Activer l'économie circulaire

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Comment les collectivités territoriales peuvent améliorer la résilience du système alimentaire ?

Ép. 45

Qu'en est-il de la résilience du système alimentaire français ? Dans les grandes villes françaises, l'approvisionnement local dans les achats alimentaires tourne autour de 2% en moyenne. Pourtant, on prône souvent la puissance agricole de notre pays qui exporte massivement des denrées alimentaires. Le confinement imposé par la gestion du Covid 19 a néanmoins mis en avant quelques limites de notre système alimentaire: difficultés à trouver de la main-d'oeuvre, perturbation des chaines logistiques et augmentations brutales du prix des fruits et légumes. Le problème serait-il bien plus profond ?


Quelques jours avant le 2ème tour des élections municipales, j'ai eu l'occasion d'échanger avec Arthur Grimonpont, co-fondateur des Greniers d'Abondance. Créée en 2018, cette association travaille activement sur le sujet de la résilience alimentaire des territoires. Elle a publié cette année un excellent rapport intitulé Les Greniers d’Abondance (2020) Vers la résilience alimentaire. Faire face aux menaces globales à l’échelle territoriale. Après avoir dresser le tableau des menaces qui se font de plus en plus pressante sur le sujet, les auteurs indiquent 11 voies de résilience pour permettre de retrouver du sens dans notre alimentation et affronter au mieux les problématiques du 21ème siècle.


Reconsidérer notre agriculture comme un sujet central


En effet, dans nos sociétés modernes, la majeure partie de la population ne réalise pas l'omniprésence du pétrole dans nos approvisionnements et la déconnexion à notre agriculture. Pourtant, jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, la problématique de la résilience alimentaire d'un territoire était fondamentale. Dès le Moyen-Âge, l'élection du maire dépendait fortement de sa capacité à répondre à cette question. Au milieu du 20ème siècle, la France a décidé de transformer son agriculture vers un modèle ultra-productif en spécialisant les régions en fonction de leurs contextes. Alors que la productivité et les exportations vont faire un bond majeur, la population agricole et la biodiversité présente dans les champs vont chuter irrémédiablement. Depuis quelques années, le réchauffement climatique multiplie les sécheresses et autres phénomènes météorologiques extrêmes. Un agriculteur se suicide chaque jour. Le tableau est loin d'être reluisant.


Voilà pourquoi l'éclairage d'Arthur sur cette problématique est éclairant. Arthur et son équipe nous invitent à nous emparer de ses sujets et à les porter auprès des collectivités territoriales. Je vous invite chaudement à lire le rapport en pdf et à l'offrir à votre nouveau Maire ou représentant de collectivité territoriale. Non seulement très accessible, ce rapport livre un constat clair et honnête de la situation. Il donne aussi plein d'espoirs car les chantiers de résilience proposés sont plein de bon sens, vérifiés techniquement et ne demandent qu'à être déployés le plus largement possible.


Encore merci Arthur pour ton témoignage et très bonne continuation au Grenier d'Abondance.


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Plus d'épisodes

9/10/2020

Comment permettre aux entreprises de s'auto-financer ?

Ép. 47
Le confinement a provoqué de grosses difficultés économiques et même si l'Etat a mis en place un large système de prêt garanti, la question du financement de la trésorerie entre entreprises reste clé dans cette période incertaine. Peut-être avez-vous déjà entendu parlé du WIR, une monnaie complémentaire inter-entreprise qui existe depuis plus de 100 ans, celle-ci permet aux entreprises d'apporter de nouvelles facilités de trésorerie.C'est en appliquant ce principe que Arthur Bard et Samuel Cohen ont créé en 2015 France Barter.Mais qu'est-ce que c'est ? C’est une plateforme gratuite, qui permet aux entreprises de faire des économies de trésorerie en remplaçant des achats par des échanges. Cette marketplace créée en 2015, permet de faciliter des échanges multilatéraux, via une unité de compte, le Barter euros. France Barter se rémunère en prenant 5 % du montant de chaque échange en euros. Si cela existe en France depuis 2015, ce système de « troc » s’est développé en Suisse il y a près de 100 ans avec la création de la monnaie WIR. C'est une création ingénieuse d'entrepreneurs qui sert aux entreprises à garantir l'accès à des liquidités. Aujourd’hui, 50 000 PME suisses, soit 1/5 de la globalité des entreprises suisses sont actives dans ce réseau.France Barter, un outil d’optimisation d’actifs pour les sociétés.Après avoir travaillé sur des opérations de compensation par achat, Arthur Bard s’est inspiré du modèle suisse pour monter France Barter en 2015, avec son associé Samuel Cohen. Selon lui, la mécanique du système Barter c’est un réseau «d’entreprises qui se financent entre elles». Jusqu’à présent, beaucoup d’entreprises de petite taille et PME étaient plus enclins à participer à cet échange de services. C’est un réseau d’entraide, souvent local, qui attire beaucoup d’entreprises. 80 % des échanges se font d’ailleurs localement. Le fait de se financer entre entreprises sans le besoin d’une banque est un atout indéniable. Avec la crise sanitaire de 2020, de plus en plus grands groupes rejoignent ce mouvement et participent aussi à ce système de compensation. On estime que le montant de ce type de transactions s’élève aujourd’hui à 12 milliards au niveau mondial.«Comment peut-on faire mieux avec ce qu’on a déjà?»C’est le leitmotiv d'Arthur Bard et son équipe. Les entreprises ont à la fois des actifs inutilisés et ont du mal à financer leur activité en fonds de roulement. Elles se limitent pourtant à proposer seulement certains services. En effet, ces dernières années, les démarches d'écologie industrielle ou d'économie circulaire se concentrent souvent sur le déchet. France Barter les aide à ne pas se limiter à ces ressources et à utiliser tout ce qu’elles ont à disposition. Par exemple, les espaces de stockage, comme le propose aussi Space Fill, sont souvent des atouts négligés. Plus récemment, des clients comme des CCI ou des réseaux d’entreprises échangent leurs services. France Barter a même intégré une association d’agriculteurs, agri-echange.org, qui leur permet de s’échanger leurs outils de production. France Barter est donc un outil qui facilite la multiplicité et la diversité des échanges, en marge des transactions monétaires classiques.Encore merci Arthur pour ton temps et bonne route à France Barter.
7/30/2020

