{"version":"1.0","type":"rich","provider_name":"Acast","provider_url":"https://acast.com","height":250,"width":700,"html":"<iframe src=\"https://embed.acast.com/$/67d98145d79e9e1991ef6491/67d990c88e0ad1dccd876cf8?\" frameBorder=\"0\" width=\"700\" height=\"250\"></iframe>","title":"Terminus Schengen, Emmanuel Ruben","thumbnail_width":200,"thumbnail_height":200,"thumbnail_url":"https://open-images.acast.com/shows/67d98145d79e9e1991ef6491/1742311586087-db56ae46-ecb2-4d9c-92d6-1d511cb70992.jpeg?height=200","description":"<p><strong>«&nbsp;</strong>l’Europe s’est faite d’abord par l’échange des marchandises –</p><p>le charbon et l’acier – elle a mis quarante ans à</p><p>comprendre qu’elle abritait aussi des êtres humains</p><p>elle a mis quarante ans pour abattre les murs</p><p>et vingt-sept pour les redresser.</p><p>Et petit à petit, sur ce quai lépreux perdu en plein milieu de</p><p>la puszta</p><p>attendant un autocar de remplacement qui ne viendra pas</p><p>regardant là-bas l’herbe brûlée des marécages et les roseaux</p><p>calculant le nombre d’heures qui te restera pour revoir</p><p>Budapest</p><p>tu te sens glisser dans la peau d’un passeur</p><p>contrebandier, clandestin, migrant, fuyard, rôdeur furtif</p><p>tu entends mille autres voix que la tienne pousser à l’intérieur</p><p>de toi,</p><p>souvenez-vous mes frères,</p><p>c’était il y a cinquante ans, peut-être cent</p><p>nous étions des étrangers sur leur propre terre</p><p>nous avions sur la tête une casquette et dans le cœur</p><p>une étoile</p><p>nous levions les mains en l’air pour suspendre le geste des</p><p>soldats</p><p>nous aussi nous fuyions la guerre ou la misère</p><p>le sabre des cosaques et les cris des Stukas</p><p>et nous ressassions les mêmes parole inquiètes à travers</p><p>tous les halliers d’Europe&nbsp;:</p><p><em>Plus nous marchons plus s’amassent les nuages</em></p><p><em>soudain le ciel se couvre et les buses volent de plus en plus bas</em></p><p><em>un milan guette sa proie sur l’enfourchure d’un hêtre</em></p><p><em>mais nous voudrions parler le langage des oiseaux – nous voudrions</em></p><p><em>leur dire où nous allons, qu’ils n’aient pas peur de nous</em></p><p><em>nous voudrions dire à la buse variable ou au gypaète barbu</em></p><p><em>ne crains rien cesse de planer au-dessus de nos têtes</em></p><p><em>nous ne sommes pas venus puiser les œufs que tu couves dans ton nid</em></p><p><em>nous ne sommes que les pionniers du monde qui vient – après nous</em></p><p><em>viendront de bien plus grandes migrations, les migrations climatiques,</em></p><p><em>intercontinentales, sidérales</em></p><p><em>nous sommes l’avant-garde d’un peuple oiseau, d’une humanité</em></p><p><em>nomade. Mais regardez&nbsp;: vous aussi vous êtes des oiseaux, </em></p><p><em>vous passez votre vie dans les halls d’aéroport, vous allez de</em></p><p><em>tarmac en tarmac</em></p><p><em>vous piétinez sous des panonceaux bleu nuit aux douze étoiles d’or où</em></p><p><em>il est écrit</em></p><p><em>EU CITIZEN&nbsp;NON EU CITIZEN</em></p><p><em>mais vous savez bien qu’il n’y a pas de citoyen européen</em></p><p><em>l’Europe n’est plus l’héritière des cités grecques</em></p><p><em>elle est le produit des grandes migrations, des invasions barbares, des</em></p><p><em>guerres de sept de trente et de cent anas, des traites et des traités</em></p><p><em>vous avez oublié la leçon d’Ulysse errant sur les mers</em></p><p><em>vous avez perdu le sens de la métis et de l’hospitalité</em></p><p><em>vous n’avez plus peur des douze dieux de l’Olympe</em></p><p><em>vous vous êtes arrogés ce pouvoir de vie et de mort</em></p><p><em>vous pensez comme les cyclopes que vous êtes les plus forts</em></p><p><em>et vous le prouverez au monde entier à coups de robot et de drones.&nbsp;»</em></p>","author_name":"Palais de la Porte Dorée"}