de Typhoid William Park. »Mary Mallon perd son procès. La justice tranche en faveur des autorités sanitaires qui l’ont enfermée – contre son gré et sans qu’elle ait commis quoi que ce soit de répréhensible – pour protéger la communauté. En 1910, elle retrouve enfin la liberté. On lui fait promettre de ne plus cuisiner et de se laver les mains régulièrement. Mais la fière irlandaise ne l’entend pas de cette oreille. Elle change de nom et d’emploi régulièrement, finissant par échapper à la surveillance des officiers sanitaires. Mary devient d’abord lingère, mais retourne rapidement derrière les fourneaux où elle répand à nouveau la fièvre typhoïde dans les foyers qu’elle sert.En 1915, George Soper enquête sur des cas de fièvre typhoïde dans une maternité du New Jersey. Il tombe alors nez-à-nez avec la cuisinière, une certaine Madame Brown, qui n’est autre que Mary Mallon. Sa cavale se termine ici.Elle est renvoyée sur l’île de North Brother, cette fois-ci de façon permanente. Elle s’occupe comme elle peut en lavant la verrerie de l’hôpital. Mais ses jours ne sont pas pour autant paisibles. Mary devient une curiosité pour les médecins qui l'assaillent de questions sur son état. Elle subit plus de 160 prélèvements, tous réalisés contre sa volonté. Résignée, elle finit par accepter son sort, sans jamais vraiment comprendre cet acharnement.Mary Mallon décède d’une pneumonie en 1938 à l’âge de 69 ans, après 23 ans passés en quarantaine. On estime qu’elle a transmis directement la typhoïde à une cinquantaine de personnes, dont 3 en sont décédées. À sa mort, les services sanitaires ont identifié pas moins de 400 porteurs sains de la fièvre typhoïde, mais aucun d’eux n’a subi de quarantaine. George Soper écrit :« L'histoire de Typhoid Mary montre à quel point il est difficile de convaincre les personnes atteintes de ne pas infecter les autres ». Voilà quelque chose qui résonne étrangement avec la pandémie actuelle.L’extraordinaire vie de Mary Mallon a fait d’elle une icône de la pop culture. Son histoire a été portée plusieurs fois à l’écran et a même inspiré les auteurs de comics. Un personnage nommé Typhoid Mary apparaît plusieurs fois dans la série Daredevil. C’est une mutante aux personnalités multiples qui sème la terreur sous les ordres du Caïd, l’ennemi juré de Daredevil.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern. Merci à Romain, de la chaîne Youtube L’Envers de la Blouse, qui prête sa voix à Georges Soper. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer et Apple Podcast pour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !
2/6/2021

Caroline Herschel : la géante méconnue de l'astronomie

Nombre d'entre vous êtes probablement déjà familiersavec le célèbre astronome William Herschel. Mais avez-vous déjà entendu parler de sa sœur ? Scientifique brillante et assistante dévouée, Caroline Herschel a sacrifié sa vie à son frère et consacré le peu qui lui restait à ses propres recherches. Son travail remarquable lui a valu un succès notable pour son époque, mais peu de gens se souviennent de son nom aujourd'hui.Pourtant, Caroline Herschel est une femme de records. Au cours de sa carrière, elle découvre huit comètes, quatorze nébuleuses, catalogue des centaines de nouvelles étoiles et des galaxies, devient la première femme publiée par la revue de la Royal Society, ou encore la première astronome à recevoir un salaire pour son travail. Un destin de géante pour cette femme qui ne mesurait pas plus d’un mètre quarante, que nous vous invitons à découvrir dans ce nouvel épisode de Chasseurs de Science.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Découvrez l'article dédié à Caroline Herschel sur CielmaniaCaroline HerschelLes grandes femmes de la scienceFemmes et la Science : Cinq femmes d'exception | DossierVoirAcast.com/privacypour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast:​​​​​​Bienvenue dans Chasseurs de science, un podcast produit par Futura. Je m'appelle Emma, et je serai votre guide temporelle au cours de cette excursion. Pour cet épisode, nous partons à la rencontre d’Herschel, l’une des plus grandes astronomes que le monde ait connu. Oui, oui, vous avez bien entendu. Vous écoutez Chasseurs de sciences, si ce podcast vous plaît, n'hésitez pas à nous soutenir en le partageant sur les réseaux sociaux et en nous laissant une note sur les plateformes de diffusion.31 décembre 1783. La campagne anglaise repose paisiblement sous une épaisse couche de neige