Comment mettre fin à la folie des bouteilles en plastique ?

Ép. 46
Thibault Lamarque a fondé Castalie en 2011 pour "mettre fin à la folie des bouteilles en plastique."Avant d'apporter une solution aux restaurateurs, entreprises ou bistrots désireux de proposer de l'eau à leurs clients ou collaborateurs, sans produire de déchet plastique, Thibault travaille sur l’accès à l’eau dans les pays en voie de développement, sur la distribution d’eau et le commerce équitable.Hormis le fait qu’il soit poisson, le thème de l'eau le ramène a beaucoup de ses plaisirs et environnement. L'eau est l’élément le plus important pour la vie, et d’un point de vue géopolitique il y a de nombreux enjeux. Corréler l'accès à cette ressource avec la génération de déchets ne fait pas sens pour lui. D'autant que Thibault est aussi un fervent adepte d’eau pétillante pour laquelle les alternatives zéro-déchet sont encore rares.Lorsqu'il découvre la solution SodaStream, un monde s'ouvre à lui. Thibault souhaite aller plus loin.Aujourd'hui, Castalie c'est 90 millions de bouteilles à usage unique économisées. Sur les 16 milliards de bouteilles consommées annuellement la marge est encore grande mais l'entreprise sociale (agrémentée ESUS) a prévu d'aller très loin et de relever le défis. Au delà du développement de son offre de fontaines actuelle, Castalie a d'autres projets en bagage et n'a pas fini de créer de l'impact.C'est le premier épisode de notre podcast Activer l'économie circulaire dédié à l'eau et je suis très heureuse de pouvoir parler de ce sujet aussi passionnant qu'inquiétant au regard des tensions existantes sur cette ressource.Merci Thibault pour cette interview passionnante, et bravo pour ce parcours.
6/5/2020

Comment repenser les usages pour sortir de la culture du déchet ?

Ép. 44
En pleine crise sanitaire la question se pose : quelle place pour l'usage unique dans notre économie ?Après 20 ans d'expérience dans le secteur de l'emballage, c'est son histoire personnelle qui pousse Emmanuel Auberger a fonder Uzaje (ex Solzero) entreprise de l'économie sociale et solidaire spécialisée dans le réemploi des emballages à échelle industrielle.Cette création est partie de trois constats :- Les conséquences sanitaires et environnementales du plastique à usage unique- La place prépondérante des déchets d'emballage dans nos poubelles, nos rues et nos océans- Le peu de place accordé à la réutilisation dans les dynamiques et projets d'économie circulaire, au profit de la réduction et du recyclageEn 2019 Emmanuel décide de s'insérer dans ce contexte pour apporter aux acteurs économiques de la restauration hors domicile une solution pour inscrire leurs modèles dans une économie circulaire. Il fonde Uzaje qui construit et opère des centres de lavages qui vont permettre le réemploi des emballages, à échelle industrielle.Bien que la valeur première de Uzaje soit de proposer des solutions à grande échelle pour le réemploi des contenants, l'entreprise accompagne ses clients sur toute la chaîne et les étapes de conception, pour assurer qu'il ne manque aucune brique et que l'évolution soit la plus facile et impactante possible. Uzaje propose donc également d'accompagner ses clients sur le bon choix des contenants, sur l'optimisation des taux de retours ou la conception d'une expérience utilisateur efficace.C'est ainsi que des premières expérimentations voient le jour dans la restauration commerciale avec des distributeurs qui souhaitent s'engager, ou auprès de la restauration collective notamment dans le cadre de la loi EGALIM.En plus de s'insérer dans un contexte légal favorable (lois AGEC et EGALIM), Uzaje permet de répondre à l'évolution des utilisations en cours mais également à venir.Un podcast qui redonne sa place à l'usager et nous inspire quant à l'évolution en cours des pratiques et à la nécessaire transition des filières, pour sortir du plastique à usage unique, même en temps de crise.Merci Emmanuel pour ta lucidité.Un épisode par Justine Laurent.