éclairée par la lune gibbeuse et quelques rares étoiles. À l’ouest de la capitale, la ville de Slough baigne dans un silence cotonneux, occasionnellement rompu par l’ébrouement discret des chevaux attachés au-dehors des relais de poste. Plusieurs clochers marquent 22 heures pour la dernière fois de l’année, et la plupart des habitants de la ville se sont déjà réfugiés chez eux depuis longtemps, à l’abri du froid mordant qui transperce jusqu’aux os.Mais dans le jardin d’Observatory House, pas question de laisser les célébrations, ou même le vent glacé, prendre le pas sur la science. Un immense télescope, monstre de bois et de verre dont la célébrité dépasse de loin les contours de la ville, trône, imposant, devant la demeure. Penché au-dessus de sa gueule redoutable, le non moins célèbre astronome William Herschel, un oculaire à la main, lance des instructions à ses assistants qui s’agitent à plusieurs mètres sous ses pieds. En réponse à l’un de ses ordres, il entend le frou-frou des épais jupons de sa sœur Caroline sur la neige, alors que celle-ci contourne en courant la base de l’appareil pour modifier son mouvement latéral. Il ne remarque cependant pas le froissement et le bruit sourd qui suivent quelques instants plus tard. Impatient, il hurle depuis sa plateforme « Hâte-toi donc ! ». Dans l’obscurité, un mince filet de voix brise le silence et lui répond en tremblant « Je suis empalée. » Alarmé, Herschel se précipite au bas du télescope accompagné de son assistant et découvre Caroline allongée dans la neige humide, le visage tordu de douleur. L’un des crochets de métal qui maintiennent la structure en place est profondément enfoncé au-dessus de son genou.Bien peu de ceux qui ont déjà entendu le nom de William Herschel ont connaissance de sa sœur. Et pourtant, il semble encore aujourd’hui impossible de parler de Caroline sans mentionner son frère et le rôle considérable qu’elle a eu dans sa vie.Ces deux personnages singuliers naissent à onze ans d’écart dans la ville de Hanovre, en Allemagne. Huitième enfant d’une fratrie nombreuse, Caroline voit le jour le 16 mars 1750. Elle est la fille d’Isaac Herschel et d’Anne Moritzen, une femme pragmatique dont elle garde le souvenir d’une mère dure et sévère. Leur famille connaît de nombreux moments de difficulté financière, et tandis que le rêveur Isaac rêve d’offrir la même éducation à tous ses enfants, Anne déclare que la seule instruction que ses filles recevront est celle qui leur permettra de subvenir aux besoins de la famille en devenant de bonnes ménagères. Malgré les tentatives de Caroline pour acquérir des compétences qui lui garantiraient l’indépendance, le sort et ses parents semblent s’être ligués contre elle. Son visage est grêlé des cicatrices de la variole qu’elle a attrapée à cinq ans, et le typhus qui l’a presque abattue six ans plus tard a stoppé sa croissance, de telle sorte qu’elle ne dépassera jamais le mètre quarante. Avec son physique ingrat et ses origines modestes, lui déclare son père, elle devra probablement passer le reste de sa vie à servir ses vieux parents.Durant ces dures années d’enfance, son frère William devient un confident. C’est aussi lui qui lui offrira la clef de la liberté. Après la mort d’Isaac, il parvient à convaincre leur mère de laisser Caroline le rejoindre en Angleterre, où il est déjà établi depuis plusieurs années en tant qu’organiste. À l’âge de 22 ans, sa sœur quitte enfin le carcan familial et débute une nouvelle existence.Durant ces dix premières années de vie commune, la jeune femme apprend le chant et le clavecin et devient rapidement une artiste reconnue. Pour autant, son frère ne se contente pas de lui inculquer la musique. Il lui enseigne également l’anglais et l'arithmétique, et à mesure qu’il plonge dans sa passion pour l’astronomie, il l’aide à acquérir les compétences académiques et techniques nécessaires pour devenir son assistante à plein temps – une fonction pas toujours gratifiante pour Caroline, qui préfère de loin se consacrer à sa carrière de chanteuse.Peu de temps après la découverte d’Uranus par William, celui-ci est fait astronome royal en 1782. Lui et sa sœur prennent alors résidence à Slough, où ils auront tout le loisir de s’adonner à de longues soirées d’observation. À cette occasion, Caroline se voit offrir son propre télescope pour « balayer » le ciel : une formulation employée par son frère dont l’ironie ne lui échappera pas. Bien qu’elle se montre initialement réticente à passer ses nuits dans l’obscurité froide du jardin, la fièvre des étoiles la gagne progressivement. Le 26 février 1783, elle réalise sa première découverte en pointant une nébuleuse qui n’est pas répertoriée dans le catalogue de Messier. Le même soir, elle découvre indépendamment M110, une galaxie elliptique satellite d’Andromède, et petit à petit, l’élève dépasse le maître.La vie n’est cependant pas toujours facile sous la coupe d’un aîné certes protecteur mais bien souvent tyrannique dans ses exigences. Avec une patience et une application infinies, Caroline se rend utile par tous les moyens possibles, trouvant ainsi une manière d’approfondir continuellement son savoir et l’éventail de ses compétences, mais ses relations avec William sont souvent teintées de frustration. Elle raconte, avec une amertume tout juste voilée, comment celui-ci en arrive rapidement à l’interrompre dans ses travaux d’observation pour réclamer son assistance:« J’éprouvais du réconfort à constater que mon frère était satisfait de mes initiatives pour l’assister lorsqu’il avait besoin de quelqu’un pour courir jusqu’aux horloges, écrire un mémorandum, partir chercher et porter des instruments, ou mesurer des distances avec des piquets, etc., etc.. Des choses de cette nature survenant sans discontinuer. »Le 1er août 1786, Caroline découvre sa première comète. Elle la présente dans un article remarquable qui paraît en 1787 et lui vaut de devenir la toute première femme publiée par la revue Philosophical Transactions de la Royal Society. La même année, elle se voit accorder un salaire annuel par le roi George III, marquant l’Histoire une fois de plus en devenant la première astronome salariée dont nous ayons trace et la première femme à assumer des fonctions au sein du gouvernement anglais.Caroline découvrira huit comètes au total et défendra la mise au jour de chacune d’elles avec ferveur. Dans certains cas, elle en appelle à l’autorité d’hommes influents pour asseoir sa priorité et pour sa huitième, elle enfourche son cheval et galope dans la nuit jusqu’à Greenwich pour annoncer sa découverte.En parallèle, elle continue d’aider William dans la conception de ses télescopes et entreprend la tâche herculéenne de revoir entièrement le catalogue de Flamsteed – un ouvrage de référence pour les astronomes – afin de classer les étoiles non plus par constellation, mais par secteur du ciel. Ce travail sera une fois de plus publié par la prestigieuse Royal Society, cette fois-ci sous le nom de son frère.Bien que ce dernier défende avec fierté les accomplissements de sa sœur, leur relation s’étiole avec son mariage en 1788. Caroline se voit contrainte de prendre une dépendance et perd une grande partie de ses responsabilités et privilèges à Observatory House. Elle poursuit néanmoins sans relâche son exploration du ciel, et, en 1828, six ans après la mort de son frère, devient la première femme à recevoir la médaille d’or de la Royal Astronomical Society pour son travail exceptionnel. Il faudra attendre 1996 avec Vera Rubin pour qu’une femme se voit à nouveau remettre cet hommage.Caroline Herschel meurt paisiblement dans sa ville natale de Hanovre le 9 janvier 1848, rejoignant enfin les cieux étoilés qu’elle a passé sa vie à contempler. Les manuels d’Histoire pourraient nous amener à penser que cette femme extraordinaire faisait figure d’exception à son époque. Pourtant, sa carrière brillante et reconnue témoigne bien plus de son ambition et de sa pugnacité que d’une prédisposition particulière. Parmi les très nombreuses assistantes de l’ombre qui ont participé à l’édification de la science avant de tomber dans l’oubli général, elle est l’une des rares qui soient parvenus à se tailler une place parmi les étoiles et dans les mémoires.Ce que son frère lui a offert de soutien, cette astronome téméraire le lui a rendu au centuple, et c’est pour cela que plus jamais le nom de William Herschel ne devrait être évoqué sans que soit fait mention de la brillante Caroline.Merci d'avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Emma Hollen. Merci à Elodie Chabrol, directrice de Pint of Science et créatrice du podcast Sous la Blouse, qui prête sa voix à Caroline Herschel ; et à Guillaume Coolen qui prête la sienne à William Herschel. Si vous appréciez notre travail, n’hésitez pas à nous laisser un commentaire et cinq étoiles sur les plateformes de diffusion pour nous soutenir et améliorer notre visibilité. Vous pouvez aussi vous abonner sur Spotify, Deezer,Apple Podcast et bien d'autrespour ne plus manquer un seul épisode. Quant à moi, je vous retrouverai bientôt pour une future expédition temporelle, dans Chasseurs de science. À bientôt !Musique :Paper Flakes, Walking Stars et Silver Lakepar Rafael KruxLicence: https://filmmusic.io/standard-license
1/16/2021

Chuck Yeager, l’homme le plus rapide du monde

Octobre 1947. Pour la première fois de l’Histoire, un bang supersonique produit par un avion retentit dans le ciel. Aux commandes : Chuck Yeager, pilote américain de génie.Cet épisode de Chasseurs de science retrace la vie aventureuse du premier homme à avoir franchi le mur de son. Si cet exploit le rendit célèbre, il en connut bien d'autres jusqu'à sa mort le 7 décembre 2020. Rendons donc hommage à cet as du pilotage qui inspira aussi le cinéma.👉Abonnez-vous sur vos apps et plateformes audio préférées 🎙️Pour aller plus loin :Les avions du futur : plus gros mais moins gourmandsVidéo exclusive : l'épopée du X-15, le premier avion spatialEn vidéo : la chute libre supersonique de Felix BaumgartnerVoirAcast.com/privacypour les informations sur la vie privée et l'opt-out.Transcription du podcast:Bienvenue dans Chasseurs de Science, un podcast produit par Futura. Je suis Julie votre guide temporelle. Aujourd’hui nous rendons hommage au pilote américain le plus doué de sa génération, Chuck Yaeger, décédé le 7 décembre 2020 à 97 ans. S’il a connu la gloire à l’automne 1947, le reste de sa vie aventureuse est tout aussi remarquable.14 octobre 1947, Californie. Altitude : 13.700 mètres. Température : glaciale.Charles Elwood Yeager, surnommé Chuck, essaye tant bien que mal de trouver une position confortable dans le minuscule cockpit de son avion, un BX-1. Avec les deux côtes qu’il s’est cassées la veille lors d'une chute à cheval, ce n’est pas une mince affaire !Dans quelques instants, la soute de l’avion-porteur qui le transporte s’ouvrira et il lancera son BX-1 par delà de la dernière limite connue : le mur du son. Le BX-1 a été conçu pour cela. C’est littéralement une balle de revolver dotée de petites ailes et d'un moteur-fusée à l’arrière. Il ne mesure que 3 mètres de haut pour 11 mètres de long. Chuck ne peut même pas étendre ses jambes dans le cockpit. Mais le défi ne l’impressionne pas le moins du monde. Du haut de ses 24 printemps, il en a vu d’autres !Le pilote de l’avion-porteur le prévient de l’ouverture de la soute. Une raie de lumière éblouissante se dessine devant Chuck. Il pose ses lunettes de soleil sur son nez et met en marche son avion. L’appareil s’emballe, le cœur de son pilote aussi. Chuck pense à Glennis, sa femme, et à l’inscription « Glamorous Glennis », peinte en son hommage sur l'avant de son bolide.Ça y est : le ciel s’étend devant lui. Le BX-1 s’élance comme un boulet de canon. Son nez pointu déchire littéralement l’air. L’accélération le cloue sur son siège et met à rude épreuve son corps endolori, mais Chuck prend toujours plus de vitesse. L’aiguille du machmètre monte doucement : 0,83, 0,88, 0,92. Il continue d’accélérer jusqu’à que l’aiguille sorte du compteur.À 10h18, le premier bang supersonique de l’histoire retentit dans le ciel californien, au-dessus du désert de Mojave. Chuck Yeager vole à Mach 1,05, soit 1.296,54 km/h. Il devient alors « the fastest man alive », le premier homme à franchir le mur du son lors d’un vol horizontal habité.Chuck Yeager naît le 13 février 1923 dans une petite ville de Virginie-Occidentale sur la côte est des États-Unis. Il est le second enfant d’Albert Hal et de Susie Yeager, deux Américains modestes. C’est un enfant curieux et hyperactif mais qui ne brille pas par ses résultats scolaires. À l’adolescence, il préfère pêcher et chasser plutôt que de rester assis sur une chaise. On raconte qu’il est capable de tirer un chevreuil à 550 mètres de distance. Néanmoins, il montre d’incroyables capacités dans tous les domaines nécessitant un raisonnement mathématique, une coordination physique et du doigté. Ces dernières lui sauveront plusieurs fois la mise.À la sortie du lycée, il s’engage sans attendre dans l’U.S Air Force. Nous sommes alors en 1941, et Chuck a tout juste dix-huit ans. Les longues heures passées avec son père à trifouiller des générateurs, des pompes et autres machines lui permettent de devenir mécanicien aéronautique. Mais ce n’est qu’une étape pour lui, son plan c’est devenir pilote. Son jeune âge et surtout le fait qu’il n’ait aucun diplôme d’étude supérieure le privent pour le moment de son rêve.L’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 bouleverse le destin du monde et celui de Chuck Yeager. Les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés et l’U.S Air Force doit grossir ses effectifs de pilotes. Les pré-requis pour intégrer le programme d’entraînement sont assouplis. Chuck saisit sa chance et postule seulement six mois après son engagement. Grâce à son acuité visuelle hors du commun, évaluée à 20/10, il est sélectionné. Il devient officier pilote en mars 1943 et part pour la Grande-Bretagne en novembre de la même année. Il a alors 20 ans.Chuck s’illustre rapidement aux commandes de son P-51 B, baptisé « Glamorous Glenn ». En mars 1944, il remporte sa première victoire en battant un Messerschmitt BF 109, fleuron de l’armée allemande. Le lendemain, il part pour sa neuvième mission, sûrement son fait de guerre le plus connu.Avec ses coéquipiers, il doit escorter un bombardier américain jusqu’à l’aérodrome de Bergerac. Mais les Allemands attaquent l’escadron au-dessus de Biscarrosse et l’avion de Chuck est touché. Les commandes ne répondent plus, pas le choix, il lui faut abandonner le « Glamorous Glenn ». Il s’éjecte du cockpit à 6.000 mètres d’altitude. La température glaciale lui brûle les poumons et le manque d’oxygène lui fait tourner la tête alors qu’il est en chute libre. Sentant sa conscience le quitter, il ouvre son parachute à 2.500 mètres d’altitude. Chuck est alors à la merci des pilotes ennemis, sans aucun moyen de défense. Celui qui l’a descendu voit là une occasion parfaite d’en finir, mais un de ses coéquipiers lui sauve la vie.Chuck termine sa descente près d’un moulin à la Rode. Là-bas vit une famille faisant partie de la résistance. Grâce à son aide et celle du voisinage, il traverse incognito les Pyrénées, affublé d’un béret et des vêtements du mari de l’une des résistantes. Il rejoint l’Espagne avec les huit autres survivants de son escadron, avant de rallier sa base en Angleterre.Après cette déconvenue, il retourne en mission et continue d’écrire sa légende. Il devient « As d’un jour » en octobre. Ce terme définit les pilotes qui ont descendu cinq avions ennemis en une seule journée.La fin de la guerre marque le début de sa deuxième carrière tout aussi prolifique : celle de pilote d’essai. Dès 1945, il s’entraîne sur les avions construits par la compagnie Bell pour franchir le mur du son. Il fait de nombreux essais, participe à l’amélioration du BX-1. Il flirte avec Mach 1 à de nombreuses reprises, mais ne le dépasse qu’après deux ans d'entraînement acharné, le 14 octobre 1947.Il fait encore de nombreuses prouesses pour le compte de l'US Air Force. Le 10 décembre 1963, il frôle la mort dans une scène digne d’un film d’action. Lors d’un « zoom climb », une manœuvre où le pilote monte en flèche dans les cieux, il perd le contrôle d’un avion prototype à 33.000 mètres d’altitude. L’avion fait une chute vertigineuse sans que Chuck Yeager ne parvienne à le redresser. À 2.500 mètres du sol, il finit par s’éjecter et rejoint le plancher des vaches sain et sauf, avec le visage grièvement brûlé. C’est un de ses derniers exploits. Il prend sa retraite en 1975 à l'âge de 52 ans.Jusqu’à sa mort le 7 décembre dernier, Charles Elwood Yeager est resté une légende. Le film L’Étoffe des Héros, sorti en 1983 et réalisé par Philip Kaufman, retrace les aventures des pilotes d’essais et futurs astronautes après la Seconde Guerre mondiale. C’est Sam Shepard qui campe le rôle de Chuck, mais ce dernier fait son apparition dans le métrage, lors d’un caméo plutôt cinglant.Il joue un vieux serveur dans le bar Pancho Barnes et s’offusque qu’un des pilotes ne soit pas admis car il n’a pas fait d’étude supérieure comme les astronautes. Un reproche qu’on faisait souvent à Chuck, et qui était à l’origine de sa querelle avec une autre célébrité de son époque et pilote d’essai tout aussi doué que lui : Neil Armstrong.Merci d’avoir écouté Chasseurs de Science. La musique de cet épisode a été composée par Rafael Krux, et son générique par Patricia Chaylade. Au texte et à la narration : Julie Kern.Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à nous le faire savoir en nous laissant une note et un commentaire sur votre plateforme d’écoute favorite. Pour soutenir notre travail, abonnez-vous et partagez vos épisodes préférés autour de vous. Merci pour votre fidélité. À bientôt pour un nouvel épisode de Chasseurs de science.